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13/02/2018 08h:24 CET | Actualisé 13/02/2018 08h:28 CET

Ma langue castrée est la darija, ma langue greffée est l'arabe!

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Je vais vous dire pourquoi le Marocain présente une personnalité dissociée, une bouche à plusieurs langues et un visage à plusieurs facettes. Et ce n'est pas de sa faute!

Le Marocain subit en réalité une crise identitaire dès le premier jour où il met le pied à l'école. On lui excise sa langue maternelle pour lui greffer à la place une nouvelle langue de marque "arabe". Puis on le soumet à un formatage identitaire, en évacuant par un drain son identité dite "maternelle" et placer une perfusion intracrânienne d'un sérum dit "arabe".

L'école marocaine a une longue expérience avec cette greffe de langue arabe et elle gère bien toutes les complications du rejet. Elle utilise ainsi des moyens de fabrication arabe, qui obligent l'enfant à intégrer la nouvelle langue et à tolérer l'absorption de la perfusion intracrânienne. On fait alors de l'enfant marocain un citoyen possédant un double langage, un double visage, une double personnalité, une double identité. Tantôt il est Marocain, tantôt il est arabe, tantôt il parle la darija, tantôt il parle l'arabe. Quand il parle l'arabe avec les Marocains, on ne le comprend pas et quand il parle le "marocain" avec les arabes, on ne le comprend pas!

Durant sa vie intra-utérine, la mère de l'enfant lui parle en darija. Pendant l'accouchement, il entend la sage femme qui l'invite à naître en hurlant la darija. À sa naissance, sa mère l'accueille dans ses bras et l'invite à téter en darija. L'enfant pleure en darija, exprime sa joie en darija, mange et boit en darija, toute la famille le porte dans les bras et l'embrasse en darija. Il joue avec ses frères et sœurs en darija, il échange avec ses grands-parents, ses oncles, ses tantes, ses cousins, son médecin, son infirmière, son pharmacien et son épicier en darija également.

L'enfant intègre et ancre en lui la darija, un outil par excellence qui lui permet de communiquer. Ainsi la darija devient une composante de son "moi", une partie de son corps. La darija est élaborée dans son cerveau et se transforme dans sa gorge, son larynx, son pharynx, sa langue, sa bouche, ses dents, sa salive, en mots, qui résonnent dans ses oreilles et son corps et qui font effet sur son entourage. L'enfant existe car il parle la darija, il fait rire son entourage ou le met en colère à travers la darija

La darija, c'est lui, c'est son MOI, sans celui-ci, il n'existerait pas. Pour l'enfant, sa langue darija, est un organe de son corps et de son MOI.

L'enfant rentre alors à l'école, puis le maître lui apprend que "la darija n'est pas une langue !". L'enfant ouvre grand ses yeux et ses oreilles, sans comprendre un mot de son maître, car ce dernier lui parle en une autre langue dite "arabe", totalement étrangère pour lui, d'autant plus que personne en dehors de l'école ne lui parle cette nouvelle langue! Ceci est le premier traumatisme identitaire qui secoue l'enfant marocain. Puis par la suite, il apprend qu'il fait partie d'une grande nation dite "arabe" et qu'il est arabe. L'enfant entend par là qu'il n'est plus Marocain, mais qu'il est arabe, une nouvelle identité virtuelle! Ceci est le deuxième traumatisme identitaire qui frappe le Marocain.

Comment voulez-vous que ce dernier s'aime et aime son pays, alors qu'il vit une crise identitaire? Dès son enfance, le Marocain souffre du syndrome de Cotard avec la négation de la darija, sa langue maternelle, et la négation de ses origines amazighes.

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