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09/01/2016 06h:37 CET | Actualisé 09/01/2017 06h:12 CET

Les yeux du silence

J'ai grandi à Kouba. Mon quartier jouxtait l'ancien séminaire tenu par la mission chrétienne jusqu'à l'orée des années 70 avant qu'il ne devienne le secrétariat d'état à l'hydraulique.

Ma mémoire d'enfant retient des images de ce qu'était en sourdine l'Algérie de l'époque. Celle de Boumediene et de sa sécurité militaire. Un ogre qui était sur toutes les bouches et qui réduisait le plus grand nombre au silence.

C'était ainsi et pas autrement. Comme une fatalité qui s'imposait à tout le monde.

Pas loin de la maison de mes parents, devant deux belles demeures se garaient deux voitures. Dans chaque voiture il y avait deux hommes. Ils étaient là de jour comme de nuit plantant un décor sinistre et immuable, des années durant.

Dans mon enfance l'une des expressions que j'appris précocement est : résidence surveillée. Ces deux maisons me paraissaient du coup comme hantées. Des cloîtres où il ne se passait rien, comme inhabités.

Les noms de leurs pensionnaires résonnaient étrangement dans mes frêles oreilles, ne sachant quoi penser. Prononcer leurs noms était délictuel. C'était grandir un peu dans le brouillage des repères et le déni de l'histoire.

Pour ne citer que ceux-là, parce que ça se passait dans mon quartier, Boumediene assignait à résidence surveillée Ferhat Abbas et Mohammedi Said.

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