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01/06/2015 15h:20 CET | Actualisé 01/06/2016 06h:12 CET

Les Marocaines ont aussi le droit d'être ni putes ni soumises

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MUCH LOVED - Les prostituées, le film "Much Loved", son réalisateur Nabil Ayouch, ses actrices dont Loubna Abidar... Tous y passent, victimes de critiques au mieux, au pire d'insultes et de menaces de mort. Mais le scandale qui remue une grande partie de l'opinion publique depuis la diffusion de quelques extraits du film, d'une durée de 6 minutes en tout et pour tout, ne cible pas ceux qui, pourtant, sont en première ligne: les clients des prostituées.

Le plus vieux métier du monde existe partout. Pour autant, lever le voile sur cette pratique même dans un cadre fictif nous dérange en tant que Marocains.

Ici, "les filles bien" n'auraient pas de rapport sexuel en dehors des liens sacrés du mariage. Il semblerait que la règle soit plus flexible pour les hommes... Ils auraient une sexualité et l'assumeraient, eux, avec la bénédiction tacite de la société.

Par défaut, seraient-ce les prostituées qui les initieraient au sexe? Feraient-elles partie de leur intimité? La question de savoir dans quelles circonstances nos hommes connaissent leur(s) première(s) fois mérite d'être posée.

Combien de femmes non mariées qui ont une relation sexuelle, sont considérées comme des filles de mauvaise vie par leurs proches, sont qualifiées de prostituées dans la rue pour un haut jugé trop court, sont regardées de travers par un concierge un brin envahissant si elles rentrent accompagnées...

Mesdames, on n'a donc pas besoin de se faire payer pour se sentir "pute", au point de se surprendre soi-même à y croire face à la prégnance des ces idées et sous le coup de ce regard sans pitié.

Quand tout se mélange

Les filles dans Much Loved, Jennifer Lopez à Mawazine... "Toutes les mêmes", si l'on se fie aux commentaires sur les réseaux sociaux ou aux bribes de conversations entendues par-ci par-là dans le bus, au café du coin, à la radio, dans les familles.

Toute femme qui se déhanche, si l'on poursuit ce raisonnement, est par définition une pute. On aurait donc dû interdire la diffusion du concert de J-Lo sur la chaîne nationale 2M, qui plus est, à une heure de grande écoute ; voire d'annuler son concert tout comme on a censuré Much Loved dans nos salles -obscures-. C'est le cas de le dire.

Notre ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement en personne, Mustapha Khalfi, a l'air de cautionner ce jugement à propos de la prestation de la star américaine du RNB: "Ce qui a été diffusé est inadmissible et va à l'encontre de la loi de l'audiovisuel", a écrit le ministre samedi sur sa page Facebook et d'ajouter que la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) ainsi que le comité d'éthique de 2M seront saisis.

Avant que toute cette frénésie n'éclate autour du dernier film de Nabil Ayouch, "3atini saki" de Zina Daoudia est un tube qui avait aussi enflammé les discussions de comptoir. Une chanson dans laquelle l'artiste populaire marocaine ne fait que dire son envie de se mettre du rouge à lèvres et de sortir draguer.

Cette femme-là, marocaine, qui à l'écran ou à la ville se montre à l'aise avec son corps, bouge comme J-Lo, s'identifie à Daoudia, parle sexe sans langue de bois, cette femme-là renvoie les hommes à leur capacité ou pas de la combler.

Finalement, c'est peut-être ça le problème...

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