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19/01/2015 06h:29 CET | Actualisé 21/03/2015 06h:12 CET

De Spinoza à Raif Badawi

INTERNATIONAL - Concernant le cas Raif Badawi, faire un parallèle avec Spinoza serait une erreur. Car le jeune libéral saoudien ne s'est pas attaqué aux dogmes de l'Islam. Il a juste exprimé une opinion politique et non religieuse.

Baruch Spinoza est un philosophe juif hollandais, issu d'une famille marrane. Le marranisme est un terme désignant les Juifs de la péninsule ibérique convertis de force au catholicisme et qui continuaient à pratiquer le judaïsme en secret.

Beaucoup d'entre eux ont fui en Hollande où ils pouvaient exercer librement leur culte. A l'époque, ce n'était pas encore les Pays-Bas mais les Provinces-Unies, qui étaient une République.

Car si la France de Voltaire se targue de la liberté d'expression, la Hollande, bien avant, incarnait une terre de tolérance, celle de la liberté de conscience.

Spinoza reçut une éducation religieuse, apprit l'hébreu, étudia le Talmud et se destina à devenir rabbin. Mais sa rencontre avec des libéraux changea sa vocation.

Il se détacha de la religion, dénonça les préjugés religieux, s'attaqua à ses superstitions et mit en doute les dogmes de la religion juive. Cela provoqua le courroux de ses coreligionnaires fanatiques.

Un soir, un de ces fanatiques le poignarda dans les rues d'Amsterdam; Spinoza y survécut. Mais le 27 juillet 1656, il fit l'objet d'un herem, l'excommunication dans la religion juive. Il s'exila à Leyde où il approfondit ses études philosophiques et où il rédigea une partie de ses œuvres.

Concernant le cas Raif Badawi, faire un parallèle avec Spinoza serait une erreur. Car le jeune libéral saoudien ne s'est pas attaqué aux dogmes de l'Islam. Ni soumit le teste coranique à sa propre exégèse.

Il a juste exprimé une opinion politique et non religieuse. Mais comme dans le royaume wahhabite, les frontières entre le religieux et le politique sont inextricables, nous pouvons nous tromper.

En fait Raif Badawi a simplement exprimé une opinion, il a critiqué la police religieuse saoudienne, le bras répressif du régime wahhabite. La sinistre commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice. Aux yeux du régime, il a touché à l'intouchable. Mais pour le salir et monter l'opinion publique contre lui, ils l'ont accusé à tort de s'attaquer à l'Islam et au Prophète. Il faut savoir que les libéraux sont diabolisés en Arabie Saoudite et montrés comme les ennemis de la religion.

Cependant, on ne peut pas nier que Spinoza en son temps fut un libéral. Il défendit le droit absolu de penser et exigea la limitation du pouvoir de l'Etat. Il fut un précurseur en matière de philosophie libérale, quoique John Locke est considéré comme le véritable père du libéralisme. Quant à Raif Badwai, c'est un vrai libéral qui milite pour les libertés et dénonce une monarchie absolue d'un autre âge.

"Les Provinces-Unies du XVII eme siècle de Johan de Witt sont plus libérales, plus humanistes et plus tolérantes que l'Arabie des Saoud de 2014."

La vénération est l'hypocrisie même car elle attribue souvent à la personne vénérée des attributs et des qualités qu'elle n'a pas. Mais dans le cas de Raif Badawi, il s'agit d'un vrai héros qui fait preuve de courage et de stoïcisme, il résiste avec une grande dignité à la douleur et à l'adversité.

C'est un jeune homme qui vient d'avoir 31 ans ce 13 janvier et qui défie toute une monarchie absolue et liberticide. Il mérite le plus grand respect et la plus grande admiration.

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