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20/02/2018 12h:34 CET | Actualisé 20/02/2018 12h:34 CET

La réconciliation avec la darija est la réussite de l'enseignement

Youssef Boudlal / Reuters

SOCIÉTÉ - Si la première étape d'un projet commence par une erreur, comment voulez-vous réussir ce projet? Sans vouloir accepter que l'erreur ait été faite au point de départ, nous allons nous acharner à apporter des solutions aux étapes suivantes qui ne font qu'empirer l'échec du projet en accusant les erreurs des étapes précédentes.

L'enseignement veut faire porter au Marocain une identité qui n'est pas la sienne, veut changer sa langue par une autre avec un déni total de ses origines et de sa langue maternelle, la darija, avec laquelle il communique toute sa vie, avec son entourage et même lorsqu'il se rend dans une administration. Pourquoi cet acharnement et ce déni?

Le déni de la darija fait du tort à l'équilibre psychologique du Marocain et cela depuis qu'il commence à fréquenter l'école. L'enseignement demande au Marocain d'être marocain lorsqu'il parle la darija dans sa vie de tous les jours, par contre il l'oblige à être arabe, parler arabe et écrire arabe lorsqu'il s'agit de discussions académiques, ou bien quand il rédige des courriers administratifs.

Par exemple, lorsque vous vous rendez à la mairie, vous communiquez avec le fonctionnaire en darija et il faut, par la suite, traduire en arabe les informations reçues en darija, pour que vous puissiez remplir les formulaires. Ne s'agit-il pas d'une dissonance gravissime? Tout se passe comme si en France on vous demandait de remplir les formulaires administratifs en anglais! C'est ce qui se passe au Maroc: nous parlons darija et nous écrivons en arabe. Est-ce logique? Avez-vous vu un pays, en dehors des pays arabes, qui parlent une langue différente de celle qu'ils apprennent à l'école et avec laquelle ils doivent remplir les formulaires administratifs?

Lorsque le Marocain arrive à l'école, on lui apprend que sa langue darija n'est pas une langue, c'est un dialecte, et qu'il est arabe et marocain, deux identités à la fois. L'enfant ne comprend pas pourquoi ce déni existe, comme si l'enseignement lui disait: "ici tu es arabe et dehors tu es marocain". Bien entendu ceci ne peut que dissocier l'élève et faire de lui "deux personnes", une sorte de dédoublement de la personnalité.

Si on veut que l'enseignement réussisse, il faut respecter l'élève, respecter sa langue maternelle, veiller sur son équilibre psychologique et sa personnalité. Si on imagine que la darija est enseignée à l'école comme une langue maternelle, une seule et une même langue, que nous parlons et que nous écrivons, comme tous les pays occidentaux, nous serons en paix avec nous-mêmes, avec nos compatriotes, avec notre pays et nous aurons une seule identité!

L'arabe pourrait être enseigné comme une des langues étrangères. Tous les Marocains résidant à l'étranger parlent la darija, mais ne parlent pas et n'écrivent pas l'arabe, car ils n'ont pas appris cette langue à l'école. Chez eux, ils parlent la darija et la langue du pays où ils résident. Si la darija, notre langue maternelle, est la langue officielle, tous ces résidents marocains à l'étranger pourraient écrire, publier et enrichir leur pays avec leurs expériences.

L'enseignement veut donner au Marocain une autre identité qui n'est pas la sienne et c'est donc la raison de son échec. La réconciliation avec la darija est la réconciliation avec ce que nous sommes, avec notre histoire, avec nos origines, avec notre présent et avec notre avenir. Nous devons nous réconcilier avec notre langue, la darija, comme le fait déjà la publicité commerciale même si elle le fait pour mieux vendre.

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