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01/09/2015 09h:53 CET | Actualisé 01/09/2016 06h:12 CET

L'Etat, le moteur défaillant de l'économie tunisienne

Il y a quelques jours, la banque Centrale de Tunisie a publié une note conjoncturelle annonçant l'entrée (qui n'est pas la première d'ailleurs) de l'économie nationale en récession technique. Le PIB a effectivement reculé, respectivement de 0,7% et 0,2% sur les deux premiers quarts de l'année.

Mais bizarrement, le Tunindex, indice phare de la Place de Tunis continue son ascension enregistrant la meilleure performance des marchés de la zone MENA depuis le début de l'année.

Comment expliquer cette déconnexion? Est-ce qu'il y a une telle dissociation entre la sphère réelle et la sphère financière? Nous trouvons une explication dans la présence de l'Etat dans le marché boursier.

La réalité frappante

Si nous jetons un coup d'œil sur le marché d'actions tunisien, nous constaterons des chiffres très intéressants: les entreprises publiques tunisiennes représentent 13% de la capitalisation boursière, 24% de l'effectif total et 40% de la masse salariale! Autrement dit, ce sont des entreprises qui ne sont pas dans les premiers rangs à la Place de Tunis, qui sont en sureffectif qui le payent très bien. La performance positive du Tunindex provient effectivement des compagnies privées qui restent sur une bonne croissance des bénéfices en dépit d'une situation économique morose.

Cela résume tout le problème en fait. Les compagnies privées ont pu trouver suffisamment de souplesse pour adapter leurs offres de produits et services, leurs structures de charges opérationnelles et leurs architectures organisationnelles à la réalité économique. Par contre, les entreprises publiques continuent dans le même modèle inefficient, incapable de créer suffisamment de valeur.

Si nous faisons une simple translation de cette réalité à l'ensemble de l'économie, nous pouvons comprendre l'origine des problèmes de notre pays. Un secteur privé qui essaye de trouver des solutions (tout en reconnaissant qu'il y a des entités privées qui ne sont pas inscrites dans cette logique) et un secteur public qui souffre d'un grand nombre de fonctionnaires dont une bonne partie sans apport réel. D'ailleurs, la contribution des entreprises publiques dans l'impôt collecté reste minime dans la mesure où la plupart d'entre elles sont déficitaires.

La solution libérale, mais progressive

La solution passe donc par l'allégement de l'intervention de l'Etat dans l'économie. Certes, le fonctionnement des marchés n'est pas parfait, mais les défaillances de l'Etat Tunisien sont tellement flagrantes qu'il convient de limiter son périmètre d'intervention à quelques activités: la sécurité, la justice, les externalités négative, la santé et l'éducation.

Cela permet une meilleure répartition de la richesse puisque l'argent des contribuables (payé en majorité par les plus riches) sera investi dans les services publics de base assurant un minimum de qualité de vie pour le reste de la population.

Mais avant d'atteindre ce stade, il convient de passer par une étape intermédiaire. Il est difficile d'accepter cette réalité par la majorité des Tunisiens qui considèrent que la révolution n'a abouti à aucun de ses objectifs réels. Il faut donc commencer par le lancement effectif du PPP. A notre avis, c'est la seule méthode capable de débloquer la situation à court terme et de relancer l'investissement interne. Il faut également démarrer le chantier des grandes réformes.

Après avoir raté la loi de finances 2015 pour des raisons que nous ignorons, celle de 2016 doit comporter de réelles décisions courageuses comprenant une réforme fiscale, une simplification draconienne de l'ensemble des réglementations, une amélioration des opportunités économiques pour les classes vulnérables, une consolidation des régimes d'assurance sociale et des incitation à l'emploi formel.

Maintenant ou jamais

Le gouvernement actuel a été très chanceux d'avoir un contexte plus que favorable durant l'année 2015, avec une baisse des cours des matières premières. Cela a permis de maîtriser, en partie, l'inflation et de stabiliser le déficit extérieur à 8,5% du PIB (ce n'est pas déjà une fierté) et d'amortir les chocs des attentats du Bardo et de Sousse. Mais jusqu'à quand resterons-nous à la merci de la conjoncture?

Certes, il y a un travail de fonds qui est en train de se réaliser et sans lequel les réformes n'auront aucun sens, mais il faut faire très attention. La rentrée s'annonce déjà difficile sur le plan social.

C'est le moment où jamais de dire toute la vérité aux Tunisiens pour admettre les indispensables "décisions douloureuses". Autrement, les jours du Gouvernement s'annoncent difficile.

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