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28/08/2015 04h:11 CET | Actualisé 28/08/2016 06h:12 CET

J'ai fait un rêve... Et si une femme devenait chef de gouvernement?

ÉLECTIONS - Force est de constater pendant cette fièvre politique (doit-on rappeler que le terme politique vient du grec politis, au service de la cité, donc du citoyen?) qui s'est emparée de notre pays ces derniers jours que le citoyen, ou tout du moins une catégorie de citoyens, a décidé de prendre en charge son avenir d'électeur plus au sérieux.

C'est d'autant plus remarquable que cette catégorie ne se préoccupait pas assez de cette problématique, particulièrement rebutée par le manque de crédibilité dont font preuve nos dirigeants politiques, et ce, depuis trop d'années malheureusement.

Nous avons pu voir des groupes sérieux se mobiliser sur les réseaux sociaux, attirant des milliers de personnes, et tentant sérieusement de faire la différence en sensibilisation, éducation, prévisions... Certains avaient des objectifs discutables, mais dans l'ensemble, l'essentiel est que la prise de position civique est en marche.

Les campagnes électorales n'attirent pas les Marocains, désabusés qu'ils sont par le manque de foi flagrante des zélés élus, qui font preuve d'attention particulière pendant quelques jours, de frénésie alimentaire et "schtroumphante" (vous savez, les petits bonhommes bleus) pour certains, et qui se volatilisent encore plus rapidement qu'ils ne sont venus une fois le vote passé.

Nous trainons encore malheureusement quelques casseroles lourdes du passé; ainsi, la transhumance politique est un sport dans lequel nous pourrions très facilement obtenir une distinction internationale, et nous ne comptons plus les hommes politiques qui pour des raisons profondément idéologiques passent d'un parti à un autre dont l'orientation et les programmes sont fondamentalement différents, pardon, semblables, à savoir prendre place et ne plus bouger, pour continuer à enrichir leurs concitoyens, pardon, les membres de leur famille.

Voir des candidats au passé particulièrement douteux, dont certains sont passés par la case trafic ou prison se re-représenter malgré des interdictions passées du ministère de l'Intérieur rentre dans le domaine du virtuellement impossible mais vrai, et enfin, entendre certains hommes politiques, anciens ministres, ou encore en exercice, nous promettre que Casablanca lancera bientôt la fusée Ariane pour ne pas dire qu'ils vont laisser nos rues et nos écoles encore plus 3ariane, que telle région transformera bientôt l'acier en or et l'eau en pétrole, c'est véritablement continuer à nous prendre pour des bons, et à nous faire franchement rire en ces temps de nouvelles particulièrement nauséabondes.

Entendre certains anciens ministres qui trainent des dossiers particulièrement lourds au Maroc comme à l'étranger, se re-représenter aussi dans des grandes villes alors que par exemple leur gestion de catastrophes urbaines a été plus que discutable... Lire de certains de nos futurs anciens maires que leur bilan est particulièrement flatteur et prometteur...

C'est véritablement nous donner envie de goûter aux aliments qu'ils affectionnent et qui leur donnent cette confiance et cette amnésie profonde pour éviter toute introspection pourtant nécessaire et urgente. Enfin, voir des partis politiques aux résultats particulièrement discutables faire « ami ami » avec des personnalités du monde de la culture pour leur grande efficacité et leurs talents reconnus dans la gestion de projets me laisse quelque peu dubitatif, et ne fait que renforcer ma conviction de l'extrême inefficacité qui risque encore de nous être servie pendant les prochaines années.

Nous avons besoin de programmes sérieux et réalisables, de candidats honnêtes et profondément engagés, et j'ai eu le plaisir de voir à ce sujet que plusieurs personnes de mon entourage proche ou lointain se sont engagés dans des partis politiques, parce qu'ils ont envie de se prendre en charge et d'agir. J'aurais souhaité voir la création de nouveaux courants, mais à plus de 30 formations politiques dans notre pays, il est vrai que ça aurait fait un peu plus désordre.

