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24/01/2014 05h:38 CET | Actualisé 26/03/2014 06h:12 CET

Algérie: Un géant vert en devenir?

ÉNERGIE - Des études montrent que l'Algérie possède un potentiel d'énergie solaire équivalent à 60 fois la consommations électrique de l'Union Européenne. Cet atout, l'Algérie compte bien en faire un moteur de croissance.

L'idée de développement durable gagne chaque jour de plus en plus d'importance et l'idée que 'environnement' et 'développement économique' sont distincts disparait progressivement.

Les Objectifs de Développement du Millénaire (ODM), fixés à 2015, verront ainsi apparaitre les Objectifs de Développement Durable (ODD) qui tourneront donc autour de l'utilisation de l'environnement comme moyen d'atténuer la pauvreté et d'améliorer les conditions de vie. Cela, l'Algérie l'a bien compris.

Le pays est membre de l'initiative industrielle Desertec, qui a pour objectif l'utilisation de l'énergie solaire saharienne pour fournir 50% des besoins en électricité de l'Europe avant 2050. Il est aussi à noter que le sous-secrétaire général et directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, Achim Steiner, était cette semaine en visite officielle à Alger. Il est de plus en plus évident que l'énorme potentiel de développement d'énergie durable sur le territoire algérien (un des plus importants au monde) ne peut plus rester inexploité alors chaque été dans le pays se voit rythmer par des fréquentes coupures d'électricité.

En effet, des études menées par le gouvernement algérien mais aussi par le Centre Aérospatial Allemand (DLR) montrent que le pays possède un potentiel d'environ 169,440 tétra Wh par année d'énergie solaire d'origine thermale, de 14 tétra Wh d'énergie solaire photovoltaïque et de 35 tétra Wh d'énergie éolienne. Un pareil potentiel d'énergie solaire équivaut à 60 fois la consommation électrique actuelle de l'Union Européenne. Cet atout, l'Algérie compte bien en faire un moteur de croissance économique qui atténuerait la dépendance du pays aux recettes des exportations d'hydrocarbures et qui augmenterait les liens économiques avec l'Europe.

Dans cette optique, l'Algérie intensifie depuis quelques années ses recherches dans le domaine des énergies renouvelables. En mars 2011, le Ministère de l'Energie et des Mines a présenté son programme d'énergie durable et d'efficacité énergétique. Ce programme détaille l'ambitieuse stratégie déployée par différentes sortes d'acteurs algériens (publics et privés) en collaboration avec des partenaires étrangers, afin de faire de ce secteur un levier de développement économique et social. Ce programme fixe des objectifs de développement d'énergie solaire thermale, photovoltaïque, et éolienne, mais aussi des objectifs de développement de la capacité industrielle requise pour produire les matériaux nécessaires au programme localement. Ce programme comprend en outre le développement d'un cadre législatif et fiscal propice aux initiatives d'investissement dans l'énergie durable, et prévoit le développement de structures adaptées à la Recherche et Développement au niveau national et continental (notamment grâce à l'ouverture d'un campus de l'université Pan-Africaine spécialisé dans les énergies durables à Alger).

Cependant, quelles sont les possibilités et défis d'un partenariat d'énergie 'verte' d'une telle envergure avec l'Europe?

Du coté algérien, Sonatrach et ses partenaires ont la grande ambition de devenir un important exportateur d'énergie solaire vers l'Europe. Cependant, ces projets, se basant sur des liens de transmissions sous-marins, semblent prometteur en théorie mais sont confrontés en pratique à d'importants défis commerciaux et techniques.

En effet, l'exportation d'énergie solaire à travers des câbles sous-marins est une option excessivement coûteuse, sans même compter le coût de l'acheminement de cette énergie depuis l'Europe du Sud vers le Nord, qui nous laisse douter que cette option conservera un prix compétitif par rapport aux alternatives conventionnelles.

De plus, ces ambitions économiques semblent reposer sur quelques suppositions sur la politique énergétique européenne. En effet, l'importante supposition du coté algérien est que les Etats européens seraient prêts à payer plus cher pour de l'énergie renouvelable. Etant donné le déficit budgétaire que connait l'Union Européenne aujourd'hui, il semblerait que la réalité du marché n'assure pas forcément la pleine volonté de payer le prix de l'énergie solaire algérienne. D'un autre côté, le possible succès de ces projets nous amène à nous poser de sérieuses questions quant à la future éventuelle dépendance énergétique de l'Europe à l'Algérie, qui deviendrait donc non seulement une source majeur de gaz et de pétrole mais aussi d'électricité. Il semble donc que le vrai défi en jeu est de contourner ces difficultés tout en garantissant, d'un côté, la sécurité énergétique européenne sur le long terme, et de l'autre, la prospérité des investissements algériens.

Ce défi n'est pas impossible et il semblerait que l'Algérie aie le potentiel de rester le principal fournisseur énergétique de l'Europe en adoptant les politiques nécessaires en termes de promotion d'investissement dans les infrastructures, transfert de technologie, savoir faire, ressources humaines mais aussi en apprenant à devenir compétitif au niveau du marché mondial.

Une forte relation économique dans le secteur des énergies renouvelables serait un atout essentiel pour l'Algérie autant que pour les pays européens. Le mémorandum énergétique signé en juillet dernier entre l'Union Européenne et l'Algérie représente un pas important vers la construction d'une relation fructueuse.

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