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13/02/2016 09h:43 CET | Actualisé 23/02/2017 06h:12 CET

Harcèlement des femmes à Alger

Je n'adhère pas aux théories féministes selon lesquelles les femmes élevant des enfants devraient percevoir un salaire à temps plein. Je ne suis pas non plus pour leur "marchandisation" du travail domestique ou de l'éducation des enfants

Capture d'écran

Je n'adhère pas aux théories féministes selon lesquelles les femmes élevant des enfants devraient percevoir un salaire à temps plein. Je ne suis pas non plus pour leur "marchandisation" du travail domestique ou de l'éducation des enfants. Je suis par contre pour une loi obligeant les époux ayant un emploi à verser une partie de leur salaire à leur femme au foyer pour que celle-ci puisse en disposer librement, car trop souvent elles n'ont que peu voir pas d'autonomie financière.

Une des revendications féministes auxquelles j'adhère est le droit de liberté, voire d'anonymat des femmes se promenant dans la place publique. A Alger, dans le grand Moyen-Orient même, les femmes sont souvent les proies de harcèlement en tous genre, dans la sphère publique comme au travail ou dans leur domicile.

"Harcèlement" veut dire tout acte que le bénéficiaire ne veut pas recevoir. Ça peut être un harcèlement verbal, c'est-à-dire la tenue de propos qui ne sont pas les bienvenus. Tout rejet de ces propos doit techniquement mener à leur arrêt. Le harcèlement peut également être physique, sous forme de violences physiques ou d'attouchements sexuels.

Techniquement, la loi algérienne interdit "les comportements indécents ou obscènes" donc la tenue de propos vulgaires, de comportements vulgaires, de violences ou d'attouchements. Tout patron demandant à sa secrétaire (souvent recrutée pour son physique plaisant) de ramener des verres d'eau de façon répétitive peut être qualifié de harcèlement sexuel.

Or Alger est souvent le théâtre de harcèlement envers les femmes. Certains jeunes chômeurs, souvent drogués, n'hésitent pas à proférer des propos obscènes envers certaines femmes passantes, souvent dans la plus grande indifférence de la police ou des autorités. Les propos peuvent devenir des attouchements voir des violences ou viols si les passants n'interviennent pas.

Dans certains quartiers, une femme accompagnée d'un homme mais sans enfants étant très mal vue, des femmes algéroises n'ont souvent d'autre choix que de se déplacer en ville au volant et d'éviter la rue au maximum.

Certains lieux de travail sont également proie à des comportements qui peuvent être catégorisés comme harcèlement sexuel. Certaines entreprises recrutent des femmes pour leurs physiques sans regard pour leurs compétences. Et les salaires bas (quasiment symboliques) permettent de nombreuses recrues. Dans d'autres entreprises, des patrons n'hésitent pas à les faire défiler, leur description de travail étant souvent de faire passer des documents (parfois sans raison) ou de servir des verres d'eau ou des tasses de café.

Alger compte néanmoins de nombreuses femmes travaillant à des postes compétents dans lesquelles elles exercent une autorité. La police compte de nombreuses femmes dans ses effectifs, de même que les administrations publiques et les entreprises privées. Or certaines entreprises, des cas isolés, n'hésitent pas à recruter des femmes pour assouvir leurs plaisirs charnels et ne manquent pas de se comporter de façon obscène envers leurs recrues.

Autre lieu propice au harcèlement sexuel : certaines réunions familiales ou les mariages. Bien que la mixité soit rarement tolérée dans ces réunions familiales, il n'est pas rare de voir des hommes harceler des femmes venues coquettes pour l'occasion. Les cérémonies de mariage et autres réunions familiales voient de nombreux cas de harcèlement verbal voir physique envers des femmes.

Les statistiques indiquent que 66% des femmes algériennes ont déjà été confrontées face aux problèmes de harcèlement sexuel. Tout ce que l'on sait est que le grand Moyen-Orient compte de nombreux cas de harcèlement sexuel qui ne sont que rarement poursuivis en justice. Une femme poursuivant un homme en justice pour harcèlement sexuel risque parfois non seulement la honte et la perte de la face liée a ce tabou, mais dans certains cas la revanche de la part de proches de l'homme qu'elle traîne en justice, car eux aussi estimant avoir perdu la face.

Les violences et viols entre époux ou entre couples connaissent également en augmentation. Or les autorités algériennes font des campagnes timides de prévention contre la violence conjugale. A l'époque ou la presse algérienne avait de chroniques juridiques (hélas disparues) de nombreux cas d'inceste y étaient également mentionnés.

Autre problème : malgré la prolifération de la pornographie, il n'existe pas en Algérie de cours d'éducation sexuelle réaliste, de même que la plupart de cours en ligne sont proposés en anglais, donc peu accessibles à certains algériens. Le sexe en Algérie a longtemps été à des fins reproductives. Or peu d'éducation est proposée pour le sexe à des fins récréatives, et des hommes n'ont pas toujours assimilés la notion de "consentement" dans le sexe ou les propos sexuellement explicites.

Enfin, un lieu ou le harcèlement sexuel prend des proportions en croissance : l'école et l'université. Viols, chantages, ces cas sont souvent occultés par les victimes elles-mêmes. La baisse du taux de natalité ces 20 dernières années a pour conséquence que les femmes ne peuvent plus comme autre fois menacer que "le grand frère" viendra régler les comptes. Or le sexe demeure un sujet tabou, bien que le harcèlement sexuel soit souvent du a un "manque d'éducation".

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