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29/11/2013 04h:43 CET | Actualisé 29/01/2014 06h:12 CET

Pour le renforcement des capacités stratégiques de l'Etat

POLITIQUE - La prospective n'est plus l'inspiration du zaim visionnaire unique. C'est une compétence. Mieux: un métier. Les Tunisiens experts existent et on les a toujours regardés avec dédain car ils ne pouvaient pas donner les ''bons'' scénarios. Aujourd'hui, les meilleurs scénarios sont ceux les mieux partagés, ils sont, de ce fait, relayés d'un gouvernement à l'autre.

Un système de gouvernement irrationnel ne pouvait produire ni politiques rationnelles ni résultats cohérents. Par irrationnel, on signifie sans visions, ni stratégies et encore moins objectifs, sans lesquels l'évaluation, la capitalisation et l'amélioration continues sont impossibles.

On peut, sans risque de se tromper, qualifier d'irrationnels tous les gouvernements qui se sont succédés en Tunisie, sur toutes les périodes de son histoire contemporaine... ou presque.

Sur la bonne trajectoire

Presque, car paradoxalement la période de l'indépendance a profité d'un leader très bien éduqué, bien inspiré, et visionnaire. Habib Bourguiba a surtout su s'entourer d'une génération de patriotes compétents et dévoués, en général formés dans les meilleures institutions européennes. Tous contribuèrent à doter le pays de fondations solides et durables dans les secteurs clés. Ca a notamment été le cas de l'éducation, de l'infrastructure, des affaires sociales et de la santé publique.

Cette trajectoire, qui était partie pour refonder la société tunisienne, allait de pair avec la tunisification des rouages du jeune Etat (prise en main de nos barrages, de nos compagnies de production et de distribution...). Elle aurait pu continuer sur sa lancée n'eut égard au déraillement historique du régime.

De myopie en cécité

La sortie de piste peut être datée à l'époque où le système politique n'a pas réussi (ou voulu) créer des institutions relais pour pérenniser cette Tunisie visionnaire, méthodique et volontaire qui prenait peu à peu sa place dans le concert des nations. Le système fût alors rapidement atteint d'une forte myopie, devenue plus tard une cécité.

Parler aujourd'hui des défaillances c'est en évoquer inévitablement une, et la plus flagrante: la très faible capacité de vision et de planification stratégiques. Dans tous les secteurs et à tous les niveaux.

Il nous parait donc évident que nous ne pouvions créer de ''carte universitaire'' sans un modèle de développement et une politique de décentralisation de l'Etat. Une décentralisation avec responsabilisation claire et déterminée. On ne pouvait traiter de système de santé sans une vision de la dynamique de la démographie locale et de ses besoins, sur le système de retraites, les nouveaux métiers de proximité, l'industrie naissante de santé, les nouvelles sciences et technologies...

On ne pouvait pas non plus s'attendre à des débuts de résultats dans le traitement du chômage sans une démarche systémique et une vision partagée de la direction dans laquelle notre pays doit s'engager.

Nos compatriotes le savent déjà, il faudrait en convaincre les acteurs politiques et les décideurs qui doivent assumer des responsabilités. Et le faire non pas individuellement mais dans le cadre d'une vision de gouvernement.

La prospective, c'est un métier

Comme dans certains pays avancés, il doit être créé dans le nouveau parlement élu un "Comité de l'Avenir" qui "ne pense qu'à ça", avec des correspondants dans chaque département ministériel et des ramifications dans les régions pour donner forme aux aspirations des tunisiens, veiller à la pertinence et cohérence globales puis convertir en plans et programmes de développement en votant des moyens conséquents.

Maintenant, la prospective n'est plus l'inspiration du zaim visionnaire unique et, de fait, irremplaçable. C'est une compétence. Mieux: un métier. Les Tunisiens experts existent et on les a toujours regardés avec dédain car ils ne pouvaient pas donner les ''bons'' scénarios. Aujourd'hui, les meilleurs scénarios sont ceux les mieux partagés, ils sont, de ce fait, relayés d'un gouvernement à l'autre. Nos compatriotes stratèges tiennent des dossiers dans les institutions internationales ou sont consultants tapis dans leurs gagne-pains d'adoption, faute de demande sérieuse.

Les temps sont venus pour notre pays de rentrer de plain-pied dans le troisième millénaire. Ont-ils oublié que gouverner c'est prévoir... y compris pour partir.