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03/08/2015 08h:31 CET | Actualisé 16/10/2016 06h:12 CET

Que retenir de la visite de Barack Obama en Afrique?

marcn/Flickr

INTERNATIONAL - Barack Obama a créé l'évènement la semaine dernière en se rendant successivement au Kenya puis en Ethiopie. Orateur reconnu, le président s'est également montré excellent danseur mais que faut-il retenir de cette visite?

Une danse pour faire oublier l'absence

Au Kenya, où il se rendait pour la première fois en tant que président des Etats Unis, Barack Obama a rencontré un accueil plus qu'enthousiaste. L'"enfant du pays", comme il est surnommé là-bas, était attendu depuis un certain temps sur le sol qui a vu naître son père. Et comme pour rappeler à sa terre d'origine qu'il ne l'oubliait pas, le premier citoyen des Etats-Unis s'est laissé aller à quelques pas de danse locale sur la musique du groupe Sauti sol.

Bien sûr, Barack Obama n'a pas fait que danser: il a également traité de sujets plus sérieux tels que la lutte contre le terrorisme, où il compte renforcer l'aide américaine, l'économie ou encore l'entrepreneuriat des jeunes. Le programme était donc assez chargé pour les deux jours du président au Kenya et il en a été de même en Ethiopie où il a également marqué les esprits.

Un discours historique

Le discours de Barack Obama devant l'Union africaine représente sans doute l'un des moments historiques de sa visite africaine. Historique parce qu'il est le premier président des Etats-Unis à prendre la parole devant l'institution mais aussi par ses propos.

Il a fait ce que presqu'aucun de ses homologues occidentaux, mis à part François Hollande qui avait demandé à Blaise Compaoré de ne pas se représenter en 2014, n'avait fait avant lui: demander de manière claire et publique aux présidents africains de respecter leurs constitutions et pratiquer l'alternance démocratique. Morceaux choisis: "Personne ne devrait être président à vie", "l'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts mais d'institutions fortes".

Le discours, on s'en doute, a été apprécié diversement selon les bords des uns et des autres. Pour les partisans des partis au pouvoir, le fait qu'Obama demande aux dirigeants africains de ne pas changer les règles du jeu en cours de route, qu'il leur explique les opportunités de l'après pouvoir ou encore qu'ils leur disent qu'ils n'étaient pas indispensables à la bonne marche de leur pays, a été perçu comme une leçon mal venue et surtout inadaptée aux réalités africaines.

Ainsi pour Lambert Mendé, porte-parole du gouvernement de la RD Congo: "Barack Obama ne fait que répéter ce que nous entendons de la part de plusieurs dirigeants occidentaux...". Il est soutenu par Jean-Didier Elongo du Congo Brazzaville qui estime qu'"être donneur de leçons, c'est bien mais nous pensons que l'Afrique doit prendre son destin entre ses mains...".

Par contre, les partis d'opposition ont plus qu'apprécié le discours et espèrent que les actes suivront. Bruno Tshibala, porte parole de l'UDPS, un parti d'opposition en RDC, estime ainsi qu'"il a bien fait de rappeler les principes d'une démocratie aux dirigeants africains qui font le contraire". De son côté, Pascal Tsaty Mabiala, premier secrétaire de l'Upads du Congo Brazzaville, salue le discours "très fort" du président américain et souhaite qu'il soit accompagné d'actes concrets. Et c'est bien là que se situe l'enjeu majeur.

Des enjeux géopolitiques importants

Si le fond du discours prononcé par Barack Obama est récurrent chez les occidentaux, c'est plutôt sa forme qui surprend. Le président ne s'est en effet pas gêné pour désigner des personnes, des pays et même des situations comme au Burundi. Cette attitude pour le moins rare, surtout à ce niveau de pouvoir, peut se comprendre par la fin de mandat de Barack Obama qui n'hésite plus à se lâcher et à dire ce qu'il pense. Il a par exemple prononcé le mot "nigga" (ce mot signifie négro et était particulièrement employé durant l'esclavage) aux Etats-Unis dans un entretien sans se soucier de choquer. Mais dans une analyse plus profonde, ce discours semble directement adressé aux jeunes, sur lesquels l'Amérique semble mettre plus l'accent.

Il est clair que Barack Obama modifie profondément la politique américaine en Afrique. En effet, les USA nous avaient habitués à une certaine distance avec l'Afrique: ils se contentaient de faire des prêts assortis de conditions assez strictes et laissaient l'Europe et surtout la France se frotter aux réalités africaines. Mais l'arrivée en force de la Chine, qui ne pratique pas la démocratie sur son sol et qui est donc tout à fait à l'aise pour traiter avec les dirigeants africains, oblige l'Amérique à modifier sa stratégie.

Les conditions de l'aide n'effraient plus les dirigeants africains qui savent qu'ils peuvent compter sur le nouvel allié chinois; l'aide reste indispensable à l'Afrique et il est impossible de l'arrêter. Qu'à cela ne tienne! Il faut agir sur les jeunes et leur donner les opportunités pour prendre leur destin en mains et lutter pour la démocratie (infrastructures avec l'initiative Power Africa, formation et leadership avec l'initiative YALI). Et si les prévisions de forte croissance du continent se confirment, il aura gagné son pari car il aura développé l'influence américaine par le biais des jeunes.

Mais il n'aura pas la tâche facile: es dernières années, un discours nationaliste d'un genre nouveau influence les populations et largement les jeunes. Il s'agit notamment d'affirmer que "les occidentaux ont pillé l'Afrique et qu'il ne faut plus les laisser continuer" ou encore que "la CPI est un tribunal qui est né pour persécuter les Africains".

Ce discours, représenté par des hommes comme Laurent Gbagbo ou encore Robert Mugabé influence une grande partie de la population peu instruite et limite considérablement la portée du discours d'Obama.

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