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16/05/2015 21h:20 CET | Actualisé 16/05/2016 06h:12 CET

Du fil de soie sur le terrain de football

ARTISANAT - En direction de Casablanca par l'autoroute, aux premières lueurs du jours, j'ai été surpris mercredi par un nombre assez important de femmes s'affairant sur le terrain de football, qu'on aperçoit à hauteur de Mohammedia.

ARTISANAT - En direction de Casablanca par l'autoroute, aux premières lueurs du jours, j'ai été surpris mercredi par un nombre assez important de femmes s'affairant sur le terrain de football, qu'on aperçoit à hauteur de Mohammedia.

Ces femmes ne faisaient pas de sport, soit tout de suite dit. Elles travaillaient.

Elles travaillaient à préparer lqitane, ce fil de soie torsadé à la base, entre autres, des 3qad et des cordons, qui vont ornementer nos jellabas, décorer nos jabador, nos qmiss et nos caftans.

Elles sont sur un terrain de football sûrement par ce qu'elles habitent à proximité, mais aussi tout simplement par ce que ces dames se servent des poteaux des deux cages pour attacher le fil de soie afin de le torsader.

Sur ce terrain de football, elles ont l'espace et la paix.

Voilà donc une aire sportive qui sert certes aux jeunes et moins jeunes par centaines tous les jours, mais aussi pour leurs sœurs, mamans, tantes ou grand-mères. Il constitue leur lieu de travail et de production de richesse.

L'art de l'habillement marocain doit beaucoup au savoir de ces dames, à leur doigté, à la justesse et à la précision de leurs gestes. Cela s'exprime et se résume dans la beauté de l'accoutrement traditionnel des Marocains.

Il leur doit et nous avec, tout l'amour et la minutie qu'elles mettent dans la réalisation de merveilleuses petites choses, sans lesquelles un habit traditionnel n'aurait pas de cachet. C'est l'intelligence de ses dames qui fera qu'un habit marocain ne ressemblera jamais à un autre.

Nous sommes en plein dans la création: la finesse et la couleur.

Nous sommes dans de l'art.

Ces dames sont si nécessaires aux maalems khyat, qu'il ne peut y avoir de tenues traditionnelles sans elles, sans leur savoir faire et leur génie.

Elles sont pour l'habillement traditionnel marocain ce que sont les petites mains à la haute couture. A chaque fois que vous porterez une tenue bien de chez nous, une belle takchita, un beau selham, pensez justement à ces petites mains et à cette tradition, à ces métiers que ces dames font perpétuer.

Le résultat de leur travail est une partie de notre culture, leur technicité fait partie de notre patrimoine ancestral.

Cela m'a rappelé cet artisan coutelier à la médina de èes, qui tout en nous donnant un cours sur l'histoire du MAS, dont il est fan depuis qu'il existe, nous disait à Belaïd, à Lino, à Abdou Belkhayat, un autre inconditionnel du MAS et à moi, que son métier se mourait et qu'après lui et son voisin, il n'y aurait plus de coutelier traditionnel à Fes. Oui à Fès, et pourtant, qu'ils sont beaux ses couteaux!

Le métier de ces dames existe partout au Maroc. Il est là et bien là. Il fait vivre beaucoup de familles dans la dignité et l'honneur.

Il existera tant que les Marocains resteront attachés à leur marocanité, à leur tradition et leur culture. Il existera tant qu'il n'y aura pas un petit malin, qui un beau matin va trouver le moyen d'aller produire la3qad moins cher ailleurs... Si ce n'est pas déjà fait.

Aujourd'hui hélas, il existe toute une distribution de produits portant le label Maroc, sans pour autant qu'ils soient fabriqués au Maroc ou par des Marocains... C'est dire le danger éminent qui guette tout un pan de l'économie et donc de la société.

Nous avons plusieurs plans de relance et de création de richesse, mais sans plus tarder il est nécessaire voire vital de penser à ces métiers, à nos métiers traditionnels qui font vivre des centaines de milliers de Marocains et qui peuvent faire à moindre coût partie de l'avenir économique d'un Maroc moderne prospère. Un Maroc de solidarité véritable où les citoyens consommeraient davantage et avant tout marocain, donnant ainsi du travail à leurs compatriotes et créant naturellement de la richesse.

San3at bouk lay Ghelbouk disaient les anciens... Mais cela est autre paire de manches.

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