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26/08/2015 04h:18 CET | Actualisé 26/08/2016 06h:12 CET

Ne soyons pas politiquement athées!

ÉLECTIONS - En ces temps où la politique se doit de reprendre ses droits, c'est-à-dire où l'action, l'engagement des Marocains, le nôtre, est exigé et exigible, il n'est pas vain de rappeler que les sociétés sont comme les hommes.

Il est même essentiel de rappeler qu'elles possèdent - toutes les communautés - un corps et une âme, lesquels, s'ils sont soumis à des actes licencieux et à de faux discours, c'est-à-dire à la corruption et au mensonge, tombent malades... de dérèglement. Et peuvent mourir d'incroyance - politique -, de nihilisme, ou de violence. Une violence se retournant contre ceux-là mêmes qui aspirent à un vivre mieux, un vivre décent, mais qu'on aura trompés.

Ainsi ce dérèglement, plus encore que les vicissitudes de l'existence, - elles sont nombreuses en ces temps de crises -, pourrait rendre ceux que l'on appelle les "braves gens", extrêmement violents. Pour la petite histoire, l'islam naît dans une société où le pouvoir abusif des oligarques vient dérégler, justement, un équilibre reposant sur ce que les hommes de ce temps appelaient eux aussi, honneur, justice et dignité.

Ainsi les sociétés, qui sont faites d'hommes, ressemblent-elles à ces derniers. Ainsi sont-elles faites de cette âme, de celles des hommes et des femmes qui les font, les constituent, les font vivre, espèrent en elles, attendent qu'elles leur rendent justice, qu'elles protègent leur vie, et qu'elles les maintiennent un minimum dans l'idée que l'on peut être dans son bon droit quand on l'est.

Que l'on mérite ce qui doit être acquis, normalement, dans toute société décente: éducation, justice, santé, méritocratie, promotion sociale, mobilité. Ces choses qui font que la violence, à terme, ne se retourne pas contre soi ou les autres, que le ressentiment meurt de sa belle mort. Et que la société, au fond, est un lieu où l'on peut se voir grandir.

Or, dérèglement signifie précisément qu'on n'est plus dans son droit quand on l'est, que l'on perdra quand on devait l'emporter, et qu'on sera puni alors qu'on devait recevoir les honneurs. Mais, en premier lieu, dérèglement signifie instauration du dérèglement. Par qui? Des hommes.

Fondés et légitimes à inverser les valeurs. Grassement payés pour vous dire que voler, spolier, corrompre, et rire fort des gens de bien, voilà ce qui rapporte gros! Et surtout, pour nous faire croire que l'exercice de leur pouvoir dépasse l'imagination, qu'il nous serait quasiment devenu un commun destin.

Souvent, le seul espoir d'un Marocain sans protection et désireux d'avancer un peu dans la vie est de plaire à l'un de ces êtres, dont on dit aussi que leur puissance est telle qu'ils font des hommes... Et ce, dans quelque domaine que ce soit: administration, loisirs, médias, affaires de toutes sortes... art!

Alors, contre ces démiurges horribles et arrogants, ces maîtres du dérèglement, et parce qu'un souffle de folle - mais non moins colérique - jeunesse nous rend un peu d'imagination, peut-on imaginer cent vertueux, cent hommes et femmes, cent justes, animés par l'esprit du Bien? Des êtres hantés par l'Ethique? Dont la mission serait de reposer le Bien sur le piédestal dont des hommes l'on fait descendre, d'où il a été chassé?

Cent Marocains. Cent, mille êtres de vertu. Et qui lutteraient contre ceux qui croient posséder ce pays et ses habitants. Peut-on croire qu'ils existent, ces hommes et ces femmes? Oui, ils existent. Ils ont été éduqués dans l'idée que l'on peut servir son pays sans se servir soi-même. Ils travaillent. Ils réfléchissent à notre pays.

On les rencontre, dans les facs, ils croient en la mission de l'enseignant et ne harcèlent pas les étudiants, ne les terrorisent pas; ils dirigent des entreprises, qu'ils ne confondent pas avec une caisse noire; ils écrivent, dans des journaux, qui ne sont pas pour eux des marchepieds vers le pouvoir ou instruments de racket; ils croient que la médecine ou la chirurgie ne sont pas des rampes d'accès au métier de promoteur immobilier; ils paient leurs impôts au nom de la solidarité sociale; ils sont éducateurs, et connaissent le mal de la jeunesse et les moyens d'y remédier; ils croient en la politique plus qu'en la carrière politique... Ils sont cent, ils sont mille. Ils sont autour de nous.

C'est pour eux qu'il faut voter! C'est avec eux qu'il faut croire que l'avenir est possible. Sans cette croyance, l'avenir devient impossible. Ce qui, au fond, est impensable! Car "avenir" est le prénom de chaque jeune de ce pays! Alors, oui, voter, user, abuser de ce pouvoir, voter pour les bons, ils existent, aller les chercher, croire en eux et avec eux, croire en soi, c'est là la seule éthique politique par les temps qui courent! Ne soyons pas politiquement athées, cette forme d'incroyance nous coûterait cher.

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