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21/03/2016 06h:26 CET | Actualisé 22/03/2017 06h:12 CET

Urgence d'agir: Pourquoi Ksar El Kbir ne doit pas devenir un lieu d'extermination des animaux errants

Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux s'émeuvent d'un projet d'extermination des chiens errants de la ville par les autorités locales de Ksar El Kbir. En tant que Présidente d'une associationfortement engagée dans la protection animale au Maroc, j'adresse ce message comme une ultime tentative pour faire revenir le Président du Conseil Communal de Ksar El Kebir, Mohamed Simou, sur cette décision criminelle.

Elke vogelsang / elkevogelsang.com

Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux s'émeuvent d'un projet d'extermination des chiens errants de la ville par les autorités locales de Ksar El Kbir.

En tant que présidente d'une association fortement engagée dans la protection animale au Maroc, j'adresse ce message comme une ultime tentative pour faire revenir le président du Conseil municipal de Ksar El Kebir, Mohamed Simou, sur cette décision criminelle.

Si ce projet est mené à son terme, il conduira à un massacre sans précédent, car les autorités s'apprêtent à exterminer pendant quatre jours des centaines de chiens errants à balles réelles.

chien

Une partie de chasse aussi meurtrière pour ces pauvres bêtes sans défense que nuisible pour l'image de cette ville et de notre pays. En effet, l'annonce de cette "chasse" a déjà fait le tour des réseaux sociaux avant d'envahir, probablement, les écrans de télévisions du monde entier.

Ce projet porté par le président du Conseil communal, outre le fait qu'il soit cruel, est totalement inefficace pour la population de la ville que ce responsable prétend protéger. La nature a horreur du vide. Une meute exterminée sera vite remplacée par une autre, à moins de ne décider de créer des "frontières" étanches autour de Ksar El Kébir, ce qui est techniquement irréalisable.

C'est pour cela que l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds international pour la protection des animaux et surtout L'Alliance internationale pour le contrôle de la rage conseillent aux autorités locales, partout dans le monde, de stériliser et vacciner pour réduire la population canine et venir à bout de la rage au lieu de s'adonner à des pratiques barbares, venues du fond des âges.

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Les autorités locales s'apprêtent à tuer des chiens, des chiennes et des chiots. A moins de laisser des chiots orphelins mourir de faim loin de leurs mamans exécutées.

Des actes qui sont aussi inhumains que coûteux pour le contribuable

A cet égard, nous disposons de nombreuses études et de rapports d'expertise réalisés par les meilleurs spécialistes internationaux en matière de santé publique, qui démontrent que cette approche est totalement inefficace.

Bien entendu, les responsables de la ville nous opposent le risque de rage et donc le danger pour la population. Cependant, comment comptent-ils reconnaître les chiens enragés - si toutefois il y en a - parmi les sains? La ville de Casablanca, qui tue plus de 15.000 chiens par an, en a-t-elle fini avec la rage? Le temps n'est-il pas venu de recourir à des méthodes efficaces et reconnues mondialement?

Le Coran affirme: "Nulle bête marchant sur Terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communautés" (verset, 6,38). Nous sommes donc responsables de toute bête sur Terre. Nous devons donc être à la hauteur de cette responsabilité sur le plan moral et religieux.

Dans ce cadre, nous tendons la main pour mettre en place ensemble un plan d'action efficace, humain et moins couteux: Une large campagne de stérilisation et de vaccination antirabique. Cela protégerait la population, réduirait la surpopulation canine errante et serait digne d'une ville comme Ksar El Kebir.

Nous n'essayons pas ici de convaincre les autorités de méthodes qui marchent en Europe ou en Amérique. Il suffit juste de jeter un œil sur une autre localité marocaine, Taghazout, dont les photos des chiens traités sont présentées dans cette tribune. Le travail colossal et responsable fait par l'association Le Cœur sur La patte, en coordination avec les autorités locales, a permis de prouver qu'un autre chemin est possible que celui de la violence.

À Taghazout, les chiens errants sont castrés pour en réduire le nombre, sont vaccinés pour les protéger contre la rage et protéger la population. Enfin, ils sont identifiés à l'oreille pour confirmer leur prise en charge.

Ksar El Kebir est une ville qui a longtemps été réputée pour ses artistes, écrivains, poètes et sportifs connus sur le plan national et international. Je souhaite que l'on n'en fasse pas une ville connue pour le massacre de ses animaux.

Notre association, Comme chiens et chats, et bien d'autres, au Maroc comme à l'étranger, tendent aujourd'hui la main. Nous sommes prêts à venir à la rencontre des autorités locales et à mettre en place un plan d'action qui répondra à leurs besoins tout en sauvant des centaines de vies.

Il faut ici préciser que le chien marocain est devenu une race à part entière appréciée même au-delà des frontières de notre pays. En France, en Belgique, en Suisse et même au Canada, les témoignages s'accumulent pour dire à quel point ce chien est fidèle, loyal et affectueux.

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Or, des centaines de chiens de Ksar El Kbir errent ce soir à la recherche de nourriture et d'un abri sans savoir que les canons des chasseurs les prendront pour cible à partir du 22 mars 2016.

Tirer à balles réelles sur ces chiens met aussi en danger la population, traumatise les plus fragiles -dont les enfants-, ne viendra jamais à bout de la population canine et n'éradiquera certainement pas la rage. Seule la vaccination le permettrait.

J'adresse ce message à tous les responsables locaux qui doivent un jour prendre la même décision. Plusieurs associations proposent de travailler avec vous pour mettre en place des politiques de lutte contre la surpopulation canine et contre la rage. Alors rangez vos fusils, remisez au placard vos poisons et tendez votre main en retour!

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