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27/05/2014 17h:35 CET | Actualisé 27/07/2014 06h:12 CET

La pharmacie d'officine, vers une nécessaire évolution

Les dernières rencontres professionnelles organisées par le SNAPO, représentant des pharmaciens (Alger 06 mai et Constantine 22 mai 2014), montrent que la pharmacie d'officine algérienne est à un carrefour de son existence... Dans un document de travail co-rédigé par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et la FIP (Fédération Internationale Pharmaceutique) en 2006, sont fournis les éléments de valorisation et de mise à niveau de l'officine face aux nouvelles exigences.

Les dernières rencontres professionnelles organisées par le SNAPO, représentant des pharmaciens (Alger 06 mai et Constantine 22 mai 2014), montrent que la pharmacie d'officine algérienne est à un carrefour de son existence. Elle a en effet le choix entre poursuivre son chemin avec les mêmes réflexes archaïques au risque de disparaître, ou celui de décider d'évoluer. Lors du salon SIPHAL 2013 à Oran, une présentation des enjeux et des voies à explorer sur la situation de l'officine avait mis en avant, le fait que l'officine était condamnée à évoluer sinon mourir.

Dans un document de travail co-rédigé par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et la FIP (Fédération Internationale Pharmaceutique) en 2006, intitulé "Élargir la pratique pharmaceutique, recentrer les soins sur les patients" sont fournis les éléments de valorisation et de mise à niveau de l'officine face aux nouvelles exigences. Un élément fondamental apparaît nécessaire, il s'agit de la mise en place d'une rémunération alternative, pour inciter à l'amélioration des performances. Pour les officinaux, il s'agit de leur permettre de se préparer à l'évolution de la profession et à ses futures exigences.

L'OMS, soucieuse de préserver l'accès aux soins des populations de ses Etats membres (dont l'Algérie fait partie), a mis en évidence qu'il sera très difficile de maintenir un tel niveau de prix élevé des médicaments qui devront dès lors être revus à la baisse. Ceci se fera indéniablement en passant par une réduction des marges bénéficiaires tout au long de la chaîne du médicament. L'OMS recommande donc la mise en place de mécanismes de rémunération des officines qui ne soient plus basés uniquement sur des marges commerciales et sur des volumes de ventes, mais également sur l'effort intellectuel réalisé par le pharmacien, dans le cadre d'une prise en charge de qualité de la santé de la population et de sa préservation.

On comprend mieux le blocage de la révision du décret relatif aux marges bénéficiaires des médicaments qui n'a pas évolué depuis 1998. Les représentants de la profession commencent à voir l'urgence d'ajouter à cette revendication qui reste légitime, même si elle a peu de chances d'aboutir ou du moins être satisfaisante, celle d'une rémunération mixte comme elle vient d'être décrite.

Le principe des compétences qui justifient le monopole en matière de santé, est un pilier essentiel dans la juridiction pharmaceutique européenne.

La FIP, membre consultant pour son expertise et sa représentativité auprès de l'OMS, site dans l'introduction de sa déclaration de politique générale sur les normes professionnelles, adoptée à Vancouver en 1997: Le Code d'éthique pour les pharmaciens, qui est un élément essentiel dans la crédibilité du professionnel de la santé qu'est le pharmacien, et dans les revendications financières qui auront toute leur légitimité rappelle ceci: "Une profession est identifiée par la bonne volonté des praticiens individuels à se conformer à des normes éthiques et professionnelles qui excèdent les exigences minimum de la loi. Les pharmaciens sont des professionnels de santé qui aident les individus à conserver leur santé, à éviter les maladies, et, là où c'est nécessaire, à acquérir et à faire le meilleur usage de leurs médicaments. Le rôle du pharmacien a changé de façon significative pendant les vingt dernières années. Alors que les principes éthiques fondamentaux restent essentiellement les mêmes, ce Code Éthique a été remanié pour réaffirmer et déclarer publiquement les principes qui forment la base du rôle et des responsabilités des pharmaciens. Ces principes fondés sur des obligations et des valeurs morales, ont été établis pour permettre aux organisations pharmaceutiques nationales à travers leur code d'éthique de guider les pharmaciens dans leurs rapports avec les malades, les autres professionnels de santé et la société en général".

Aussi, l'approche déployée par les représentants de la profession en matière de revendications de l'amélioration des revenus des officinaux (marges), semble évoluer vers une prise en considération des objectifs et recommandations des organismes internationaux. Les pouvoirs publics, avec en première ligne le ministère de la Santé, qui accusaient un retard dans la nécessaire actualisation des missions des pharmaciens, a lancé au cours du mois de mai 2014, une consultation nationale avec ses différents partenaires, sur la réforme du code de la santé. C'est peut être une occasion pour rattraper le retard mis dans la mise à niveau de l'officine face aux nouvelles exigences de la population et à l'offre de services de soins de qualité, dans un contexte de transition épidémiologique des maladies. Les caisses de sécurité sociales, qui ont une lourde charge dans la répartition des financements de la santé, ont également un rôle prépondérant. Il serait dommage qu'elles poursuivent comme cela est le cas jusqu'à présent, en considérant le pharmacien, comme simple agent administratif, en oubliant que c'est un acteur de la santé publique. C'est manifestement une approche par gaspillage de compétences au regard des investissements lourds engagés par les pouvoirs publics dans la formation de ces professionnels de la santé que sont les pharmaciens.

Une étude australienne rapporte que des pharmaciens formés et rémunérés dans les soins pharmaceutiques, génèrent six fois plus d'économie pour les pouvoirs publics, qu'un groupe de pharmaciens non formés non rémunérés, soit 100 millions $ US par année. Aussi, pour une meilleure prise en charge des malades, une amélioration de la qualité des soins et une optimisation des dépenses de santé, les caisses ne peuvent plus faire cavalier seul. Elles gagnent à prendre en considération les réelles capacités des officinaux et les possibilités de développement et d'utilisation de leurs compétences en vue d'améliorer et de préserver la santé de la population.