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10/03/2016 10h:34 CET | Actualisé 11/03/2017 06h:12 CET

La genèse du printemps berbère

Il y a 36 ans, jour pour jour, le printemps berbère éclot, provoqué de façon sous-jacente par le régime. En effet, tout commence le 10 mars lorsque les autorités locales, en l'occurrence le wali de Tizi Ouzou, Hamid Sidi Saïd, décident d'empêcher la tenue d'une conférence sur les poèmes (Isfera) kabyles anciens, que devait animer l'illustre écrivain Mouloud Mammeri.

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Il y a 36 ans, jour pour jour, le printemps berbère éclot, provoqué de façon sous-jacente par le régime. En effet, tout commence le 10 mars lorsque les autorités locales, en l'occurrence le wali de Tizi Ouzou, Hamid Sidi Saïd, décident d'empêcher la tenue d'une conférence sur les poèmes (Isfera) kabyles anciens, que devait animer l'illustre écrivain Mouloud Mammeri.

En tout cas, dès que la nouvelle est arrivée à l'université, la réponse des étudiants ne se fait pas attendre. Le soir même, une assemblée générale des étudiants se tient à la cité universitaire d'Oued Aissi. En réponse à la décision inique du wali d'interdire la conférence, le principe d'une manifestation, pour le lendemain, est adopté sans peine.

Avant de quitter l'enceinte universitaire, un rassemblement est improvisé à Hasnaoua, le 11 mars 1980, à 11H. Au cours de ce rassemblement, les étudiants décident, sans tergiversation, de porter le combat dans la rue. 'Devant le portail du campus, 1.500 personnes de la communauté universitaire, sur les 1.700 que compte l'université, sont rassemblées, attendant le départ', écrit Aziz Tari, dans un ouvrage collectif, sur les événements d'avril 1980, dirigé par Arezki Aït Larbi.

Hélas, dans un système déniant tout droit au citoyen, les manifestations sont systématiquement réprimées. Bien que le barrage des CRS ne puisse pas contenir la foule, cette demi-victoire sera chèrement payée un mois plus tard. Pour le moment, la population salue l'exploit des jeunes étudiants bravant l'arsenal répressif. Une situation logique, selon Aziz Tari, dans la mesure où cette situation"est la résultante de l'expérience militante et le cumul des différentes actions et autres formes de résistances, notamment depuis 1963".

Désormais, la noria étant lancée, la communauté universitaire et les organisations politiques clandestines comptent laver l'affront. Bien que les initiateurs du mouvement estudiantin n'aient aucune sympathie pour le FFS -ils viennent de l'extrême gauche, à l'instar d'Aziz Tari, Gérard Lamari, et Djamel Zenati -, la cohabitation se passe sans encombre.

De son côté, le régime ne se laisse pas impressionner. D'emblée, il mobilise ses plumes en vue de dénaturer le mouvement. Il confie cette tâche à deux plumitifs : Kamel Belkacem et Mohamed Benchicou. Si celui-ci voit la main de l'étranger, dans un article intitulé "qu'y a-t-il derrière le refus des Français et des Américains d'accepter un prix rémunérateur du gaz que leur vend notre pays", celui-là s'en prend violemment à la personnalité de Mouloud Mammeri.

Pour les jeunes animateurs, ces insultes, de par le caractère obscène, les galvanisent. "Les réactions fusent de partout, à Alger, en France dans l'immigration, et bien sûr en Kabylie. C'est le début d'un cycle contestation-répression-arrestation", écrit Aziz Tari.

Ce pourrissement -et c'est le moins que l'on puisse dire -dure jusqu'au jour fatidique -dans la nuit du 19 au 20 avril -où les forces de l'ordre envahissent les campus et les cités universitaires en vue de casser le mouvement.

Pour conclure, il va de soi que, dans un régime qui respecte les libertés, un tel événement ne risque pas de se produire car,ce sont les dirigeants qui encouragent, financent et accompagnent les activités culturelles. Or, en 1980, l'Algérie est une République bananière où l'on régit la société par la violence. Mais, ce qu'ignorent les dirigeants, c'est que la génération d'après-guerre ne compte pas courber l'échine face au chantage à la violence.

Bien que l'histoire retienne les noms des animateurs les plus habiles sur le plan de la communication, il n'en reste pas moins que le mouvement est fait et porté par des étudiants guidés par leur fougue et ayant un sens de responsabilité précoce par rapport à leur âge.

Enfin, c'est cette génération, dont beaucoup d'entre eux resteront dans l'anonymat, qui donne le coup de pied dans la fourmilière du régime. Ce mouvement sera suivi par d'autres villes : Bejaia 1981, Oran-Saida 1982, Alger-Laghoaut 1984, Casbah (Alger) 1985, Sétif-Constantine 1986.

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