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14/09/2015 08h:09 CET | Actualisé 14/09/2016 06h:12 CET

L'économie chinoise a besoin de vacances

INTERNATIONAL - Le 4 septembre dernier, les aéroports et les gares ont repris leur couleur d'apparat, animés par l'affluence des grands jours. Alors que la bourse chinoise s'effondre et que l'économie traîne, la Chine a pris quelques jours de repos.

jonycunha/Flickr

INTERNATIONAL - Le 4 septembre dernier, les aéroports et les gares ont repris leur couleur d'apparat, animés par l'affluence des grands jours. Alors que la bourse chinoise s'effondre et que l'économie traîne, la Chine a pris quelques jours de repos. Ce nouveau créneau de vacances, annoncé par le gouvernement le 16 décembre 2014, célébrait le 70e anniversaire de la victoire des Alliés sur le Japon, marquant la fin de la Seconde Guerre Mondiale sur le continent asiatique. Il ne s'agit pas là d'un "cadeau", encore moins d'une démarche populiste, dans un pays où un citoyen lambda dispose d'environ trois semaines de vacances par an. Ces quelques jours résonnent comme un appel à une classe moyenne émergente, dont le gouvernement a terriblement besoin: consommez, consommez, consommez!

La Chine et la culture des vacances

La Chine n'est pas une nation adepte des pieds en éventail. Avant 1999, les Chinois disposaient de 11 maigres jours de vacances. Les réjouissances sont désormais portées à 24 jours. La sacro-sainte semaine de vacances reste la Fête du Printemps ou Nouvel An lunaire, où les travailleurs chinois regagnent leur contrée natale, engendrant d'impressionnantes migrations chaque année.

Les vacances sont une réalité récente en Chine. Sous Mao Zedong, la culture des vacances existait peu. Les weekends étaient occupés et le samedi consacré à des cours doctrinaux. Ce n'est qu'en 1999, avec la généralisation des congés payés à l'ensemble des salariés, que la Chine découvre les semaines de vacances. Si les vacances ont été institutionnalisées par le gouvernement, sa culture est avant tout née des pratiques. Elle est aujourd'hui décuplée par l'usage de WeChat et Weibo, où la mise en scène ludique accompagne la surenchère du moi numérique. Pas de vacances réussies sans selfie et emoji.

Le calendrier des vacances en Chine reste toutefois particulier. Il n'existe pas à proprement parler sept jours de congés payés consécutifs. Les Chinois compilent les deux jours du week-end avec les jours de congés payés afin de créer 5 à 7 jours ouvrés de détente. Avec ce procédé, le week-end suivant les trois jours fériés est déclaré "travaillé" afin de compenser ce procédé. Ainsi, les travailleurs chinois reprennent le chemin du travail dès le dimanche, en échange de jours posés en semaine.

Les vacances, enjeu grandissant de l'économie chinoise

Officiellement, ces quelques jours ont permis aux Chinois de profiter des parades militaires. En réalité, les portemonnaies des consommateurs étaient la cible privilégiée. Les vacances des concitoyens sont devenues un réel enjeu économique pour l'Empire du Milieu. Elles marquent le début de nouvelles "saisons de dépenses". La plus célèbre d'entre elles s'étale du 11 novembre, jour des célibataires, jusqu'au Nouvel An Lunaire, en passant désormais -élargissement des mœurs oblige- à la semaine de Noël. Ces nouveaux jours de congés en septembre permettent ainsi de créer une seconde "saison de dépenses". Débutant le 4 septembre, elle s'étend jusqu'aux congés de la Fête Nationale, début octobre, en passant par la Fête de la Lune, mi-septembre.

Les vacances sont accompagnées de soldes éphémères dans les rues chinoises et sur internet. La plupart des transactions se font désormais en ligne. Encore une fois, le plus grand flux de liquidité se fait à l'occasion du Nouvel An Lunaire. Selon l'Agence de Presse Chine Nouvelle, 3,27 milliards de traditionnelles enveloppes rouges, étrennes distribuées chaque année à l'occasion du Nouvel An, furent échangées en ligne en 2015. Le Nouvel An généra 126,4 milliards de yuans en 2014. Les semaines de vacances, dite "dorées" en Chine, n'ont jamais aussi bien porté leur nom.

Une économie des vacances

C'est en 1990 que le premier ministre Zhu Rongji eut l'idée de cette "économie des vacances" pour stimuler la consommation intérieure, enjeu d'autant plus important à mesure que la croissance ralentit. En 2015, la Chine connait son plus faible taux de croissance depuis 25 ans. Et la réalité pourrait être plus alarmante. Alors que le gouvernement annonçait 7,3% de croissance au deuxième trimestre 2015, Natixis affirmait en juillet que la croissance réelle avoisinait les 2%.

Face à cela, la volonté du gouvernement est claire : miser sur la consommation domestique. L'augmentation des salaires depuis quelques années, de 5 à 27% en fonction des régions, a permis de renforcer le pouvoir d'achat des Chinois, même si des inégalités demeurent. Difficile toutefois de prévoir le comportement des consommateurs. Dans un contexte de ralentissement économique et de crise mondiale, les Chinois ont épargné davantage qu'investi ou consommé.

Les loisirs et les vacances restent donc les meilleures incitations à la dépense et le gouvernement l'a bien compris. Le Conseil des Affaires de l'Etat en août dernier a émis 36 propositions à destination des gouvernements locaux. L'objectif est de stimuler le tourisme intérieur en créant des weekends prolongés. Parmi ces propositions, le gouvernement propose la réduction des heures de travail l'été et des congés le vendredi après-midi. Le gouvernement table aussi sur le confort des touristes. Le Conseil des Affaires d'Etat demande la rénovation de 57 000 toilettes pour les touristes en devenir. Qui sait, la croissance future de la Chine réside peut-être dans les détails.