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12/05/2015 06h:45 CET | Actualisé 12/05/2016 06h:12 CET

À défaut de culpabiliser les jeunes, le régime doit faire son mea-culpa

Dans un message adressé au peuple algérien, le 8 mai 2015, le chef de l'État s'adonne à son exercice favori: le mélange des genres. En effet, si les Algériens partagent un passé commun, il est indécent, voire répréhensible, de l'exploiter en vue de surmonter les crises politiques, consécutives justement à la gestion catastrophique des affaires publiques. D'ailleurs, à la lecture du message présidentiel, il est difficile d'adhérer à l'ensemble du contenu. Car, pour une grande partie de la population, la Hogra et le mépris du colonisateur n'ont pas totalement disparu.

De toute évidence, bien que les deux périodes, coloniale et post-coloniale, ne soient pas comparables -la première allant jusqu'à renier l'essence citoyenne-, il n'en reste pas moins que la seconde est en deçà des attentes. "Le parcours militant de notre peuple, ses immenses sacrifices ont balisé la voie que nous avons adoptée au lendemain de l'indépendance, et dont nous ne dévions point", écrit-il. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cet extrait du message présidentiel ne reflète pas la réalité. Car, pour beaucoup d'Algériens, ce discours d'autosatisfaction est en soi une forme de passage en force visant à clore le débat sur les orientations à donner au pays.

Par conséquent, avant que le jeune algérien réponde à l'appel du chef de l'État, il faudrait que le régime abandonne son arrogance. Et qui plus est, quand ces jeunes s'aperçoivent que pour acheter des appartements luxueux, à Paris, il faudrait faire partie du cercle restreint des décideurs, cela prouve que la baraque Algérie n'est pas bien gérée. Et combien même cette perspective pourrait les emballer, est-ce qu'ils peuvent accéder à ces postes réservés à une infime minorité? C'est à ce niveau, en effet, que le bât blesse.

Quoi qu'il en soit, bien que la situation paraisse désespérante, l'espoir n'est pas pour autant mort. Pour y arriver à créer cette dynamique, le régime doit cesser de revendiquer le monopole sur la gestion des affaires du pays. Un dialogue inclusif est à ce titre nécessaire. Mais, quand on voit la façon dont le régime a repoussé l'initiative du FFS, on se dit que le pays rate une énième occasion de se réformer. En plus, cette offre de dialogue, émanant d'un parti républicain et nationaliste, ne bouscule pas la hiérarchie. Hélas, le mépris du régime pour le peuple algérien est tel qu'il ne peut pas entendre les voix remettant en question sa gestion hasardeuse.

Pour conclure, il va de soi que si les Algériens ont pu libérer le pays en s'unissant contre la domination coloniale, à l'indépendance, force est de constater qu'ils ont du mal à bâtir les institutions sur la base saine. Et s' ils n'ont pas pu le faire, c'est surtout à cause du système mis en place par les vainqueurs de la crise de l'été 1962, opposant le gouvernement provisoire à l'état-major de l'armée. Hélas, 53 ans après l'indépendance, le système a peu évolué. Et si le chef de l'État veut que les Algériens aient leur mot à dire, il faudra d'abord rompre avec la méthode employée jusque-là.

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