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03/04/2015 06h:17 CET | Actualisé 03/06/2015 06h:12 CET

L'optimisme algérien réside dans l'esprit d'Aïcha

L'Algérie est un endroit incroyable. Étant le plus grand pays d'Afrique, sa beauté extraordinaire s'étend de la Méditerranée bleue cristal jusqu'aux vastes montagnes de l'Atlas et à travers Al-Sahra Al-Kubra ou le Grand Sahara -connu pour nous juste "le Sahara"-. Un désert vaste de la taille de la Chine et des États-Unis, considéré comme le foyer de l'humain depuis l'âge des glaces.

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L'Algérie est un endroit incroyable. Elle est le plus grand pays d'Afrique, sa beauté extraordinaire s'étend de la Méditerranée bleue cristal jusqu'aux grandes montagnes de l'Atlas et à travers "Al-Sahra Al-Kubra" ou le Grand Sahara. Un désert vaste, aussi grand que la Chine et des États-Unis, considéré comme le berceau de l'humain depuis le dernier âge des glaces.

Ce vaste pays est aussi une terre qui fait face à une multitude de problèmes sociaux et politiques. Les "Printemps arabes" en Libye et en Tunisie, deux pays limitrophes, ont annoncé un "Hiver arabe" troublant. Une saison pestiférée par la menace terroriste, capitulée par un conflit dans le sud du pays sur les frontières avec le Mali.

Malheureusement, l'Algérie connaît parfaitement les tragiques réalités du terrorisme. En 1992, l'intervention du gouvernement algérien dans les élections législatives pour empêcher un parti islamiste de les remporter, était suivie d'une sanglante guerre civile qui a coûté la vie à plus de 100.000 personnes. Elle a aussi emporté l'enfance de toute une génération.

Le souvenir d'une guerre civile toujours frais dans la mémoire de la nation, doublé d'une instabilité sans précédent dans la région MENA, il est évident que l'Algérie reste le numéro un africain dans les dépenses militaires. Une armée forte et importante pour se protéger et éviter le sort de la Libye, l'Égypte et la Syrie.

Compte tenu de cette toile de fond, ma plus récente visite en Algérie m'a laissée un peu confus. L'Algérie est un endroit vibrant et remarquable, diverse, avec un incroyable sens de la communauté. Son peuple est intelligent, confiant et articulé. Il m'intriguait comment cela est possible alors que l'Algérie a enduré plus d'un siècle de colonialisme français brutal et une hégémonie culturelle suivis d'une décennie mortelle de terrorisme. Un pays où le taux de chômage, les salaires moyens et la dévaluation des diplômes de l'enseignement supérieur laissent sa jeunesse avec peu d'optimisme.

Je crois qu'il y a une réponse à cela. Elle s'appelle "Aïcha". C'est plutôt étrange, je sais, mais permettez moi d'expliquer.

Aïcha est une femme arabe, elle frôle les 80 ans, originaire du fond du Sahara. Comme beaucoup de personnes de sa génération, elle était la première de ses ancêtres à s'établir dans un domicile fixe et laisser derrière elle la vie bédouine traditionnelle quand elle vivait ici et là dans des tentes. La lune et les étoiles étaient son toit et le sable doré sa cour. Elle mesurait cinq pieds (150cm), forte, ses bras et son front marqués de tatouages traditionnels et son visage imprégné d'un sourire imprenable.

Aïcha est une personne fascinante. Elle est illettrée mais a cette habilité de réciter, in extenso, des volumes de poésie arabe classique à volonté. Elle peut improviser, instantanément, des poèmes autour de n'importe quel élément ou personne. Cette dame illettrée possède donc une mémoire qui rendrait jaloux des spécialistes d'Oxford de la poésie arabe, doublée d'un engagement de libre pensée avec un vocabulaire qui n'aurait pas été étranger dans les couloirs de l'université de Princeton.

Le meilleur moment pour trouver Aïcha est à l'aube, juste après la prière du Fajr. Assise dans sa cuisine, jambes croisées, les mains dans la pâte pour faire le Khobz (pain) pour ses enfants et petit-enfants. Sa fierté et sa joie.

Je lui ai demandé de me parler de ses expériences, en espérant qu'elle voudrait bien me donner de petits aperçus de l'émotion et de l'impact humain liés à la vie à travers l'occupation de son pays par une armée étrangère. Être alignée dans la rue avec ses voisins comme de vulgaires criminels par l'armée française. Ou une idée sur la peur écrasante nourrie par les conséquences de la guerre civile - quand frapper à la porte laissait les familles se demander si les "méchants" sont venus pour eux. Comme tant d'autres, le sort d'Aïcha était contraignant par le fait que durant l'occupation française, elle était obligée de vivre sans son mari pendant deux ans. Une mère seule, naviguant dans la tragédie et l'incertitude de l'occupation.

Mon désir du savoir et de compréhension était, cependant, précipité. Il n'y avait ni larmes ni de longues pauses. Elle m'a, tout simplement, regardé et souri -comme si elle était insensible aux horreurs de ses expériences- et dit: "Fiston, toutes les louanges appartiennent à Dieu. Il voudrait mieux que tu manges le pain tant qu'il est encore chaud!".

Au début, j'ai cru que ses expériences étaient trop douloureuses pour les partager. Peut-être même qu'elle me taquinait. J'ai rapidement réalisé que la réalité était un peu le contraire. Sa réponse plaisante et calme, accompagnée d'une sagesse que je ne possédais clairement pas, était sa façon subtile de m'expliquer les choses. C'était un aperçu de sa résilience et sa force.

Comme des centaines de milliers d'autres Aïchas à travers l'Algérie, elle n'a pas vaincu la puissance oppressive des français et la terreur de l'extrémisme avec une balle ou en combattant un soldat, bien qu'il y avait une abondance des deux, mais avec une volonté humaine inébranlable. Pour elle, les horreurs du passé sont tempérés par le réconfort de la famille, de la communauté et par l'espoir.

Et plus je pensais au peuple algérien, il était clair pour moi que malgré que tout soit contre lui et dans sur plusieurs aspects, il reste un peuple fier et vit dans un pays stable grâce aux sacrifices de leurs grand-parents, des Aïchas. Ne me comprenez pas mal, il y a d'énormes problèmes socio-économiques qui affligent les aspects importants du pays. Cependant, la résilience et la forte détermination d'Aïcha, des caractéristiques d'une Algérie d'antan, m'interpellent comme une partie importante de la solution.

Les Arabes du désert, en Algérie et dans une autre mesure dans le monde arabe comme le Qatar, s'enorgueillissent de l'arbre de Sidra. Expliquant la signification de l'arbre de Sidra, Son Altesse Cheikha Moza Bint Nasser du Qatar a déclaré:

"L'arbre de Sidra, qui pousse, fier, dans les environnements les plus extrêmes, a été un symbole de persévérance et de d'entretien à travers toutes les frontières du monde arabe. Quelle est la signification de cet arbre glorieux? Ses racines fixées dans le sol de ce monde et ses branches tendues vers le haut, vers la perfection, il est un symbole de solidarité et de détermination. Il nous rappelle que les buts de ce monde ne sont pas incompatibles avec les objectifs de l'esprit".

Et c'est le cas de l'esprit d'Aïcha et celui de l'arbre de Sidra, ou l'olivier pour de nombreuses Aïchas berbères algériennes, une des clés importantes qui permettront aux jeunes algériens de réaliser leurs rêves et aspirations.

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