LES BLOGS
02/12/2016 08h:18 CET | Actualisé 03/12/2017 06h:12 CET

Les géants ont souvent une cervelle de moineau

ANTHONY WALLACE via Getty Images

On dit que celui qui n'est pas communiste à vingt ans n'a pas de cœur, mais que celui qui le demeure après trente ans n'a pas de cervelle.

Comme tout le monde, j'ai eu vingt ans et le cœur à gauche. Mes idoles se nommaient Castro, Le Che, Mao, Ho Chi Minh. On s'identifiait à leur combat. C'était dans l'air du temps et l' Algérie soutenait toutes les luttes.

L'Union soviétique, par contre, nous inspirait peu. Ses dirigeants manquaient de charisme et le romantisme révolutionnaire était plutôt considéré comme suspect et déviationniste. Je dois reconnaître que dans la révolution, seul le romantisme m'attirait.

Même si nous étions conscients des travers de beaucoup de dirigeants du Tiers-Monde et de leur régime politique, nous essayions de nous convaincre que c'était des inventions de la propagande impérialiste.

La révolution culturelle, par exemple, nous passionnait. A huit mille kilomètres d'ici, les détails bien sûr s'estompent et nous idéalisions cette période. Ce qui n'était pas l'état d'esprit de tous les chinois. Nous étions surtout très mal informés des réalités.

Le génie de Mao a démontré ses capacités et son étendue dans la conquête du pouvoir et de la mobilisation des masses, surtout paysannes, pour atteindre ses objectifs militaires et politiques et consolider son emprise absolue sur la société chinoise.

Les régimes autoritaires ont une particularité commune : ils imputent toujours les mauvais résultats économiques à une cause extérieure et jamais à leur incurie politique. C'est toujours la faute à une main invisible : les ennemis de l'intérieur, une conspiration internationale, et j'en passe.

Cette année-là, en Chine, les récoltes furent mauvaises. De l'avis de tous, la faute en incombait, une fois n'est pas coutume, aux moineaux friquets qui pillèrent les récoltes, exposant les populations chinoises à de graves problèmes de nutrition.

Dans une fulgurance géniale, Mao décréta la guerre aux moineaux friquets. Et c'est ainsi que deux milliards de moineaux moururent d'épuisement après qu'on les eût forcés à rester en vol par toutes sortes de moyens: en faisant du bruit avec des instruments, en frappant des mains, etc...

C'est alors que ce qui devait arriver arriva : on assista à une prolifération sans précédent de vermines et autres bestioles plus nocives encore pour les cultures que les pauvres moineaux. Ironie de l'histoire, la Chine se trouva dans l'obligation d'importer des moineaux de l'ex-URSS dont elle était encore l'allié, pour sauver ses cultures.

Moralité : tout dans la nature a sa raison d'être et son rôle à jouer, même le plus petit moineau. Tout a son utilité. Tout, sauf la bêtise humaine.

Dans un régime où seule compte la voix du chef et où aucune contestation n'est possible, seule la nature pouvait apporter un cinglant démenti aux élucubrations de dirigeants omnipotents certes, mais complètement déconnectés des réalités, isolés dans leur tour d'Ivoire, entourés d'une cour de sycophantes, sûrs d'eux-mêmes et que l'Histoire finit toujours par condamner.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.