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12/11/2014 06h:46 CET | Actualisé 12/01/2015 06h:12 CET

Régression de la criminalité au Maroc: Veut-on nous faire avaler des couleuvres?

SOCIÉTÉ - Je comprends pourquoi les chiffres de la criminalité sont si bas: c'est parce que les personnes agressées ne déclarent pas leur agression, soit parce qu'elles en sont dissuadées, soit parce qu'elles n'ont pas confiance en notre dispositif judiciaire. Et donc ce qui n'est pas déclaré n'est pas sur les registres, et donc n'existe pas.

SOCIÉTÉ - En réponse à une question orale à la Chambre des représentants sur la situation sécuritaire, le ministre de l'Intérieur Mohamed Hassad a révélé durant le premier semestre 2014 une baisse de 30% des homicides par rapport à la même période de l'année précédente, soit 200 homicides contre 300. Notons qu'en 2013, 600 meurtres ont été enregistrés.

Les coups et blessures ont également reculé de 20% au cours de la première moitié de l'année 2014. Il en va de même pour les délits de vols qui ont chuté de 25%. Ces chiffres m'ont laissé aussi étonné que perplexe, eu égard aux différentes agressions dont j'entend parler tous les jours.

En deux jours successifs, deux médecins femmes se sont faites agresser devant la clinique où elles travaillent. Une autre de mes proches collaborateurs s'est faite agresser à Temara en plein jour et en public, et c'est à travers son cas que j'ai compris pourquoi les chiffres avancés sont complètement biaisés.

Cette dernière s'est présentée au commissariat pour déposer plainte. Elle est superbement bien reçue (de la pommade) par la commissaire qui était une femme, mais on la dissuade de déposer sa plainte, prétextant que ce n'est pas dans son intérêt car la procédure est longue et fastidieuse pour une personne de sa stature (de la pommade encore). Cela lui coûtera des allées et venues à la PJ, au tribunal etc. Quant à ses papiers volés, elle lui conseilla de faire une déclaration de vol.

Maintenant, je comprends pourquoi les chiffres sont si bas: c'est parce que les personnes agressées ne déclarent pas leur agression, soit parce qu'elles en sont dissuadées, soit parce qu'elles n'ont pas confiance en notre dispositif judiciaire. Et donc ce qui n'est pas déclaré n'est pas sur les registres, et donc n'existe pas.

Ceci arrange tout le système, aussi bien le commissaire de l'arrondissement qui démontre que les chiffres dans sa région sont très bas et donc son district bien sécurisé, que le ministère de l'intérieur qui est fier de déclarer que la criminalité régresse dans le plus beau pays du monde, et entre temps, les agresseurs courent toujours.

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