Si les élections des chambres de commerce et artisanales récentes ont permis d'y voir un peu clair par rapport à une éventuelle cartographie politique pour les communales et les régionales, il est évident que l'apparition de la Fédération de la Gauche Démocratique, (qui brille par la simplicité de ses programmes et par l'engagement de certaines de ses listes, comme celle de Rabay Agdal Hay Ryad, dirigée par Omar Balafrej), va bousculer quelque peu les résultats et j'en serais heureux.

Notre pays est en pleine mutation.

Nous avons la chance profonde d'avoir un roi éclairé, sage et pragmatique qui tient les rênes de notre pays, et qui nous dirige progressivement et sûrement vers une évolution positive pour nous, et pour nos enfants, et qui dans son dernier discours a insisté non seulement sur la nécessité de voter, mais aussi sur notre responsabilité d'éviter les corrompus et les voleurs. Nous devons nous prendre en charge et faire entendre notre voix pour choisir des personnes pas trop malhonnêtes et pas trop incompétentes, pour rester lucide sur le résultat global, en attendant de voir l'obligation pour chaque candidat de présenter son patrimoine et sa fiche anthropomorphique AVANT les élections.

Nous avons besoins d'élus qui vont prendre sérieusement en charge nos villes, nos régions, et permettre à notre pays de travailler plus sérieusement sur des sujets comme la rénovation des écoles, la vigilance contre le mariage des petites filles mineures, la promotion de l'entreprenariat social, la dépense honnête et transparente des dizaines de milliards de dirhams qui seront consacrées aux 23 000 villages en zones enclavées...

En attendant d'avoir un jour le plaisir d'avoir une femme premier ministre dans notre pays (ce serait une belle évolution pour le pays modéré et éclairé que nous sommes, et je ne fais pas forcément référence à la seule femme actuellement dirigeante d'un parti politique), je souhaite sincèrement que les nouveaux engagés fassent entendre leur voix, et soient en mesure de nous montrer quelque peu comment doit être géré notre cité au quotidien.

Le 4 septembre j'irais voter, encore une fois, par conviction civique. Encore une fois, je ne donnerais pas ma voix à un parti qui pose ses fondamentaux sur ma religion, parce que c'est une responsabilité qui ne peut s'assumer sincèrement en politique, et aussi pratiquant que je sois, mon rapport avec mon créateur ne peut être édicté par une formation politique, les dérives possibles sont trop dangereuses et évidentes.

Nous avons d'autant plus la chance à ce sujet d'avoir un Commandeur des Croyants qui donne une orientation religieuse à notre pays et à la région parfaitement en phase avec les valeurs de l'islam: tolérance, paix, sagesse et bienveillance. Nos dirigeants politiques doivent plus se concentrer sur des problématiques sociétales et sociales que sur le fait de jeûner ou pas, d'avoir des relations intimes ou pas... parce que ce ne sont pas ces problématiques qui feront bouger notre catastrophique indice de développement humain.

Je ne la donnerais pas non plus à des partis historiques dont les fondateurs électrifient certainement leurs cimetières à force de se retourner dans leur tombe lorsqu'ils ont vu à quel point leur aura et leur sincérité se sont ternies avec les dirigeants de ces dernières années.

En tant que musulman pratiquant et citoyen de mon pays bien aimé, il est très probable que ma voix dans le quartier du Hay Hassani ira cette fois-ci à une liste à orientation sociale-démocrate, qui a enfin pris la décision de ne plus boycotter les élections, mais de jouer le jeu, et de montrer leur sincérité pour faire la différence. Je souhaite que les dés ne soient pas pipés encore une fois, et que ces élections communales et régionales nous permettent d'entrevoir l'avenir de notre prochain gouvernement avec plus d'espoir et de conviction.

J'irais voter c'est indéniable, parce que j'ai envie de me prononcer sur l'avenir de mon pays, et que je ne peux le faire en mon âme et conscience si je ne me déplace pas le 4 septembre.

Nous ne pouvons être indifférents.

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