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17/06/2015 04h:37 CET | Actualisé 17/06/2016 06h:12 CET

J'accuse!

SOCIÉTÉ - Mustapha Amrani est en prison. C'est un fait. Pourquoi? Ne tournons pas autour du pot, nous savons très bien. Récapitulons. Il avait pris en charge des enfants pour faire des sorties et des activités sportives. Coach Amrani est en prison car il fait un travail qui n'est pas censé être le sien: Il forme des champions.

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SOCIÉTÉ - Mustapha Amrani est en prison. C'est un fait. Pourquoi? Ne tournons pas autour du pot, nous savons très bien.

Récapitulons. Il avait pris en charge des enfants pour faire des sorties et des activités sportives. Coach Amrani est en prison car il fait un travail qui n'est pas censé être le sien: Il forme des champions.

Il a perdu ses disciples et enfants dans une noyade. Le drame a eu lieu sur une plage non sécurisée. Pourquoi ne l'est-elle pas? Pour quel motif ces jeunes sportifs ont-il péri?

Ce que beaucoup avancent, et les autorités judiciaires aussi, c'est la dangerosité bien connue de cette plage. C'est cet espace que l'Etat, via ses organes de gouvernance locale, laisse sans signalétique prévenant du danger, sans autorités faisant des rondes régulières pour assurer la sécurité des citoyens et des riverains, sans membres de la protection civile (maîtres-nageurs) alors que c'est la saison estivale.

Avant d'analyser la responsabilité de l'Etat dans ce massacre, partons du principe de la responsabilité du coach Amrani. Nous sommes là face à un exemple que l'Etat doit suivre et non poursuivre, étant donné que le coach est victime de l'incompétence de l'administration publique.

L'État est responsable civil de la mort de ces enfants. Comme lorsque Autoroutes du Maroc oublie de signaler des travaux ou d'annoncer des tronçons dangereux ou non protégés. Sans la communication officielle de la localité, coach Amrani et tous les autres citoyens ne peuvent être au courant du danger.

Les arguments de l'arrestation du coach Amrani évoquent la préméditation de ce dernier à porter atteinte à la vie de ces enfants. C'est de la simple spéculation. Coach Amrani est connu par les parents des enfants, comme par leur entraîneur, il les accompagne lors de voyages, assure leur entraînement et le suivi de leur carrière de petits champions.

Pourrait-il y avoir préméditation vu l'historique des relations entre les victimes et l'accusé? On pourrait parler de préméditation dans le seul et unique cas où la collectivité locale aurait mis à la disposition de tous les citoyens les informations nécessaires annonçant le danger et expliquant les risques de noyade sur la plage de Oued Cherrat.

Sans signalétique, coach Amrani ne pouvait être informé du danger de la plage. Et ne devrait en aucun cas porter le chapeau et passer pour le bouc émissaire.

y a-t-il eu négligence? Encore une fois, celle-ci ne pourrait être utilisée comme chef d'accusation que dans le cas d'une connaissance antérieure d'un danger et de ses répercussions.

Qui est responsable? Je me permettrai de me prêter au jeu d'accusation que le Maroc connaît depuis un bon bout de temps.

J'accuse ceux qui ne prennent pas la peine d'assurer la sécurité des citoyens.

J'accuse ceux qui ne garantissent pas les espaces, la formation, le suivi et la logistique nécessaire à ses graines de champions, que le Maroc a perdus (encore une fois).

J'accuse ceux qui n'appliquent qu'un semblant de loi, sans se soucier de l'esprit de la loi, bien plus noble et profitable à la société.

Enfin, j'accuse coach Mustapha Amrani d'être un champion, qui malgré toutes les pressions, assurait une mission d'une noblesse extrême. Donner un sens à la vie à des enfants, une vie que le Maroc leur a ôtée...

Pardon coach.

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