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16/04/2016 05h:20 CET | Actualisé 16/04/2016 05h:37 CET

La chronique de l'étudiant : Dans ma tête une question : "mais qu'est-ce qu'on fait là ?"

algeria university

Mardi, 9h00. Rahim vient de descendre de son département pour aller prendre un café, avant de retourner chez lui. Sous une pluie battante, et sans son parapluie cassé par le vent, il croise des camarades épuisés, mouillés, et qui ont affronté la tempête pour une heure de cours. Il leur apprend que la prof est absente.

En commandant son café bien serré "fi gobeli kbir" (dans un grand gobelet) il se pose la question. Celle qu'il s'est toujours posée, inconsciemment peut-être, mais qui sonne comme une évidence : "Qu'est- ce que je fais fait là ?"

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Rahim habite à Boumerdes. C'est à 4h du matin qu'il doit se réveiller pour prendre le train, puis le bus étudiant, pour arriver à 8h30 au cours.

Aujourd'hui, il était censé avoir une heure de cours d'un module ... qu'il a déjà étudié l'an passé. Rahim vient en effet du cursus LMD, il a déjà eu ce cours l'année dernière, contrairement aux très rares étudiants issus du système classique.

Et comme le professeur de ce cours ne fait pas passer de liste de présence, il n'aurait rien risqué s'il rate quelques séances. Pourquoi s'est-il donc réveillé à 4h, sous un déluge, pour assister à un cours qu'il a déjà fait, et qui n'est même pas obligatoire ...

Plus que de se demander qu'est ce qu'il fait là, sous la pluie, avec un gobelet de café, c'est de savoir qu'est ce qu'il fait encore làqui le tracasse. De surcroît, dans une FAC où les cours sont retardés pour "manque de salles" malgré une rentrée entamée avec quatre mois de retard.

Qu'est-ce qu'il fait encore dans une FAC qui l'a obligé à redoubler, alors qu'il avait eu son année, parce que certaines de ses notes avaient été remplacées par des cases blanches. Il a essayé, sans succès, de faire corriger sa note, avant de rester, et de refaire l'année, sans trop savoir ce qu'il faisait encore là, alors même qu'il avait trouvé un travail.

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Et c'est là toute l'étrangeté de la situation. Rahim n'est pas un cas à part. Ils sont nombreux, à être bafoués de leurs droits, à subir la désorganisation, ou à avoir la flemme d'aller à un cours, intéressant ou pas, obligatoire ou pas. Mais qui finissent par y aller...

Il ne sait pas vraiment si c'est la soif d'apprendre qui pousse les étudiants à venir, contre vents et problèmes, ou bien la conscience que l'on vit une situation difficile, avec un futur incertain, et qu'il est impératif d'assurer l'avenir avec le plus de diplômes possibles. Ou encore la pression de la famille, qui pousse certains d'entre eux à ne pas lâcher.

Ce qui pousse la grande majorité des étudiants à venir et surtout à rester, est peut-être divers, voire confus. Mais au final, cela reste positif, c'est peut-être, quelque part, un mince motif d'espoir.

On apprend, jeune, qu'il faut quêter le savoir même en Chine. On a peut-être appris, sans en prendre conscience, à adapter la formule : quêtons-le savoir, même en Algérie. Même dans son chaos, son désordre et au bout du train et du "bus Cous". Car, nous sentons confusément, malgré la destruction des valeurs, que notre avenir et celui de l'Algérie sont là, dans le savoir. Dans la manière dont nos têtes sont (et seront) faites.

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