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16/03/2016 15h:16 CET | Actualisé 17/03/2017 06h:12 CET

La marche de Rabat marquera-t-elle un tournant dans les relations du Maroc avec l'ONU?

DIPLOMATIE - Dans un communiqué publié par l'ONU, Ban Ki-moon a exprimé son "incompréhension" et sa "déception" de la manifestation qui l'a ciblé personnellement à Rabat ce dimanche 13 mars. Cette réaction est la dernière d'un dossier qui devient explosif depuis le 9 mars dernier: celui du Sahara. Marquera-t-elle un tournant dans les relations du Maroc avec l'ONU?

HuffPost Maroc

DIPLOMATIE - Dans un communiqué publié par l'ONU, Ban Ki-moon a exprimé son "incompréhension" et sa "déception" de la manifestation qui l'a ciblé personnellement à Rabat ce dimanche 13 mars. Cette réaction est la dernière d'un dossier qui devient explosif depuis le 9 mars dernier: celui du Sahara. Marquera-t-elle un tournant dans les relations du Maroc avec l'ONU?

Le dimanche de la colère

Ce sont 3 millions de Marocains qui ont convergé vers Rabat ce dimanche 13 mars pour exprimer leur colère suite aux propos tenus par le Secrétaire général des Nations unies le 9 mars. En visite à Tindouf dimanche 7 mars dernier, le secrétaire général de l'ONU avait en effet utilisé le terme "d'occupation" pour décrire la situation qui prévalait dans cette zone. La réaction du Maroc à ses propos ne s'est pas faite attendre autant politiquement que socialement. Car dans ce dossier, qui dure depuis quatre décennies, le peuple marocain a des arguments à faire valoir et à faire entendre.

Des arguments historiques et sociologiques en premier lieu puisque les populations du Sahara sont constituées de deux grandes branches dont les origines arabes ou berbères s'étendent du nord au sud du Maroc: les rguibat qui descendent directement d'Ahmed Rguibi, lui-même descendant de Moulay Abd Salam ben Mchich. Il s'est établi à Draa en 1503 a fondé une Zaouïa qui s'étendit à tout la Saquia Hamra. Les teknas qui comptent des tribus comme les Izarguiyine (originaires de Tarfaya), les Laroussiyine (originaires de Marrakech), les Ouled Dlim (originaires d'Essaouira et de Meknès) ou encore les Filali (originaires du Tafilalet), les Laroussiyine (originaires de Marrakech), les Ouled Dlim (originaires d'Essaouira et de Meknès), les Oulad Tidrarine (descendants de Sidi Ahmed Ben Ghandour né à Ouezzane), les Ahl Ma el-Aïnain (descendants de Moulay Idriss).

Ainsi, au-delà d'un territoire, il y a un lien historique et sociologique qui lie les tribus sahraoui aux autres régions du Maroc et qui en fait les habitants d'une même nation. C'est d'ailleurs dans ce sens que la nouvelle politique mise en place par le roi Mohammed VI vise à intégrer la région au cœur du développement du royaume et à en faire un des axes majeurs. Dans son discours du 6 novembre dernier, le roi avait notamment annoncé des chantiers importants tels que la construction de la voie ferroviaire Tanger-Lagouira ou encore du grand port de l'Atlantique à Dakhla.

Quant à parler d'une reconnaissance politique, comme le réclame le Polisario, elle ne satisfait pas les conditions énoncées par l'Institut de droit international sur la reconnaissance des nouveaux États de 1936. Et de nombreux pays l'ont d'ailleurs bien compris puisque de 79 qui soutenaient la pseudo "RASD" en 1989, le nombre est passé à 30 en 2014 dont 8 en Afrique. Cette "république made in Algérie" n'a jamais été reconnue par les grandes puissances.

C'est donc fort de ces arguments que le Maroc travaille à une position réfléchie et constructive qui devrait être prise en compte par Ban Ki-moon dans son rôle d'observateur neutre et être analysés en toute impartialité. On comprend dès lors pourquoi le terme "d'occupation" a frustré le peuple marocain et l'a poussé à exiger des excuses et à organiser la marche du 13 mars. Ce à quoi Ban Ki-moon a répondu par de l'étonnement et une profonde déception.

De l'étonnement au lieu d'excuses

Ban Ki-moon a promptement réagi à la marche du 13 mars mais pas de la manière dont le royaume l'espérait. Au lieu des excuses, le Secrétaire général de l'ONU a exigé que son institution continue d'être respectée au Maroc et a dit ne pas comprendre cette manifestation qui l'a ciblé personnellement. Il a par ailleurs cherché à savoir si des membres du gouvernement avaient assisté à la marche.

Au vu des slogans qui ont été scandés pendant la marche, sa réaction est compréhensible mais il ne pouvait pas ne pas s'attendre à la colère du peuple marocain après ses propos: il avait d'ailleurs admis le 9 mars que sa visite, ainsi que celle de son envoyé spécial sur ce dossier, au Maroc pourrait être compromise. La logique aurait donc voulu qu'il profite de son entretien avec le ministre des Affaires étrangères du royaume pour assouplir ses positions mais il est plutôt resté sur ses déclarations qu'il n'a pas souhaité changer.

Un cap a-t-il été franchi?

Ban Ki-Moon avait à cœur de mettre le dossier du Sahara au centre du débat international pour sa dernière année à la tête de l'ONU. Sa visite correspondait donc à une tentative pour faire avancer les négociations sur des bases durables et fiables mais cela semble difficile désormais. Ses déclarations ont en effet provoqué une vive colère et surtout de la frustration au Maroc qui fait des efforts plus que significatifs dans le sens d'une solution consensuelle mais dont les actions semblent être minimisées ou pire ignorées.

Durant toute sa visite en Algérie, Ban Ki-moon n'a fait aucune mention du Plan d'autonomie pour le Sahara proposé par le Maroc en 2007, et pourtant qualifié par le Conseil de Sécurité de "sérieux et crédible". Le fait qu'il ne change pas ses propos risque donc bien de bloquer le processus car il n'est pas certain que le Maroc acceptera de discuter si ses efforts ne sont pas pris en compte. Faudra-t-il dans ce cas changer les négociateurs et reprendre tout le processus à zéro? Mais combien de temps cela prendra-t-il? Et surtout que se passera-t-il pendant cette période? Toute cette affaire n'arrange-t-elle pas finalement le Polisario qui continuera à détourner l'aide accordée par les instances internationales aux camps de Tindouf et qui ont fait l'objet d'un rapport accablant de l'Office européen de lutte antifraude?

Une telle situation n'entrainerait-elle pas la dégradation de la situation sécuritaire actuelle dans la région marquée par la montée du terrorisme, le chaos en Libye, le trafic en tous genres dans la région du Sahel? Selon toute vraisemblance, Ban Ki-moon ignore beaucoup sur l'histoire et la personnalité stratégique du Maroc dans la région et ne connait rien du peuple marocain. Un peuple qui appartient à une civilisation millénaire. Un peuple qui a toujours su défendre ses causes justes jusqu'au bout.

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