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20/12/2017 12h:10 CET | Actualisé 20/12/2017 14h:04 CET

Renforcer l'autonomie des jeunes filles et des femmes pour transformer des sociétés entières

Vince Millett/Flickr CC

J'ai l'honneur d'apporter, par ces brèves observations, ma contribution à la conférence ministérielle de l'Union pour la Méditerranée (UpM) sur les femmes.

Le bien-être des femmes, des enfants et des adolescents devrait être placé au cœur des questions de santé et de développement à l'échelle mondiale, et la santé devrait figurer au centre de l'agenda pour l'égalité des genres.

Les objectifs ambitieux en matière de santé et de développement figurant à l'agenda des objectifs de développement durable ne seront pas atteints sans l'amélioration de la santé, de la dignité et des droits des femmes, des enfants et des adolescents. Investir dans la santé et le bien-être des femmes et des jeunes filles, c'est investir dans un avenir meilleur. La santé et le bien-être des femmes sont importants non seulement pour celles-ci, mais aussi pour leurs familles et pour la société dans son ensemble.

En tant que défenseur acharné de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation, je crois que toute femme et toute adolescente doit pouvoir décider si, quand et avec qui elle désire avoir un enfant, et posséder les moyens d'éviter toute grossesse non désirée. Car lorsque les femmes et les jeunes filles ont accès à la planification familiale, elles acquièrent une plus grande autonomie dans leurs vies, leurs études, leurs possibilités de travailler et de soutenir leurs familles. Il s'agit véritablement de l'un des éléments fondamentaux du développement durable.

Je reconnais également que la question de l'égalité des genres va au-delà du thème de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation. C'est la raison pour laquelle l'OMS est heureuse de s'associer à ce cadre intergouvernemental exceptionnel que représente l'Union pour la Méditerranée dans le projet du "Droit des femmes à la santé".

Ce projet a pour but d'augmenter l'accès à la prévention et au traitement du cancer du col de l'utérus. Son objectif est ambitieux: Un test de dépistage du cancer du col de l'utérus (25-65 ans) et du cancer du sein (40-65 ans) sera proposé à 45.000 femmes dans la tranche d'âge concernée. Ces femmes seront également sensibilisées aux risques et à l'importance de la prévention. Des projets pilotes de dépistage ont été lancés dans les trois pays concernés (Maroc, Albanie et Monténégro).

Le cancer du col de l'utérus est une maladie évitable et pourtant, plus d'un quart de million de femmes en meurent chaque année, 90% des décès se produisant dans les pays à faible et moyen revenu. Dans la région méditerranéenne, le cancer du col de l'utérus est aussi une source de préoccupation croissante.

Depuis 2006, les vaccins contre le VPH (virus du papillome humain) sont disponibles. Ils permettent d'éviter entre 70 et 90% des cancers et l'OMS recommande la vaccination pour les jeunes filles de 9 à 14 ans. En 2017, au niveau mondial, un peu plus d'un tiers des pays ont introduit la vaccination contre le VPH dans leurs calendriers nationaux des vaccinations. Néanmoins, de nombreuses inégalités persistent: 70% des pays à revenu élevé ont introduit la vaccination contre le VPH contre seulement 20% pour les pays à revenu moyen et 6% pour les pays à faible revenu.

Au niveau mondial, en 2015, seulement 12% des pays ont signalé la mise en place de programmes de dépistage du cancer du col de l'utérus. Les taux de participation dépassent 70% et sont les plus élevés dans les pays à revenu élevé. Les femmes ayant le plus besoin de ces services sont les plus susceptibles de ne pas en bénéficier, soit parce qu'elles en ignorent l'existence, soit parce qu'il leur est impossible d'y accéder.

Le cancer du col de l'utérus présente des taux de guérison élevés s'il est traité à temps, mais les taux relatifs normalisés de survie à cinq ans (proportion des personnes survivant cinq ans après le diagnostic) varient de 13% en Ouganda à 79% en Corée du Sud.

Comme ces statistiques le démontrent, la question du cancer du col de l'utérus concerne non seulement la science et la médecine, mais aussi l'équité. L'un des plus grands avantages du mouvement pour l'égalité des genres est qu'il nous incite également à nous préoccuper de l'équité d'une manière plus générale. Nous devons bien sûr améliorer la ventilation des données en fonction des revenus et des genres pour pouvoir appliquer au mieux cette optique d'équité.

Dans ce contexte, il est évident qu'il faut en faire davantage, plus particulièrement en faveur des femmes pauvres et vulnérables. Le nouveau Programme mondial conjoint des Nations Unies (Programme conjoint) mettra en œuvre l'approche globale de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) concernant la prévention et le contrôle du cancer du col de l'utérus qui englobe les points suivants:

  • introduction et augmentation de la vaccination contre le VPH
  • introduction et élargissement de la couverture du dépistage et du traitement des lésions précancéreuses
  • traitement rapide des cancers invasifs
  • accès aux soins palliatifs
  • monitorage à l'aide d'une série d'indicateurs et d'outils standard pour mettre fin au cancer du col de l'utérus.

La question du cancer du col de l'utérus n'est qu'un exemple démontrant que la santé se trouve au cœur de l'agenda pour l'égalité des genres et que l'égalité des genres (et la défense de la justice d'une manière plus générale) devrait figurer au centre de l'agenda pour la santé et le développement.

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