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01/06/2015 13h:44 CET | Actualisé 01/06/2016 06h:12 CET

Sport au Maroc: Aucune disponibilité...

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SPORT - Voilà quelques années, lorsque je parlais aux étudiants à l'Institut Moulay Rachid de déterminants de la performance sportive, je citais six facteurs principaux. Je parlais de:

  • Potentiel humain
  • Niveau de la connaissance scientifique
  • Contexte socio-culturel
  • Histoire
  • Objectifs clairs et adaptés
  • Culturel du défi

Or, depuis quelques temps, je suis venu à l'évidence que dans le contexte marocain, il y a un autre facteur fort important sous-jacent à l'obtention ou pas de résultats sportifs de bon niveau.

Dans la littérature spécialisée, j'ai eu beau chercher, je n'ai trouvé aucune trace, ni allusion à ce facteur-ci, pourtant si important et si déterminant chez nous. C'est qu'en fait dans les pays développés, producteurs de connaissances scientifiques et d'études poussées, le facteur en question est une évidence et ne pose aucunement problème.

Je veux parler ici de la disponibilité: disponibilité des enfants, des cadres et des infrastructures.

Aussi talentueuse soit-elle, aussi volontaire soit-elle, aussi motivée soit-elle, une personne qui ne dispose pas de temps suffisant à consacrer à l'entraînement, est en fait mise dans la quasi impossibilité de réaliser des performances sportives à la hauteur de son potentiel et de son talent.

La disponibilité de l'enfant, par exemple, est tributaire de son agenda scolaire en premier lieu. Nos enfants, victimes d'un système scolaire des plus défaillants, ne bénéficient d'aucun espace temps à consacrer aux activités, autres que celles didactiques.

Un enfant américain, allemand ou autre est libre assez tôt dans l'après midi et n'a pas de devoirs, ni de révisions à faire à la maison. Il a donc tout le loisir et le temps de s'adonner à son hobby, qu'il soit sportif, artistique ou autre.

Par les temps qui courent, alors que M. Azzimane vient de rendre sa copie, je ne sais pas si cet aspect a été pris en compte ou non.

Un enfant n'est pas un coffre ou un fourre-tout qu'on peut emplir à volonté, de tout et n'importe quoi. Un enfant est une tête pensante. Un enfant a besoin de temps à lui, pour lui, pour vivre la vie qu'il se choisit pour lui même. Il peut le consacrer entre autre à la pratique sportive.

Pour être sportif de compétition dans notre pays, avant même d'envisager le haut niveau, le jeune est confronté au pire des dilemmes: il doit le plus simplement du monde faire un choix douloureux et plein d'incertitudes. C'est ou les études, ou le sport. Dommage.

La disponibilité, c'est aussi la proximité ou pas d'infrastructures sportives adéquates. Là aussi il y a un sacré problème. On construit à tour de bras partout sur le territoire national. On pense à l'école, à la mosquée devenue argument de marketing. On pense très rarement à des espaces de jeux et d'entraînement pour les jeunes et moins jeunes. C'est donc au niveau des lois sur l'urbanisation qu'il faut agir avec sérieux, fermeté et compétence.

Les collectivités et les promoteurs doivent être mis dans l'obligation, par la loi, non pas seulement de réserver des espaces, mais aussi de les construire, de les équiper et de les faire fonctionner. Car il ne s'agit pas uniquement d'édifier, il faut mettre à disposition les infrastructures et les faire travailler. Aujourd'hui un nombre invraisemblable d'espace sportifs ont été réalisés mais restent fermés tout simplement.

Voilà donc la problématique de la proximité de terrains de jeu qui se pose avec acuité et qui se trouve aggravée par la non utilisation de tout ce qui est disponible, y compris les très nombreuses infrastructures dans les établissements scolaires, aujourd'hui encore interdites aux enfants voisins.

La disponibilité, c'est également celle des encadreurs. Là aussi, il y a un très large déficit, empiré par beaucoup d'incompétence, de laisser-aller et d'irresponsabilité.

Les cadres de la jeunesse et des sports n'ont pas de programme, sinon à un rythme très sporadique et ceux de l'éducation nationale se contentent dans leur quasi totalité, des heures d'enseignement intra-muros.

Les uns comme les autres se sont, dans leur très large majorité, éloignés du mouvement sportif. Ils ont ainsi laissé le champ libre à un encadrement des plus douteux, en terme de compétences pédagogiques et techniques. Ceci sans oublier de mettre l'accent sur le fait que la formation de cadres de bon niveau est carrément en panne depuis des années, que se soit à l'éducation nationale ou à la jeunesse et au sport.

On peut donc parler autant qu'on veut de volonté de promouvoir la pratique sportive, de nécessité de permettre au pays une représentation internationale à la hauteur, mais voilà que le premier maillon de la chaîne est en grande difficulté: l'élément humain.

Les jeunes de nos contrées ne bénéficient aucunement de possibilité de pratiquer convenablement leur loisir, avant même de penser à en faire une activité systématique et encore moins un métier.

Entre temps, ils ont fait leurs choix quant à leurs occupations, chacun en fonction de son milieu social, chacun en fonction de ses moyens.

Tous s'accordent cependant sur la disponibilité des jeux électroniques, qui eux sont à portée de mains et dont la majeure partie de nos enfants est devenue accro, au grand damn des parents.

Alors nos enfants s'occupent aux jeux de défi, aux jeux de guerre où l'on tue et re-tue; où l'on sauve la planète, faute d'être sauvé, avec les armes et les stratégies les plus pointues. Beaucoup jouent au football virtuel, tiens. Sur ça, aussi la FIFA gagne des sous. Ils s'imaginent être Messi ou Ronaldo, ils peuvent même en un clic jouer une coupe du monde et en être les héros.

Mais cela est une autre paire de manches.

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