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07/02/2016 19h:26 CET | Actualisé 07/02/2017 06h:12 CET

Apprendre une langue étrangère à Alger

En Algérie, admettre avoir des difficultés en langues étrangères, c'est perdre la face. Donc souvent, les Algériens peinent à admettre l'utilité d'apprendre une langue étrangère. Les enseignants ont également la difficile tâche de relever les fautes ou de souligner les difficultés. Relever une faute, c'est aussi faire perdre la face.

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En Algérie, admettre avoir des difficultés en langues étrangères, c'est perdre la face. Donc souvent, les Algériens peinent à admettre l'utilité d'apprendre une langue étrangère. Les enseignants ont également la difficile tâche de relever les fautes ou de souligner les difficultés. Relever une faute, c'est aussi faire perdre la face.

Pour apprendre une langue étrangère, il faut un parcours du combattant. Cela demande l'apprentissage d'un système phonologique diffèrent, d'une intonation différente, d'une grammaire un d'un raisonnement syntactique différent, l'acquisition d'un vaste champ sémantique. Mais c'est surtout l'acquisition de la "pragmatique" à savoir l'art de maintenir une conversation avec les locuteurs de la langue étrangère apprise.

Les chercheurs s'accordent à dire que pour maitriser une langue étrangère parfaitement il faut environ sept ans de pratique quotidienne régulière. Cela demande de l'écoute (télévision, radio, youtube) ou encore de la lecture (journaux, livres, internet) mais également de la conversation directe avec des personnes maitrisant la langue étrangère comme première langue, comprenant tous les malentendus linguistiques et culturels.

Des techniques audio-linguistiques (écouter et répéter un locuteur étranger) permettent l'acquisition de l'accent de la langue étrangère tandis que les exercices écrits, la lecture, consommation de medias et conversation avec des locuteurs permettent l'acquisition de grammaire, de vocabulaire et de la pragmatique. Un total de dix mille heures de pratique d'une langue étrangère est en général nécessaire à sa maîtrise dominante.

L'effort prolongé que demande l'apprentissage d'une langue étrangère est peut-être derrière le faible intérêt que montrent les algériens pour l'apprentissage de langues étrangères. De même que la politique linguistique algérienne de fait bilingue, trilingue voir quadrilingue (arabe standard moderne, arabe local, langue d'héritage - souvent les langues berbères pour les populations berbérophones - et français, langue d'héritage de colonie de peuplement) entraînent un mythe que les Algériens ont l'apprentissage des langues dans le sang. Or apprendre une langue après l'âge de 12 ans demande des efforts considérables.

Il est difficile de mesurer le besoin d'apprentissage de langues étrangères en Algérie. Seule chose certaine : à voir l'usage de la langue anglaise sur les réseaux sociaux par les Algériens, on se dit qu'il y a des efforts à faire. L'anglais utilise par les Algériens sur les réseaux sociaux est souvent une hybridation du français et de l'anglais, les calques sur le français étant trop nombreux. Par moments, l'usage de l'anglais s'apparente à un pidgin, communément appelle "anglais cassé".

Or trop souvent en Algérie, on n'ose pas admettre la faiblesse en langues étrangères ou le besoin d'apprendre une langue étrangère. Pour l'apprentissage efficace d'une langue étrangère, il faut commencer par admettre ses faiblesses et les travailler, or souvent les centres d'apprentissage de langues voient leurs étudiants surestimer leurs capacités en langues.

Petit tour des centres d'enseignement de langues étrangères en Algérie. Tenus par des algériens ou par des étrangers, on note immédiatement les problèmes de logistique. Manque de parkings, manque de transport le soir, les cours du soir sont souvent impossibles. Les locaux sont souvent mal aménagés, souvent d'anciens appartements ou d'anciennes villas aménagées en centres de formation. Fuites d'eau, humidité, tableaux délabrés, manque de lumière, de chauffage ou de climatisation, technologies absentes, tables et chaises cassées ou non fonctionnelles, les centres d'apprentissage de langues laissent à désirer.

Les enseignants sont régalements souvent mal formés, mal payés et travaillent avec des contrats contingents. Payés à l'heure, souvent avec des retards sur les salaires. Pas de bénéfices ou d'assurances, les enseignants sont souvent remplacés en cours de cycle. Leur compétence en langues laisse souvent à désirer. Les méthodes d'enseignement se contentent de suivre les exercices énoncés dans les livres d'apprentissage. La discussion ou les méthodes communicatives sont absentes.

Le français et l'anglais sont des langues omniprésentes dans les centres de formation en langues. Mais on retrouve également des cours d'espagnol, d'allemand, de russe, de turc voire encore de putonghwa, le chinois mandarin. Les motivations d'apprentissage de ces langues sont peu connues, mais un tour dans les salles de classe font souvent penser que ce sont des candidats à l'immigration qui s'adonnent à l'apprentissage des langues. Souvent très jeunes, de famille plutôt aisées, peu d'entre eux cachent leur désir de boucler les formations pour pouvoir s'installer dans des eldorados avec un visa étudiant, les compétences linguistiques étant prérequis.

La constante chez les centres de formation linguistique c'est cette improvisation constante. Certaines classes sont ouvertes pour 2 ou trois étudiants, les taux d'abandon sont très élevés de même que l'absentéisme. Peu de centres délivrent des diplômes et l'ambiance en cours est rarement studieuse. Les entreprises étrangères quant à elles, n'ont pas fini de se plaindre du manque de compétences linguistiques de leurs employés algériens.

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