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01/06/2015 14h:19 CET | Actualisé 01/06/2016 06h:12 CET

Entre foi chancelante et foi hypocrite...

Amöbe/Flickr

SOCIÉTÉ - Entre foi chancelante et foi hypocrite, il ne reste qu'une place rabougrie à la foi intègre. On dénonce à cor et à cri tout ce qui ne correspond pas au moule idéologique de l'enfermement: un ensemble disparate d'idées frelatées et de comportements hideux accoutrés de principes de circonstances. Douteurs de votre foi, vous condamnez tout ce qui ne s'affuble pas de vos hardes que vous appelez "valeurs", "vertu" et "droit chemin" - le vôtre, celui que vous avez construit à contre courant pour souligner votre particularisme que vous décrétez pour tous, au nom de votre hypocrisie.

Vos voix très hautes couvrent toutes les autres et vos pratiques se conjuguent au contraire de ce que vous dites. Vous consommez goulûment ce que vous dénoncez avec la sève du faux convaincu, vaincu mais se voulant vainqueur. Le plus humble parmi vous a peur de perdre le vernis du paraître, il est le roi nu que n'habillent que ses comparses. Le culte est perverti en courtisanerie partagée, à qui fait le mieux dans la flatterie d'un Dieu, cru un et unique, même s'il est fabriqué dans le moule du souk.

Vous tremblez ensemble comme dans une transe collective pour la pudeur, pour les valeurs et en même temps, vous vous en moquez, entre vous et Dieu. Votre progéniture est le but ultime de vos efforts de pudibonderie, et vous l'enfoncez dans la fange sous prétexte de maximiser ses chances. Vous lui apprenez à dénoncer le mal en public, pour ensuite bien le déguster dans l'intimité de la nuit ou des quatre murs. Vous murez la société par les discours que vous construisez sur des fondations puisées dans le texte sacré pour lequel, en public, vous prétendez avec ferveur vous offrir en martyr. Mais en privé, vous le rangez dans votre bibliothèque entre films westerns et livres de cuisine. Vous le respectez trop pour le lire, mais vous le commentez allègrement pour donner toute votre mesure.

Vous vous effondrez en pleurs sur l'ancien, vous flétrissez, vous condamnez le présent et vous vous y agrippez avec la force du désespéré. Vous y goûtez les délices à l'intérieur pour mieux les houspiller à l'extérieur. C'est ainsi que vous professez les bonnes manières qui guideront les générations qui bâtiront le futur. La compromission qui vous ronge le tréfonds, vous la projetez sur l'autre pour mieux la saisir, pour mieux la flétrir et pour mieux l'enfouir. Elle est ce sein que vous ne sauriez voir. Elle est ce mal que vous vous enorgueillissez de combattre, que vous espérez immortel pour servir d'alibi continuel, de prétexte éternel à vos campagnes contre le mal et pour le bien, celui que vous définissez à partir de livres que vous n'avez lus, de choses sacrées que vous n'avez su respecter et que vous imposer sans nuances.

Que les Ayouch soient pendus, les Mawazine interdits, les différents bannis, le vivre-ensemble déclaré offrande aux divinités divinisées par vos oracles. Le temps de la concordance est révolu, le mimétisme est sacralisé et toute différence est abolie. Il fut un temps où l'ivrogne se soumettait à l'imam qui lui donnait l'amane et priait Dieu pour le retour de la brebis égarée et la repentance du fils prodigue. L'homme était homme, capable du meilleur et du pire, respecté pour ce qu'il est, et point pour ce qu'il fait. Il était seul responsable devant son créateur, et ses semblables croyaient plus en la miséricorde qu'en le châtiment.

Mais dites, mes chers semblables qui se veulent modèles de la pureté préfabriquée, que voulez-vous au juste dans ce monde où l'homme a conquis sa liberté au prix de sa responsabilité? Voulez-vous le contraindre de rester sous tutelle? Voulez-vous annihiler sa puissance de défi à soi-même?

Votre discours paternaliste n'est que brassage de l'air. Vos rêves ne sont que chimères. Réveillez-vous! Secouez-vous! La gloire ne se conjugue pas à la nostalgie. L'éclat civilisationnel, la splendeur de la culture, la maîtrise du monde ne sont pas dans la succession ou les gènes. Le succès s'acquiert à la force de l'esprit et non au mimétisme écervelé. Assez de palabres et plus de sérieux. Dessillez-vous les yeux pour mieux voir la vérité et apprécier la responsabilité, la vôtre, celle que vous attribuez toujours aux autres, même quand ceux-ci ne sont pas des vôtres.

Si vous me jugez pour atteinte à votre respect, j'implore votre pardon. Mais je suis certain de ne pas le recevoir parce qu'il y a longtemps que vous avez perdu toute notion du pardon.

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