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08/01/2016 08h:38 CET | Actualisé 08/01/2017 06h:12 CET

Le maintien de l'ordre public ne peut se faire au prix du sang de nos enfants

RÉPRESSION - Les médecins internes connaissent bien les blessures des enseignants stagiaires qu'ils ont eu à soigner: hier encore, ils avaient, à leur tour, avec leurs collègues étudiants en médecine, eu droit au même traitement, aux mêmes agressions. Hier encore, avant eux, d'autres manifestants ont été réprimés sauvagement. Hier encore, tout ce beau monde avait 20 ans... Aujourd'hui, à force de vouloir les rapetisser, ils ont fini par grandir.

Quand on ne sait pas qui a donné l'ordre, on ne frappe pas. Quand on ne sait pas, on demande. Quand on ne sait pas, on ouvre une enquête, une vraie, pas du genre de celle après la manifestation devant le parlement de début août 2013, ou celle après l'incendie meurtrier du car transportant principalement des enfants à Tan Tan ou celui, avant, transportant des voyageurs à Tizin Tichka.

Quand on ne sait pas, on se débrouille pour ne pas continuer à ne pas savoir. Le maintien de l'ordre public ne peut se faire au prix du sang de nos enfants. La violence, même légitime, ne peut pas continuer à être maladroite.

Il y a quelques mois, le monde a basculé suite à une image, celle de l'enfant syrien Aylan Al Kurdi, dont le petit corps avait échoué sur les plages turques. L'enfance est une force, l'image aussi. La violence des actes mène à la violence des images. La violence des images ramène à des violences de l'opinion, et probablement des actes.

Les jeux dangereux vont reprendre: La propagande du parti dominant dira que c'est un piège tendu au gouvernement, et à son "chef", et prendra pour preuve la propagande des autres partis, qui le pointeront, légitimement ou pas, du doigt. Habilement, Benkirane passera toute critique pour une manœuvre diabolique de "l'Etat profond". En "victime" du "système", il cherchera à s'en sortir, avec des points de popularité en plus (un sérieux sondage confirmera dans quelques jours qu'il est toujours très populaire). Il dira qu'il n'est pas le vrai patron de l'administration, que ses ordres ne sont pas appliqués, que pour cela, il a besoin d'une majorité absolue lors des prochaines législatives.

Comme on ne change pas une "formule" qui marche, le maintien de foyers de tensions, par ci et par là, avec ceux-ci et avec ceux-là, permettra au PJD de repasser haut la main. Face aux turbulences sociales, Benkirane se présente comme ultime sauveur, celui qui sait calmer la rue. La classe moyenne, comme la classe aisée, croit dans la valeur refuge. Contrairement à ce qu'on peut croire, Benkirane n'est pas l'élu des "pauvres", mais de tous les autres.

Sauf que, si par malheur, ou bonheur, on ne le sait plus, la rue venait à se remplir à nouveau, elle ne désemplira pas vite, et pas de la même manière. Cela devient une affaire de "dignité". Cela dépasse les jeux dangereux et les stratégies électorales.

A la fin de ce mois, les fonctionnaires toucheront un salaire ponctionné de quelques centaines de dirhams, pour sauver les retraites. Ils seront en colère. Ils le seront davantage, comme tous les ménages, quand le plan de redressement de l'ONEE entamera sa deuxième phase: dans quelques semaines, les factures d'eau et d'électricité seront plus salées, et on ne pourra pas faire porter le chapeau par les sociétés délégataires.

Si, au Moyen Orient, les choses ne s'arrangent pas, les prévisions du baril à 60 dollars ne tiendront plus. La saison agricole, quant à elle, est bien compromise. Les banques devront bien recouvrer leurs créances en souffrance, bien trop nombreuses pour les particuliers comme pour les entreprises. Ces dernières n'arrivent plus à créer de l'emploi, pire encore, elles le détruisent sous la contrainte et les faillites.

Pour des raisons démographiques, le Maroc n'a jamais eu autant de 18-45 ans, et n'en aura plus jamais, probablement. A cause du chômage, du rapport à la cité, à l'autorité, pour une raison ou pour une autre, la dignité de plusieurs d'entre eux, au quotidien, est mise à l'épreuve...

La répression des manifestants est inadmissible et condamnable. La répression des manifestants est désormais, aussi et surtout, une faute politique. Ils n'ont plus 20 ans, ils ont grandi...

Résistance.

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