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05/02/2016 07h:14 CET | Actualisé 05/02/2017 06h:12 CET

Quand le ministère des Affaires étrangères perd le bon sens

DIPLOMATIE - Le ministère des Affaires étrangères et de la coopération avait institué un numéro vert pour lutter contre l'abus d'autorité que ses agents consulaires seraient tentés d'exercer à l'encontre de nos ressortissants résidant à l'étranger. Même si la mesure est, semble-t-il, déjà passée aux oubliettes, il n'en demeure pas moins que l'intention y était.

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DIPLOMATIE - Le ministère des Affaires étrangères et de la coopération avait institué un numéro vert pour lutter contre l'abus d'autorité que ses agents consulaires seraient tentés d'exercer à l'encontre de nos ressortissants résidant à l'étranger. Même si la mesure est, semble-t-il, déjà passée aux oubliettes, il n'en demeure pas moins que l'intention y était.

Protéger le citoyen contre l'injustice et lui permettre d'exercer ses droits pleinement même lorsqu'il est fautif, c'est rompre avec un passé peu glorieux en termes d'État de droit. Cette intention de mettre le citoyen à l'abri de l'injustice que peut provoquer un enivrement éventuel de l'autorité chez des responsables peu enclins à faire dans la juste mesure dans la gestion des affaires publiques, le ministère des affaires étrangères la respecte-t-il également pour ses propres agents?

Car ceux-ci sont également des citoyens. A en juger par sa dernière foucade, on est forcé de conclure par la négative. Le bon sens nous dit qu'une mutation administrative ne se fait pas au pied levé, car elle implique des enjeux importants: libération et location du lieu d'habitation, organisation de la transition scolaire des enfants et une multitude d'autres engagements qui nécessitent durée et réflexion pour leur conclusion ou leur résolution.

Il est évident que lorsque la mutation se fait vers un pays étranger les choses se corsent plus et, par conséquent, nécessitent plus de réflexion et de temps. C'est en phase avec toutes ces exigences objectives que le ministère des Affaires étrangères, en principe et selon une coutume établie, prévient ses agents mutés à l'étranger de sa décision suffisamment à l'avance, tant au départ vers le pays d'affectation qu'au moment de leur rappel à l'administration centrale au Maroc. Le droit c'est avant tout le bon sens.

Le ministère des Affaires étrangères vient de rappeler à son administration centrale, par mesure disciplinaire, un des vice-consuls qui exercent en France. Loin de nous l'idée de vouloir contester le fond de cette décision, c'est son mode d'exécution qui retient notre attention, car, non seulement, elle bafoue le droit et le bon sens mais offense aussi la dignité d'un fonctionnaire ayant donné plus de 36 ans de sa vie à cette institution.

L'agent consulaire sanctionné a été rappelé dare-dare presque sans délai; celui-ci se limitait à peine à dix jours. On pense bien que cet agent a une famille, des enfants scolarisés, des engagements pris pour le long terme et qui nécessitent pour leur résolution des délais de préavis dépassant le mois: bail d'habitation, des dettes ou des créances, etc. Bref, disons qu'il menait la vie d'un sédentaire dans l'attente du terme de son mandat.

Qu'il soit sanctionné à juste titre ne lui enlève aucunement le droit d'être traité avec ce que le bon sens recommande en pareil cas et que même les textes du ministère précisent. Puisque la punition consiste en son rappel au Maroc avant le terme de sa mission en France, son mode d'exécution reste soumis au droit et aux usages réguliers. L'en priver c'est lui appliquer ainsi qu'aux siens une peine multiple.

Ainsi, il est sanctionné à plusieurs titres: au titre des engagements que son épouse et lui ont pris (logement, contrats de fournitures de différents services), pour la scolarité de ses enfants qui en subissent plus encore les conséquences de son interruption intempestive en pleine année scolaire, et la liste des affres et des torts subis est longue... Nul ne peut mesurer exactement tous les préjudices qui résultent de l'exécution d'une mutation administrative en dix jours.

Quelle faute mérite tout ce cortège de sanctions en sus de l'aspect psychologique de la question? Etre rappelé par mesure disciplinaire ne grandit pas la personne ni vis-à-vis de soi-même et encore moins vis-à-vis des autres. L'agent trainera comme un boulet cette punition en guise d'ignominie longtemps, si ce n'est durant toute sa carrière. Subir une telle sanction après 36 ans de loyaux services est une souillure indélébile dans l'âme. Faut-il encore le priver de ses droits les plus élémentaires? Faut-il l'anéantir pour la satisfaction à une décision mégalomaniaque qui relève des pratiques des temps sombres que nous pensons à raison révolus?

On pourrait comprendre (pas excuser) un comportement semblable venu d'un petit potentat écervelé hors du temps présent et qui peine à accepter les changements inéluctables et irréversibles en cours dans la société marocaine. Mais on est interloqué, ulcéré, abasourdi quand il est l'œuvre d'un responsable ayant déjà été et peut-être même longtemps en contact avec l'application et l'exercice de l'état de droit dans les pays qui en sont cités en exemple.

L'état de droit ne s'applique pas par sa seule proclamation à tout bout de champs. C'est un exercice à tous les niveaux du plus bas au plus élevé. C'est une conduite qui se mesure par et dans l'inconscient; autant dire qu'il est un réflexe ou ne l'est pas.

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