Réda Dalil

Journaliste et écrivain

Maroc: Des souris et des hommes

ÉCONOMIE - Ils avaient juré leurs grands dieux que la subvention du fuel ne profitait qu'aux riches, qu'aux nantis, qu'aux industriels. Ils avaient juré que les 50 milliards ainsi arrachés aux poches des fortunés iraient irriguer les poches des faméliques. La montée vertigineuse des prix à la pompe a opposé un démenti cinglant à leur délire. Le diesel à 10 dirhams le litre a foudroyé les petites classes laborieuses et taillé des croupières dans les budgets de la classe moyenne. Entre temps, les marges des grands distributeurs de carburants se sont emplumées comme ce n'est pas permis. Dont acte.
09/02/2018 13h:18 CET

Maroc: La classe moyenne doit-elle "construire" le pays?

SOCIÉTÉ - Ils vous diront: la société civile doit aider, la classe moyenne doit "construire le pays". On n'accède pas à un niveau scolaire sans responsabilités dans un pays pauvre. Réussir pour soi, avoir un job, un crédit immobilier et une Ford Fiesta, enfiler une cravate ou un tailleur à 7 heures du matin, vous astreint à vous activer, à ajouter votre pierre à l'édifice de l'émergence en vertu d'une obligation morale. C'est comme cela et pas autrement.
16/12/2017 17h:46 CET

Maroc: Partir ou rester?

La fracture est telle que des milliers de Marocains éduqués ne se sentent plus chez eux dans ce pays. Leur tort: être allé à l'école, s'être appliqué, avoir voyagé, s'être civilisé, avoir appris des langues, vivre d'un métier qu'ils ont appris à la dure. Le sentiment de culpabilité vis-à-vis de l'océan de détresse, de mal-vie, de désespérance qui les entoure est grand.
18/11/2017 14h:41 CET

Ce Maroc que l'on refuse de voir

SOCIÉTÉ - Les bonnes nouvelles viennent de l'espace. Le Maroc désormais puissance satellitaire peut accrocher une nouvelle étoile à son Soft Power, c'est à dire : cette capacité, par l'investissement ostentatoire, par la communication grandiloquente et l'expansion continentale, à se faire plus beau, plus grand, plus conquérant qu'on ne l'est vraiment.
09/11/2017 18h:09 CET

Pas de culture pour les gueux

CULTURE - Neila Tazi est moins connue pour sa qualité de vice-présidente de la deuxième chambre du Parlement qu'en tant qu'initiatrice et organisatrice depuis 20 ans du Festival Gnaoua et musiques du monde d'Essaouira. Elle a exhumé l'art gnaoui de l'oubli pour en faire une veine culturelle jouissant d'un large écho ici et ailleurs. Mais Neila Tazi, qui se bat pour inscrire cette musique au patrimoine oral et immatériel de l'humanité n'y arrive pas. En dépit de ses réseaux, de son entregent, de ses postes, elle se fracasse contre 60 ans de propagande et de manque de goût.
01/11/2017 12h:23 CET

6 observations à chaud autour du "séisme politique"

POLITIQUE - Cette tribune fait suite au limogeage, par le roi Mohammed VI, de trois ministres, un secrétaire d'Etat, le patron de l'ONEE, et de la sanction de cinq anciens ministres du gouvernement Benkirane. Une décision prise après la publication du rapport de la Cour des Comptes sur la mauvaise gestion du programme de développement de la région d'Al Hoceima.
24/10/2017 20h:42 CET

Maroc: L'Europe ou la vie

SOCIÉTÉ - Il y a deux semaines, Hafid, 15 ans, candidat à l'immigration clandestine a hurlé à pleins poumons. Aplati sous le plancher d'un autocar, emmêlé à des câbles en cuivre et aux amortisseurs chauffés à blanc, joue contre le moteur, le corps à demi-calciné, il a hurlé. Arrivé à Tarifa, il s'est signalé. Une poignée de kilomètres de plus et il s'échappait dans la nature ibérique, à l'air libre européen. Une vie à construire et un passé à oublier. Son salut devenait concret, il pouvait presque le palper.
03/10/2017 17h:23 CET

Parents d'élèves: le "saignement" privé

SOCIÉTÉ - Bonne nouvelle, l'école britannique s'installe au Maroc! Enfin, bonne nouvelle pour l'école britannique qui pose ses valises bientôt remplies de billets à Casablanca. A l'image des écoles espagnole, italienne, française, belge, et la cohorte d'établissements privés homologués, l'école britannique pratiquera à son tour des prix exorbitants (on parle de 150.000 DH/an).
25/08/2017 13h:11 CET

Maroc: Une société (vraiment) libre

SOCIÉTÉ - Pétitions en pagaille, groupes de protestation, lettres ouvertes, le citoyen n'a jamais autant été engagé politiquement. Il se fâche, fulmine, critique et donc s'implique. Il est un whistleblower qui adresse une prière à l'absent, à l'inconnu, au magma de l'administration, de la représentation publique qui sommeille dans son Olympe, dans sa bulle, protégé par son statut de vache sacrée, là-bas, très loin, sur son inaccessible promontoire, s'époussetant l'épaule des menus tracas de la population, instituant un libéralisme sociétal de fait. La main invisible finira par prévaloir.
17/08/2017 10h:24 CET