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08/03/2018 05h:29 CET | Actualisé 13/03/2018 09h:22 CET

Amal Oumazane, militante associative: "Se sentir utile est une réussite en soi"

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"La valeur d'un homme tient dans sa capacité à donner et non dans sa capacité à recevoir", disait Albert Einstein. À l'occasion de la célébration annuelle de la femme, le think tank Top Leaders Club (TLC) a voulu mettre la femme marocaine à l'honneur. Trois jeunes leaders trentenaires, de la sphère économique, politique et sociétale, ont dévoilé les ressorts de leur leadership. Maha Hmeid, chef d'entreprise, Imane Benrabia, parlementaire, et Amal Oumazane, présidente au sein d'une organisation associative. Rencontre avec Amal Oumazane.

TLC: Bonjour Amal Oumazane, qui êtes-vous? Quel est votre parcours?

Amal Oumazane: Je suis avant tout une femme d'engagement et de défis, dans ma vie privée comme dans ma vie professionnelle. Je suis mariée, maman d'un petit garçon, lauréate d'un MBA de l'Université de South Wales et doctorante en développement durable des entreprises, à l'Université de Casablanca. J'évolue dans l'accompagnent et le développement des entreprises, je suis également présidente du Rotary Club of Casablanca International.

Quels leaders vous ont inspirée?

Les hommes et les femmes charismatiques qui ont réussi à se construire par eux-mêmes sont une véritable source d'inspiration, d'où qu'ils soient d'ailleurs. Mais à y réfléchir, ceux qui m'inspirent le plus ce sont mes parents. Mon père, qu'Allah ait son âme, fils de militaire et aîné d'une famille de 9 enfants. Il a dû sacrifier sa jeunesse pour jouer le rôle d'un père, très souvent en mission. C'est son dévouement envers les autres, cette abnégation qui ont fait de moi la militante associative que je suis. Ma mère, quant à elle, m'a appris à ne jamais baisser les bras. Veuve à 29 ans, elle s'est trouvée confrontée du jour au lendemain aux difficultés que pouvait rencontrer une femme dans la société marocaine d'il y a 20 ans. J'ai été, je suis et je serai toujours admirative de son courage et de sa persévérance.

Comment qualifierez-vous votre style de leadership?

Je crois beaucoup dans le travail d'équipe et dans le caractère essentiel de chacun de ses membres. Je suis un leader qui privilégie également la bonne humeur. Cela se retrouve dans le monde associatif dans lequel je baigne, avec l'ambition de générer une véritable famille de leaders. Ainsi, j'essaie d'investir au maximum sur les personnes qui m'entourent, je passe du temps avec elles et les aide à développer leurs propres forces.

Quelles valeurs défendez-vous?

Vous l'aurez compris. Selon moi, nul ne doit être abandonné à son sort, nous avons tous le devoir d'accompagner tous ceux qui n'ont pas eu la même chance que nous. Je me bats tous les jours avec les moyens dont je dispose pour aider les uns et les autres à accéder à l'éducation, aux services de santé; et en somme, à une vie digne.

Comment obtenez-vous l'adhésion des autres, pour réaliser vos actions?

Mes valeurs, mon caractère et mon goût pour la transparence, me permettent de fédérer assez facilement les personnes qui m'entourent. Que ce soit dans un cadre professionnel ou dans l'univers associatif. Personne ne peut rester insensible au malheur des autres, il suffit donc de témoigner de sa conviction dans ses choix et d'un esprit d'ouverture pour que les gens s'associent à la cause que vous défendez. Lorsqu'on est sincère et qu'on parle avec notre cœur, nos paroles atterrissent toujours dans le cœur des autres.

Comment soutenez-vous ceux qui agissent à vos côtés?

Il faut savoir faire preuve d'une grande qualité d'écoute et de bienveillance. C'est essentiel pour que chacun se sente considéré et soutenu. Cela permet aussi de générer chez l'autre le sentiment qu'il est capable d'aller de l'avant. Au cours de mon expérience professionnel en Inde, mon patron me parlait toujours du "triple A": Attention, Accompagnement et Altruisme. Je m'y applique.

Comment mesurez-vous vos réussites?

C'est une démarche assez difficile. Mais ce qui est sûr c'est que l'unité de mesure dépend de la réaction de l'autre. Le fait de réussir à convaincre, à aider, à faire gagner ou à accompagner, sont autant de signes de réussites. Se sentir utile est une réussite en soi. Tout l'enjeu étant, quelle que soit la mission que l'on mène, de parvenir à générer un effet de contagion pour passer le relais aux jeunes générations et pérenniser les projets que l'on peut mener.

Comment appréhendez-vous vos échecs?

"Il n'existe pas d'échec dans la vie, quand on a le courage d'essayer", disait Robert Zimmerman. Et puis sans échec on ne peut avancer. Le plus grave ce n'est pas d'échouer, c'est surtout de ne pas en tirer les enseignements.

Parlez-nous d'une réalisation qui vous a marquée...

Celle qui m'a vraiment marquée, c'est l'histoire d'un jeune homme que j'avais rencontré à l'occasion d'une caravane médicale dans la région d'Azilal. La trentaine, il souffrait d'un problème oculaire qui l'a rendu aveugle. Il se présente à nous et me raconte son histoire. Je suis émue aux larmes et je décide de l'accompagner le lendemain pour qu'il se fasse opérer à Safi. Je voyais en effet en lui le spectre de ma mère qui tendait sa main pour avoir de l'aide, pour s'affranchir d'une situation difficile. Une semaine plus tard, il me contacte pour m'annoncer qu'il avait repris une vie normale. Et ce qui est encore plus fabuleux dans cette histoire c'est qu'il a décidé à son tour de venir en aide à la population de sa région.

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