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02/02/2016 13h:50 CET | Actualisé 02/02/2017 06h:12 CET

Le rituel du couscous

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Ma grand-mère allah yerhamha me parlait longuement. Elle le faisait parce que je lui prêtais une oreille attentive. et parmi ce qu'elle me légua de ses croustillants souvenirs: la préparation du couscous.

Ça n'a jamais été une banale affaire l'histoire du grain de ce plat, notamment quand il s'agissait d'une fête, particulièrement de mariage. Une affaire de femmes fondamentalement sur laquelle était fondée le lustre patriarcal de la société.

Bien des jours avant le jour J, le branle bas de combat battait son plein avec, cependant, un pic: les journées de la préparation du couscous. La fête pouvait donc commencer car, au delà de la rudesse de la tâche, les heureuses convives appelées à la corvée se donnaient à cœur joie à chanter et à danser.

Mais derrière cette joie conviviale bruyamment affichée se déroulait une compétition sans merci sur la qualité du grain qui se préparait dans ces grands récipients en bois que les femmes, assises pendant des heures, centraient entre leurs jambes écartées. Les jalousies étaient à fleur de peau, le mauvais œil craint comme la peste, et chaque clan de familles protégeait jalousement sa production et se tenait pointilleux sur la traçabilité.

L'on était dans le savoir-faire, et il n'était pas question des recettes à laisser à portée de la première venue. Gare à celle qui laissera un œil s'attarder sur la djefna de sa voisine ou pire eut osé toucher au contenu du récipient d'un grain d'or rempli.

Les réputations se faisaient et se défaisaient en ces jours festifs de rencontres matrimoniales qui consacraient le label manufacturier d'une "maison" qui ne tenait essentiellement que par la qualité culinaire de ce plat mythique.

Ma grand-mère me l'eut appris.

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