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28/10/2015 14h:18 CET | Actualisé 28/10/2016 06h:12 CET

En s'attaquant à Hocine Ait Ahmed, Abdelhafidh Yaha se discrédite lui-même

Capture d'écran

Même les pires ennemis de Hocine Ait Ahmed lui reconnaissent des valeurs positives. Le témoignage d'Abdelhafidh Yaha, intitulé "le FFS contre dictature", est exclusivement un livre à charge. Ni les moments de combat qu'ils ont partagés ensemble ni le respect des valeurs ancestrales n'ont atténué son ardeur revancharde.

Bien que son passé de maquisard doive susciter respect et considération, force est d'admettre que son récit est aux antipodes des valeurs révolutionnaires. Alors que la création du FFS est intiment liée au nom de Hocine Ait Ahmed, il faut attendre la 23eme page pour que l'auteur du livre le cite pour la première fois en lui reprochant sa position lors de la crise de l'été 1962.

En fait, lors de ladite crise, deux groupes -celui de Tlemcen, conduit par le duo Ben Bella-Boumediene, est plus violent et celui de Tizi Ouzou, conduit par Krim-Boudiaf, voulant empêcher le premier de prendre le pouvoir -sont sur le point de s'affronter militairement. Renvoyant dos à dos les deux groupes, Hocine Ait Ahmed démissionne de tous les organismes dirigeants de la révolution, le 27 juillet 1962.

C'est également l'attitude de Saad Dahlab, le principal négociateur des accords d'Evian. Condamner une telle position, de surcroît éminemment politique, relève de la mauvaise foi. Et c'est ce que fait d'emblée Abdelhafidh Yaha en citant le plus politisé des chefs historiques, Hocine Ait Ahmled.

Cependant, bien que cette première dénonciation me conforte dans l'orientation du livre, j'ai décidé de poursuivre la lecture. Ainsi, en parlant de la création du FFS, Abdelhafidh Yaha omet un détail capital : la mise en place de l'UDRS (union pour la défense de la révolution socialiste), fondée par Karim Belkacem, Mohand Oulhadj, Ali Yahia Abdenour. Son but est de déclencher une action militaire contre Alger tout en s'interdisant de mener une quelconque activité militaire en Kabylie. La date est fixée pour le 3 juillet 1963.

Étrangement, cela nous rappelle le climat de la crise de l'été 1962, opposant le groupe de Tlemcen à celui de Tizi Ouzou. Constant dans ses positions, Hocine Ait Ahmed refuse de prendre part à ce mouvement comme il l'a fait en juillet 1962.

Quoi qu'il en soit, le fait que l'auteur cache cet événement laisse le lecteur perplexe. Ainsi, ou bien l'auteur du livre n'est pas au courant de la préparation de la création du FFS ou il est malhonnête. Dans les deux cas, son récit ne peut plus être considéré crédible.

Contrairement à ce qu'affirme Abdelhafidh Yaha, où il se donne le meilleur rôle, on n'impose pas à Hocine Ait Ahmed la marche à suivre. À l'inverse de la démarche de l'UDRS, celle du FFS est politique. Ce qui correspond à l'image de celui qui a représenté le FLN historique lors de la conférence des non-alignés en avril 1955.

Quant à la suite du récit, notamment l'épisode de l'arrestation de Hocine Ait Ahmed et de son fidèle ami, Ali Mécili, on ne peut qu'éprouver dégout et amertume de la façon dont elle est présentée.

En effet, affirmer que le chef historique, qui a décidé de continuer le combat malgré les trahisons de l'encadrement du FFS en novembre 1963, a organisé son arrestation, le 17 octobre 1964, est le summum de la bêtise. Pire encore, il affirme en termes à peine voilés que c'est Ali Mécili -celui qui a payé de son sang son engagement pour la démocratie en Algérie -qui a été l'origine du complot. Et c'est là que je me suis dit qu'il est temps de refermer ce torchon.

En guise de conclusion, il va de soi que le parcours de Hocine Ait Ahmed ne peut être entamé par des récits mensongers. Pour autant, est-ce que l'homme est parfait ? Si on lui pose la question, il répondra par la négative. Dans une carrière politique de plus de 70 ans, il a sans doute fait des erreurs. Mais la présentation d'Abdelhafidh Yaha dépasse l'entendement. En tout cas, même s'il ne parvient pas à souiller l'image de Hocine Ait Ahmed, il pourra se contenter de se faire une fortune en vendant une histoire préfabriquée. D'ailleurs, de notre temps, n'est-ce pas l'argent qui guide les hommes ?

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