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10/04/2016 19h:07 CET | Actualisé 11/04/2017 06h:12 CET

Parler 9 langues en Algérie

J'envoie mon CV à gauche et à droite. Né à New York, éduqué au Mozambique, en Colombie, en Turquie, en France et en Corée du Sud. Parle parfaitement anglais, français, espagnol, coréen, portugais, turc, kabyle, arabe dialectal algérien et arabe standard moderne. L'association mondiale de linguistique distingue ici 9 langues dans lesquelles le locuteur est dit capable de mener des conversations intelligibles avec des locuteurs des langues ciblées.

J'aurais pu faire des études de mathématiques, de physique ou autre, mais on m'a averti contre le sabotage des intellectuels dans les universités au niveau mondial. Ce sabotage existe bel et bien, une façon pour certains professeurs d'assumer leur domination dans un système où ils ne contrôlent plus grand-chose. J'ai donc choisi de faire une licence en langues, et un mastère en "études de paix et gouvernance globale" donc dans des filières moins en proie au sabotage.

Saboté par l'administration et par les professeurs lors de mon doctorat, mis au placard, je me retrouve à Alger. L'accueil chaleureux légendaire je ne l'ai pas trouvé. Parler 9 langues ou résoudre des problèmes de mathématiques complexes ne rend que très peu de gens enthousiastes ici à Alger. Pour vous dire la vérité personne ne s'est montré enthousiaste.

Apprendre une langue ou résoudre un problème de mathématiques ou d'économie n'est pas un travail de fainéant. Ça demande des heures de mémorisation, de pratique, de recherche des définitions et des formules, de réflexion et de détachement de ce qu'on appelle le" "prêt-à-penser". Cela demande une réflexion continue, des nouvelles visions du monde qui se rajoutent aux anciennes, l' acquisition d'un vocabulaire et d'un répertoire de formules vastes.

Dans ma vaste carrière entamée en 2002, j'ai publié plus de 500 chroniques. Boycotté par les revues scientifiques, j'ai dû proposer la solution à certains problèmes dans la presse. Boycotté par la presse, les solutions proposées aux problèmes se font attendre.

J'ai également présenté des portions de ma recherche lors de plus de 50 conférences, pendant lesquelles je tenais le micro parfois de longues heures à expliquer mes démarches. Les questions étaient nombreuses et peu de gens s'en allaient. Mon nom était devenu synonyme de discours intéressants avant de me retrouver au placard par des intellectuels qui eux n'arrivaient pas à retenir leur public lors de leurs allocutions en conférence.

Je m'explique par rapport aux langues. En Corée du Sud, sans avoir de statistiques, il est estimé que moins de 1% des expatriés qui vivent en Corée parfois de longues années arrivent à dominer la langue du roi Sejong. Les cours de coréen laissent souvent à désirer, les différences culturelles sont très vastes et le peuple coréen baigne dans les idéaux martiaux du général Sun Tzu, techniquement en guerre depuis 1950, ne prend pas de plaisir à enseigner sa langue aux étrangers.

Etre Algérien m'a aussi interdit la profession d'enseignant dans ce pays, une profession réservée qu'aux américains, canadiens et autres australiens ou néo-zélandais. Les français ou québécois sont également mis sur le banc de touche par cette profession.

"Ils se prennent pour des intellectuels mais au fait c'est zéro !". Cette phrase qu'entonnent certains Algériens en long, en large, en travers, a bâbord et à tribord demande à ce que cette formule soit définie. Un intellectuel ou érudit est quelqu'un qui semble-t-il a lu beaucoup de livres ou s'est bercé dans la culture, enfin quelqu'un qui arrive à exprimer par les mots ce que nous ne savons exprimer que par l'émotion.

Au placard, on lit beaucoup de livres et passe son temps à résoudre des problèmes. Les universités et autres institutions académiques au niveau mondial, elles, n'ont pas fini de recruter des gens qui ne s'expriment que par l'émotion sans pouvoir qualifier leurs pensées par des mots.

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