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16/01/2018 06h:29 CET | Actualisé 16/01/2018 06h:29 CET

La Tunisie, sept ans après: Parachever la promesse démocratique

FETHI BELAID/AFP/Getty Images

Les Tunisiens célèbrent le 7eme anniversaire de la chute du régime de Ben Ali, aboutissement d'une révolution qui a entraîné dans son sillage l'ensemble du monde arabe. Je voudrais rendre hommage au courage des Tunisiens. Le courage dont ils ont fait preuve en se soulevant contre la dictature, mais aussi celui dont ils témoignent chaque jour depuis le 14 janvier 2011 pour inventer un chemin parmi les défis politiques, économiques, sociaux, sécuritaires de cette transition démocratique. Mais de plus en plus de Tunisiens succombent au désespoir. Il y a la colère de ceux, notamment dans les régions de l'intérieur, pour qui rien n'a changé depuis 2011 malgré les espoirs placés dans cette révolution de la dignité et de la démocratie. Face à eux, il y a ceux qui s'indignent du désordre, de l'anarchie, qui réclament un tour de vis sécuritaire et, parfois, voudraient revenir en arrière.

La rencontre entre ces deux colères représente un vrai danger pour la Tunisie d'aujourd'hui. Plus encore que la menace terroriste qui reste présente, plus encore peut être que les défis socio-économiques si profonds. La nostalgie de l'ordre réveille petit à petit la tentation autoritaire, qui va de pair avec la disgrâce des institutions démocratiques: or il est faux de penser que la Tunisie peut se passer de cour constitutionnelle, peut repousser à l'envi les élections locales et la mise en œuvre de la décentralisation. Il est faux de penser que la Tunisie devrait "présidentialiser" son régime et réduire le pouvoir de son parlement. Seule la décentralisation permettra aux régions tunisiennes de reprendre leur destin en main. Seule une cour suprême pourra garantir l'État de droit et le respect des règles constitutionnelles. Quant au parlement tunisien, il est le cœur battant de la démocratie tunisienne. C'est là qu'a été adoptée la Constitution de 2014 ; là que le terrorisme a voulu frapper en mars 2015 pour saboter le processus transitionnel; c'est à l'assemblée que s'exprime le débat entre majorité et opposition, c'est là que les différences politiques qui font la force et la diversité de la Tunisie se frottent et s'accordent.

Pour beaucoup d'entre nous, la Tunisie est l'emblème de la réussite démocratique dans la région, la démonstration que les peuples peuvent réussir à faire entendre leur voix, que la dictature n'est pas une fatalité. Nous devons nous en souvenir, à l'heure où c'est au contraire la répression qui triomphe, les hommes forts qui prospèrent et la peur qui tient les peuples en respect. Une histoire connue qui se répète aujourd'hui. À ceux qui croient bon d'absoudre la répression et la dictature féroce en Égypte ou ailleurs, je rappelle le prix que nous a coûté le soutien au régime de Ben Ali pendant toutes ces années de peur pour les citoyens tunisiens. Nous connaissons le prix à payer et pourtant nous continuons de soutenir ces régimes qui nous connaissent si bien et n'ont que leur cynisme à offrir. Je crois plus que jamais que la France peut porter une politique différente, tournée vers les sociétés et les peuples, attentive au long terme, soucieuse de nos points communs et non de nos différences. Nous, Européens, dont l'histoire est meurtrie par les guerres fratricides ininterrompues que nous avons connues, ne regardons pas le malheur qui s'abat sur nos voisins comme une fatalité historique, culturelle ou religieuse. En Tunisie, d'abord, et dans le reste du monde arabe, ensuite, ne nous contentons pas d'une politique de la canonnière ni des discours contre-révolutionnaires ou éradicateurs de satrapes archaïques. Partout dans le monde arabe, et jusqu'en Iran, les espoirs qui se sont levés en 2011 sont dans toutes les mémoires. Et ceux qui perdent espoir tournent leur regard vers la Tunisie. Ne l'abandonnons pas.

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