LES BLOGS
18/04/2017 07h:23 CET | Actualisé 22/05/2017 13h:44 CET

Le brassage des cultures, l'échange et le partage pour issue

Getty Images/Moment RF

Invitée hier à une table ronde avec pour thème "La France est-elle un modèle pour le Maroc?", voilà ma réponse.

Je crois indispensable de dire qui je suis et d'où je viens. Père, intellectuel de gauche, pendant les années de plomb, parfaitement bilingue, et mère enseignante, férue de littérature arabe, j'ai fait toute ma scolarité dans les écoles et universités françaises. Je ne dénigrerai pas l'apport culturel de la France qui fait partie de mon univers, de mon imaginaire au même titre que mon Maroc arabe, amazigh, hébraïque, divers et heureux dans cette diversité, ou que, mondialisation oblige, les cultures d'ailleurs, africaines, maghrébines, américaines du nord et du sud et asiatiques.

La culture française est donc une richesse en plus, sans pour autant que la France soit un tuteur. Je suis mon propre tuteur. Marocaine, née dans les brassages et les ouvertures, mon identité est plurielle. Femme marocaine, nous n'avons pas eu besoin de tutelle pour défendre nos droits de l'intérieur. Je citerai quelques unes qui se sont battues pour les droits des femmes ; Latefa jbabdi, Aicha Chenna, Nezha Skalli, Fatna Bouih, Fatema Mernissi, et d'autres qui en prenant la parole, y ont laissé leur vie dans les années de plomb, comme Saida Mnebhi. Ces femmes ne sont pas forcément francophones.

Mon Maroc, je le vis de l'intérieur, mais avec ces énergies plurielles internes et externes. Je me suis baladée dans les coins et recoins de mon pays, fait des reportages sur son patrimoine, rencontré des Marocains de toutes ses régions, et de toutes ses classes sociales, différents, riches de leurs régions, mais unis par cette même identité plurielle et par l'amour de notre pays. J'ai aussi milité pour des causes, diverses et variées. Si aujourd'hui, je défends les libertés individuelles ou les droits humains, ce n'est pas pour faire la morale, ou donner des leçons d'ouverture via la France. Ce sont des cris de l'intérieur, du fin fonds de mon pays qui se cherche et avance, à sa manière.

Par rapport à la France, elle m'a appris beaucoup de choses, les lumières, l'esprit critique, la liberté d'expression. Pourquoi parler de modèle? Le temps du protectorat est loin derrière nous. Le modèle français a eu aussi, dans le passé, ses revers, la corruption, le racisme, et aujourd'hui, un système politique qui, visiblement, à la veille des présidentielles, part en vrille. À l'heure de la mondialisation, des intérêts financiers, c'est l'argent qui mène le monde. C'est ça le vrai modèle imposé. Le brassage des cultures, l'échange et le partage, sont l'issue. Ne rien dénigrer, capitaliser les savoirs, sans paternalisme hors de propos, et avancer à notre rythme.

Gibran Khalil Gibran est un poète et peintre libanais, né le 6 janvier 1883 à Bcharré au Liban et mort le 10 avril 1931 à New York. Il a séjourné en Europe et passé la majeure partie de sa vie aux États-Unis. "La terre est ma patrie et l'humanité ma famille".

"Le savoir acquis dans un pays étranger peut être une patrie et l'ignorance peut être un exil vécu dans son propre pays". Averroès, né à Cordoue.

LIRE AUSSI: