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20/06/2015 07h:35 CET | Actualisé 20/06/2016 06h:12 CET

Une petite faim

C'est la nuit, la journée a été longue et on est loin de chez soi, dans une belle petite chambre d'hôtel, trop fatigué pour sortir. Mais le monde moderne offre de nombreuses possibilités. Ainsi, est-il possible de commander une pizza. N'importe quel type de pizza y compris une californienne avec des tranches d'ananas sur la sauce tomate "bio". Il y a même une qui est sucrée aux fraises, "bio" elles aussi.

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C'est la nuit, la journée a été longue et on est loin de chez soi, dans une belle petite chambre d'hôtel, trop fatigué pour sortir. Mais le monde moderne offre de nombreuses possibilités. Ainsi, est-il possible de commander une pizza. N'importe quel type de pizza y compris une californienne avec des tranches d'ananas sur la sauce tomate "bio". Il y a même une qui est sucrée aux fraises, "bio" elles aussi.

Par contre, et il est évident que cela va faire de la peine à de nombreux habitants de Mascara (pourquoi eux? mystère…), impossible de trouver une pizza avec le duo kiwi-banane. Mais passons et regardons la liste des autres plats disponibles à la réception.

Bon, pas de Chorba. Normal. Pour qu'elle s'impose ici et là dans l'Hexagone, il faudra certainement bien plus de temps qu'il ne s'en est écoulé pour que le couscous devienne le numéro un incontesté. Par contre, il est possible de commander en entrée "les délicieuses soupes bio".

Premier choix: "la savoureuse soupe de potiron (7,90 euros -1.185 DA). Là, on éprouve quelques doutes quant à la combinaison entre les termes "savoureuse" et "potiron" sauf à aimer les soupes (et les pizzas) sucrées. Deuxième choix: "la fine crème de tomates fraîches" (8,20 euros - 1.230 DA). Option posée car c'est ce qui se rapproche le plus de la Chorba.

Cela d'autant que le "velouté de crustacés à notre façon" (8,90 euros - 1.335 DA) n'inspire guère. Il y a déjà le "notre façon" qui sonne comme une incitation à la prudence. Prudence d'autant plus nécessaire que le voyageur, comme c'est souvent le cas, a oublié ses antihistaminiques….

Après la soupe, au tour de la "sélection de plats raffinés". Ah, ce raffinement qui cherche toujours à masquer le raffinage.… Premier choix: "les fameux tortellinis frais aux légumes de Méditerranée" (13,90 euros - 2.085 DA). Si vous n'avez jamais entendu parler de ces pâtes, c'est que quelque chose manque à votre culture! On peut néanmoins s'interroger sur le label méditerranéen accolé aux légumes. D'habitude, cela vaut pour les fruits ou le poisson…. Et puis, il n'est pas précisé s'ils sont "bio" ou pas. Méfiance.

Deuxième choix: "les savoureux tortellinis frais et leur chorizo doux" (14,50 euros - 2.175 DA). On pourra relever le soin mis à éviter les répétitions -les uns sont fameux, les autres sont savoureux- mais, hélas, le Halouf (vous prononcez "chorizo" ou "korizo"?) impose de passer son chemin.…

Même chose pour "l'authentique choucroute d'Alsace garnie" (15,30 euros - 2.295 DA). Ceci étant, et ce n'est pas une blague, on trouve désormais des choucroutes labellisées "halal" (les Québécois rétorqueront que chez eux aussi, il existe des cabanes à sucre -d'érable- qui servent des repas halal en lieu et place de l'habituelle charcuterie…).

Reprenons. Quatrième choix: "l'incontestable chou farci au canard confit" (15,90 euros - 2.385 DA). Et là, on se pose une question fondamentale. En quoi consiste le fait de contester un chou farci? Le goût? La cuisson? La farce?

Poursuivons. Cinquième choix: "l'excellente blanquette de veau et ses légumes glacés" (16,50 euros - 2.475 DA). Là, il n'y a pas le moindre doute. Ça sent l'arnaque car la seule blanquette de veau qui fut excellente se cuisinait jadis à Lardy dans l'Essonne. Enfin, c'est ce qu'affirment les guides spécialisés. Mention spéciale aussi à propos des légumes. Pourquoi les glacer? Surtout s'ils sont méditerranéens, autrement dit peu enclins à apprécier les basses températures...

Sixième et dernier choix: "l'incontournable bœuf bourguignon et ses pommes de terre" (17,50 euros - 2.625 DA). Mouais… ça peut être bon, mais avec un prix pareil, on se dit que l'obstacle peut se contourner aisément.

Puisque c'est ainsi, on se dit alors que l'on fera entrée plus dessert. Il est d'ailleurs recommandé de considérer cette option ou sa variante, deux entrées et un dessert. C'est souvent plus appétissant et nourrissant et cela évite le naufrage du plat principal. Les desserts donc. Attribués à une certaine Manon dont on se demande quelques microsecondes qui elle est.

Premier choix: "la petite douceur chocolat café" (5,10 euros - 765 DA)… Dénomination étrange qui fait passer son chemin. Deuxième choix: "l'accord parfait baba et canelé" (5,50 euros - 825 DA). Ah, enfin quelque chose de tentant. Oui, je sais, qui dit baba dit rhum…. En une autre saison, peut-être. On garde ça en tête.

Troisième choix: "l'excellent Dom Tom d'ananas" (5,70 euros - 855 DA). Allez savoir ce que ce dessert peut bien être. Un sabayon aux fruits exotiques? Une mousse de melon et d'ananas? Le lecteur ayant la solution peut écrire au Quotidien d'Oran et recevra en retour un kilogramme de Zlabia de Koléa (bien meilleure que celle de Boufarik, ce secret nécessitant désormais d'être éventé).

Reste enfin le quatrième et dernier choix: "le délice de crêpes Suzette" (5,90 euros - 885 DA). Là, aucune hésitation. Niet, Walou. Les meilleures crêpes de ce genre -l'alcool étant flambé, donc Matssikontiche (ne compte pas) pour les récriminations bigotes- se mangeaient jadis au restaurant El Boustane avec vue unique sur la baie d'Alger.

Impossible, donc, d'insulter ce souvenir gustatif. Terminons enfin cette revue par une précision sur le picrate proposé: un "100% Merlot" (4,90 euros les 18,7 cl - 735 DA) auquel la notice n'attribue hélas aucun qualificatif. Pas de "le véritable nectar" ou autre "l'insubmersible piquette"….

Tout compte fait, le menu a produit l'effet escompté. S'obliger à sortir à pas d'heure, en quête d'un "nourriture rapide à toute heure". Bingo. Un kebab classique avec son "vrai pita croustillant", sa "viande excellemment grillée", ses "véritables oignons méditerranéens", ses "irrésistibles tomates marocaines" et sa "cosmique sauce algérienne" et, bien sûr, ses "frites craquantes et aériennes". Et, en dessert, le "flan divin aux pruneaux", le tout arrosé par un "onctueux Ayran frappé". Qu'est-ce que l'estomac vide pourrait exiger de plus?

P.S.: Bon ramadan à toutes et à tous. Et doucement sur le "véritable sucre enchanteur".

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