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23/10/2015 09h:00 CET | Actualisé 23/10/2016 06h:12 CET

Entre l'Algérie et la France ... une affaire personnelle !

AFP

Le ministre de l'intérieur français, Bernard Cazeneuve, a adressé une lettre à Hamid Grine, ministre algérien de la communication, Hamid Grine, pour lui faire part de ses regrets pour ce qui lui est arrivé à l'aéroport d'Orly. Cette information, on ne la trouve que dans les médias algériens. Uniquement.

Une chaîne privée a confirmé l'information en citant le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères tandis qu'un journal électronique s'est chargé de rapporter la confirmation du ministère de la communication.

Les médias français qui ont traité de l'incident, très peu nombreux dont l'agence AFP, l'ont fait en rapportant ce que les médias algériens en disent ... La presse française dans son ensemble ne semble avoir trouvé de raison valable de prendre attache avec les responsables de la police à l'aéroport d'Orly pour connaître les détails de l'histoire.

Certaines questions doivent être soulevées au sujet de cet incident. Pourquoi la presse algérienne a été la seule à diffuser le récit de ce qui s'est passé dans un aéroport français est l'un de ces questions. La seule réponse est que la source de l'information sur la fouille d'Orly est algérienne.

Une médiatisation, pourquoi ?

Il est même fort probable que ce soit le ministre lui-même qui a divulgué cette histoire aux médias connus pour lui être proches. Dans la foulée, on a révélé également que deux autres ministres, Abdesselam Bouchouareb et Abdelmadjid Tebboune ont subi le même traitement auparavant sans que cela ne provoque des réactions de leur part.

Le communiqué du ministère des affaires étrangères algérien publié après la convocation de l'ambassadeur de France a confirmé cette information.

Nous sommes dès lors devant une autre question : le ministre a-t-il médiatisé les détails de l'incident sur suggestion du ministère algérien des affaires étrangères ? C'est une hypothèse plausible. Son but serait de rendre publique l'affaire pour amener la France à changer sa manière de traiter les responsables algériens qui vont en France plus que vers toute autre destination.

Aujourd'hui que le tintamarre a eu lieu, comme l'ont souhaité ceux qui ont divulgué l'information, quel est le résultat ?

Un commentaire du Quai d'Orsay qualifiant l'incident de "regrettable" et promettant de discuter la question du transit des responsables avec la direction du groupe Aéroports de Paris. La convocation de l'ambassadeur de France par les Affaires étrangères. On ne sait pas ce que le représentant de la France a dit. Et, pour terminer, nous avons une lettre de Cazeneuve à Grine qui ramène toute l'affaire à une dimension personnelle.

Nous sommes devant un incident qui n'a suscité aucun intérêt en France mais qui s'est transformé en tempête intérieure en Algérie, les autorités cherchant à faire de la convocation de l'ambassadeur de France une grande réalisation diplomatique censée permettre de rééquilibrer la relation avec la France.

Malheureusement, ce qui a été dit par le Quai d'Orsay n'était été suffisant, il a été donc "soutenu" par un autre message, plus proche de la lettre personnelle à "un ami" que du message officiel dans le cadre de relations entre deux pays.

En vérité, ce n'est pas la première fois que la France réduit sa relation avec l'Algérie à une dimension personnelle. En décembre 2013, François Hollande a téléphoné à Bouteflika après sa lourde plaisanterie sur le retour du ministre de l'intérieur Manuel Valls sain et sauf d'un voyage en Algérie. Un retour qui serait une réalisation en soi... car aller en Alger, n'est-ce pas, c'est très risqué !

Le président français avait exprimé son "regret" au sujet de la "mauvaise interprétation de ses propos par la presse".

Confusions

Il semble que le plafond du "regret" n'a pas changé depuis. Et nous ne connaissons pas, à ce jour, ce que Hollande a dit à Bouteflika. La relation avec la France parait ainsi être marquée par une confusion entre les dimensions "personnelles" et "officielles".

Le ministre qui a subi une fouille à Orly n'était pas en mission officielle. Certains ont voulu justifier ce qui lui est arrivé par la confusion qu'il a faite entre sa qualité de ministre et son statut de citoyen ordinaire en voyage à l'étranger.

Mais même quand l'incident se transforme en affaire d'Etat, il se règle prestement par une lettre personnelle d'un ministre de l'intérieur au ministre de la communication... On y est sur ce registre même si Grine s'est abstenu de faire de commentaire en laissant la chose au ministère des affaires étrangères.

La France sait parfaitement que n'importe quel problème avec l'Algérie peut être réglé par un coup de téléphone ou par une missive destinée à apaiser les esprits. Elle sait aussi que les autorités, ici, envoient, de temps à autre, des signaux à la population pour lui signifier qu'elle a un État craint et respecté et que nul n'ose porter atteinte à ses symboles.

Il semble cependant que le signal émis s'est soldé cette fois-ci par un échec. Il a donné des résultats contraires à ceux qui étaient souhaités. La concomitance de l'incident avec l'anniversaire de la ratonnade du 17 octobre 1961 à Paris a aggravé les choses.

Le plafond du "regret" français reste encore très bas et ceux qui dirigent l'Algérie ne font rien pour le transformer en "excuses" que des millions d'Algériens estiment justifiées s'agissant des crimes de la colonisation et des "dépassements" répétés de la France.

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