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27/10/2014 18h:55 CET | Actualisé 02/02/2015 07h:05 CET

Contre la violence, il faut sécuriser nos stades

SOCIÉTÉ - Depuis longtemps déjà, chaque week-end connaît son lot d'agressions, enregistre son lot de victimes. Certaines sont six pieds sous terre. Ils sont les victimes collatérales ou agissantes de ce à quoi il va falloir trouver un nom spécifiquement marocain. « Bdarija ». Certains l'appellent à tort hooliganisme.

SOCIÉTÉ - Nous sommes mardi 30 septembre, il est trois heures du matin. Je n'arrive vraiment pas à m'endormir. Depuis hier après-midi, sur Facebook, circule une photo des plus tristes. Celle de Abdelali, très jeune supporter de l'Ittihad Riadi de Tanger, victime dimanche d'une embuscade, alors que lui, ses copains et l'équipe de l'IRT, joyeux et heureux, étaient sur le chemin du retour fêtant leur victoire devant le RAC du président Abdelhaq Mendoza.

Sans s'en douter, alors que la rencontre s'était déroulée au stade du père Jego à Casablanca, c'est au-delà de Rabat qu'ils étaient attendus. Je me sens tristement concerné, bouleversé. Estomaqué, interpellé, furieux au point d'en perdre le sommeil. Le sport est ma passion et mon métier.

Le jeune Abdelali sur un lit d'hôpital, la tête bandée, vient de subir une intervention chirurgicale lourde, suite à un traumatisme crânien grave. Il ne tient qu'à un tas de tuyaux le reliant à une machinerie de survie. Abdelali n'a pas été le seul à subir le supplice. Il en est la victime symbole.

« Hooliganisme » à la marocaine

Depuis longtemps déjà, chaque week-end connaît son lot d'agressions, enregistre son lot de victimes. Certaines sont six pieds sous terre. Ils sont les victimes collatérales ou agissantes de ce à quoi il va falloir trouver un nom spécifiquement marocain. "Bdarija". Certains l'appellent à tort hooliganisme. Le hooliganisme n'existe ou n'a existé qu'en Grande Bretagne. Il a ses règles et usages.

Les mots donnent un sens et permettent la compréhension, l'action adéquate et les solutions quand il en faut, et c'est bien le cas. "Achaghab" disent certains. Ce mot d'arabe importé décrit-il vraiment l'ampleur de la catastrophe ou la gravité réellement engendrée ? En tous cas, à mes oreilles, il est insuffisant et inadéquat.

Après le foot, le volley contaminé

Cette fois-ci, ce fut pour en découdre avec les tangérois, suite à des actes, tenez-vous bien, survenus en Coupe du trône de volley-ball. Eh oui madame la présidente, le volley-ball vient d'être contaminé officiellement à son tour. Il y a quelques années fut promulguée en grande pompe et médiatisation prolifique une loi, paraît-il pour mettre le holà à la violence autour du sport. La tournure actuelle prouve encore une fois l'incompréhension du phénomène par les politiques. Une simple loi peut-elle, à elle seule, juguler un phénomène d'une telle ampleur?

La violence a débordé des stades et se répand dans la rue, les routes, les autoroutes et même sur les chemins de fer. Elle est glorifiée, annoncée dans les réseaux sociaux et mûrement réfléchie. L'évidence est là, il ne s'agit plus d'un simple épiphénomène. La violence est autour de nous au quotidien. Elle ne fait que s'amplifier et s'exprimer de manière spectaculaire à l'occasion de matchs de football, où elle trouve une justification dans le fanatisme sportif pour finalement le dépasser.

On tend des embuscades pour régler un vieux compte ; on arrête un train pour en découdre avec les ennemis jurés ; on casse des biens publics sans ménagement pour venger une défaite ; on poursuit sans gêne une victime arme au poing dans un hammam, dans un commissariat de police; on attaque sans ménagement un hôpital provincial ou zid ou zid.

Adopter une approche globale

Si nous sommes tous interpellés par cette situation qui s'aggrave, certains devraient l'être davantage de par leur raison d'être et leur responsabilité. Si on ne sait pas qui sera la prochaine victime, on sait où elle va tomber et c'est chez nous, dans notre pays, autour d'un stade de football. Cette violence ne peut être jugulée que dans une approche globale, incluant la recherche scientifique et des études approfondies de notre société.

Cela concerne la famille, l'éducation, l'enseignement, l'urbanisme, la sécurité, et surtout en urgence la révision de la loi sur le travail des mineurs ayant quitté l'école, en y incluant explicitement l'apprentissage par le compagnonnage, une pratique séculaire contre l'oisiveté et la délinquance, d'une efficacité historique.

Assurer la sécurité et rendre nos stades et nos rues paisibles, c'est redonner de l'espoir et de la dignité à une jeunesse en mal de considération. Mais cela est une autre paire de manches.

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