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27/05/2014 17h:30 CET | Actualisé 27/07/2014 06h:12 CET

Une nouvelle crise couve dans le football algérien à cause des salaires des joueurs

Une nouvelle crise est en train de couver dans le football algérien... La crise est née d'une décision prise dans la précipitation en décembre dernier... Cette semaine, les joueurs de l'USMA, champion d'Algérie, et ceux de l'Entente de Sétif, troisième, ont observé une grève de cinq minutes, lors de la seconde mi-temps du match qui les opposait pour le compte de la dernière journée du championnat, pour protester contre cette décision.

Une nouvelle crise est en train de couver dans le football algérien. Alors que l'équipe nationale s'apprête à se rendre au Brésil, où elle participe pour la seconde fois consécutive à la phase finale de la coupe du monde, un conflit opposant joueurs et dirigeants sur le plafonnement des salaires des joueurs, risque de déboucher sur un bras de fer inédit, opposant deux conceptions diamétralement opposés de la gestion du sport. Avec d'un côté, des joueurs jeunes, pleinement intégrés dans la mondialisation et dans la marchandisation du sport, et des dirigeants souvent issus de l'ancienne bureaucrate, navigant dans l'informel, tout en prônant des valeurs que peu d'entre eux respectent.

La crise est née d'une décision prise dans la précipitation en décembre dernier. Les dirigeants de clubs, mis sous pression par une inflation des salaires, ont décidé de plafonner les mensualités à 1,2 millions de dinars (12.000 euros) par mois pour les internationaux, et 800.000 dinars (8.000 euros) pour les autres. Ce qui a fait dire à un joueur du Mouloudia d'Alger que "le meilleur footballeur algérien est interdit de gagner plus d'un millième de ce que gagne Cristiano Ronaldo".

Hostilité des dirigeants

Cette semaine, les joueurs de l'USMA, champion d'Algérie, et ceux de l'Entente de Sétif, troisième, ont observé une grève de cinq minutes, lors de la seconde mi-temps du match qui les opposait pour le compte de la dernière journée du championnat, pour protester contre cette décision. Leur attitude a laissé les dirigeants de marbre. Le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Mahfoudh Kerbadj, a déclaré que les contrats dépassant ces seuils seraient refusés pour le prochain mercato d'été. Figé dans une attitude d'un autre temps, il a déploré que "des joueurs qui ne savent pas effectuer une touche" touchent des montants qu'il considère "faramineux". Aucun joueur de champ n'est titulaire dans l'équipe nationale qualifiée pour la coupe du monde, ce qui montre clairement la faiblesse du niveau général, a-t-il dit. Aït-Djoudi, entraîneur de la Jeunesse de Kabylie, s'est lui aussi déclaré "favorable" au plafonnement, tout en prônant un "programme" pour le développement du football. Mohamed Malek, président du Chabab de Belcourt, glorieuse équipes des années 1970, mais qui a évité de peu la relégation cette année, a quant à lui déploré que les dirigeants de clubs ne respectent pas cette décision, alors qu'ils ont eux-mêmes fait ce choix.

Le ministre botte en touche

Pour la plupart, les premiers contrats en négociation en vue du mercato dépassent en effet les seuils fixés avec l'accord de la LFP et de la Fédération algérienne de football, dont le président, Mohamed Raouraoua, avait lui aussi avalisé la décision. Le gardien d'El-Harrach, Azzeddine Doukha, est ainsi arrivé à un accord avec les dirigeants de la JSK pour un salaire mensuel de deux millions de dinars, en plus d'un appartement que le club devrait lui fournir dans les environs d'Alger, selon des proches du joueur. M. Kerbadj va-t-il rejeter cet accord?

Et comment l'immuable président de la JSK, Mohamed-Cherif Hanachi, va-t-il réagir, lui qui a pourtant participé à la décision de plafonner les salaires?

Le ministre des Sports, M. Mohamed Tahmi, a préféré botter en touche face à une crise qui menace de le déborder. Interrogé ce week-end, il a répondu qu'il s'agissait d'une affaire interne à la FAF et à la LFP, même si lui-même était favorable à la décision. Ainsi, M. Tahmi se met à l'abri. Si la situation dérape, il pourra toujours fustiger les auteurs de la décision, tout en rappelant qu'il n'avait pas à intervenir dans une affaire interne à la fédération de football, pour rester dans l'esprit des statuts de la FIFA. Et si la crise est surmontée, il pourra toujours l'inscrire à son actif.

Les présidents en ligne de mire

La crise devrait se retourner contre les présidents de clubs, qui se veulent professionnels tout en ignorant l'évolution d'un marché du travail. La hausse des salaires est aussi le résultat de leur politique, qui les a poussés à la surenchère. Ils ont provoqué une concurrence qu'ils ne peuvent plus assumer. De plus, les clubs sont devenus professionnels, mais ils sont gérés par des présidents qui vivent essentiellement de la subvention. Ceux-ci ne peuvent ni mobiliser l'argent nécessaire pour faire vivre les clubs, ni les céder à de vrais investisseurs, détenteurs de capitaux.

Un économiste conteste l'idée même d'inflation des salaires. Le niveau des salaires des footballeurs en Tunisie est supérieur à celui en vigueur en Algérie, rappelle-t-il, déplorant que des joueurs comme Abdelmoumène Djabou et Baghdad Boudjenah, révélés dans un modeste club algérien, gagnent en Tunisie trois fois plus que ce qu'ils gagnaient en Algérie.

Pourtant, en Algérie, il y a plus d'engouement pour le football, et le PIB du pays est quatre fois plus élevé que celui de la Tunisie. Ce qui prouve clairement que "c'est une affaire de mauvaise gestion, non de niveau de salaire", dit-il.