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10/01/2016 05h:07 CET | Actualisé 10/01/2017 06h:12 CET

Accès difficile à l'éducation: la vallée d'Aït Bouguemez, un cas d'école

Campus école vivante/Facebook

SCOLARITÉ - J'ai appris à lire, écrire et compter dans une des écoles privées à Rabat, souvent inconscient de la chance que j'avais d'avoir une chaise et une table que je ne partageais avec personne, et d'avoir des parents qui me déposaient et venaient deux fois par jour.

Mais quand on vit au Maroc, il suffit de prendre la route à une heure de Marrakech et s'engouffrer dans les premières montagnes du Haut Atlas pour se rendre compte assez vite que notre confort est loin d'être général.

Un souvenir qui me revient de mes nombreux voyages avec mes parents quand j'étais plus jeune, est celui de dizaines d'enfants hauts comme trois pommes marchant sur le bord de la route sur des kilomètres avec des cartables plus larges que leurs épaules.

Dès qu'on s'arrêtait en voiture, ils se ruaient vers nous en demandant un stylo, ou à défaut, un dirham (0,10€, sÛrement pour acheter ce stylo) me faisant réaliser la soif d'apprendre qu'ils avaient malgré la misère, alors qu'il pouvait m'arriver de me plaindre parce que mon stylo à 4 couleurs n'était plus à mon goût et que je préférais avoir le dernier modèle.

Ce "souvenir" qui date d'une vingtaine d'années est malheureusement actualisé à chaque fois que je prends les routes des montagnes. Sans avoir la prétention de pouvoir changer les choses, j'ai décidé d'inclure ce sujet qui me tient à cœur comme fil conducteur de mon aventure liant Ushuaia et Montréal.

En effet, en septembre dernier, j'ai décidé de mettre ma vie régulière et routinière entre parenthèse, pour entamer un voyage autour du monde avec une première étape sur le continent américain en 8 mois (de février à septembre). Je tiendrai un blog www.globatlax.com que j'alimenterai avec des articles thématiques (cuisine, nature, musique...) pour chaque pays, mais le sujet principal qui retiendra mon attention sera celui de l'accès à l'éducation dans les régions reculées.

Cela dit, avant d'aller explorer ce thème dans les pays d'Amérique Latine, j'ai commencé par visiter une école maternelle construite dans les montagnes du Haut Atlas de la région d'Azilal, plus précisément dans le village d'Agouti dans la vallée d'Aït Bouguemez. Je vous parlerai ensuite de mon coup de cœur de la vallée: une école privée avec une méthodologie à part et une belle histoire.

Maternelle d'Agouti

Parfois, il suffit d'une conversation touchante pour trouver des révélations sur ce qu'on veut réellement faire. Ce fut le cas de ma rencontre avec Maha Laaziri après que j'aie découvert par hasard l'association Teach4Morocco dont elle est la fondatrice et présidente.

En effet, j'avais eu l'idée de lier mon voyage à la thématique de l'éducation depuis le début, mais ce n'est qu'après une discussion avec Maha que j'ai pu préciser ce que je voulais en faire: partager de belles histoires d'individus qui ont œuvré pour faciliter l'accès à l'éducation à des populations "oubliées".

J'ai ainsi pu me rendre dans la vallée d'Aït Bouguemez, à 4 heures de Marrakech à travers les montagnes du Haut Atlas, pour découvrir une belle histoire que je voudrais partager avec vous, celle de la création d'une école maternelle par une association locale: l'association Ighrem pour le développement de l'artisanat et le tourisme dans la vallée, dont j'ai rencontré le président Monsieur Ibrahim Mansouri.

Il m'a expliqué que l'idée de créer une école maternelle leur est venue pour anticiper de potentiels échecs scolaires dus à des lacunes cumulées durant les années du primaire à cause d'un manque de préparation préalable.

Sans aide externe préable, ils ont construit l'école et mis en place un plan de rémunération de l'enseignante en toute autonomie grâce à un financement participatif parmi les habitants du village. Ils ont ensuite fait appel à l'association Teach4Morocco qui a finalisé la construction, fourni les équipements et formé l'enseignante.

(Pour plus d'informations sur ce sujet je vous invite à vous rendre sur l'article dédié sur mon blog, et de regarder l'interview complète où le président de l'association Ighrem me décrit leurs défis et leurs réussites. Il m'y explique notamment leurs projets pour la rentrée prochaine: recruter une deuxième enseignante pour séparer les 3-4 ans des 4-5 ans).

Ecole vivante

Stéphanie Tapal est une Allemande installée dans la vallée d'Aït Bouguemez, et a rajouté depuis le prénom berbère Itto et le nom de son mari Haddou, Mouzoun. Ils ont fondé "l'école vivante" sur les principes de la Scuola Vivante (Suisse): ouverte et responsabilisant les élèves.

J'ai malheureusement appris trop tard l'existence de cette école, et le plus grand regret de mon dernier voyage au Maroc est d'avoir été à 10km de l'école sans m'y rendre. Je trouve que cette école est un exemple d'entrepreneuriat social qui pourrait en inspirer plus d'un.

J'ai pris beaucoup de plaisir à parcourir leur site web et leur blog. J'ai tout de même tenu à les compléter par une petite interview avec Stéphanie-Itto qui y délivre des réponses sincères et transparentes sur la genèse et le fonctionnement de son école.

Elle y explique notamment la méthodologie d'apprentissage novatrice de la Scuola Vivante et sa valeur ajoutée sur les élèves, l'encadrement du staff à l'intérieur et à l'extérieur de l'école. Stéphanie nous donne aussi les arguments qu'elle met en avant face à ses donateurs et enfin leurs ambitions pour l'avenir.

Ces deux belles histoires ne sont qu'un tout petit échantillon des innombrables initiatives menées chaque jour un peu partout à travers le Maroc.

J'espère pouvoir partager encore plus de belles histoires similaires en provenance d'Amérique Latine, afin de pouvoir peut-être inspirer certains lecteurs qui ont envie d'œuvrer pour l'éducation au Maroc, mais qui ont encore l'impression de manquer d'idée, de courage, ou de preuve que n'importe quelle petite contribution peut avoir un impact conséquent.

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