TUNISIE
14/03/2018 07h:22 CET

Pour le député d'Ennahdha Houcine Jaziri, un remaniement ministériel n'est pas nécessaire avant les élections municipales

Invité à la matinale de la radio Shems Fm, le député d'Ennahdha Houcine Jaziri est revenu sur la réunion entre les signataires de l'accord de Carthage qui s'est déroulée mardi au cours de laquelle, "il y a eu des avis divergents" qu'il faudra unifier selon lui.

Interrogé sur la possibilité d'un remaniement ministériel, il a affirmé que la prise d'initiative de l'UGTT de demander des changements au niveau du gouvernement n'est plus liée aux partis politiques mais elle est maintenant basée sur une évaluation objective du travail des membres du gouvernement.

"Le gouvernement actuel a été sujet à plusieurs reprises de critiques, et ce de la part des deux grands partis à savoir Nidaa et Ennahdha, qui voulaient un gouvernement conforme aux résultats des élections, mais l'initiative du président de la République via l'accord de Carthage d'y inclure d'autres partis a été une autre solution" a-t-il expliqué.

Interrogé sur la volte-face des signataires de l'accord de Carthage qui avaient appuyé Youssef Chahed il y a quelques mois avant -semble-t-il - de l'abandonner aujourd'hui, Houcine Jaziri affirme que "Youssef Chahed reste Youssef Chahed (...) C'est comme pour Habib Essid, de qui on disait qu'il était doux et consensuel" affirme-t-il.

Ennahdha, qui a été la première à demander -via Rached Ghannouchi- à Youssef Chahed de ne pas se présenter en 2019, a-t-elle été la première à avoir voulu ce remaniement? "Cela montre une nouvelle fois que Rached Ghannouchi est un fin politicien et un fin stratège. Il savait que Youssef Chahed devenait gênant pour certains, qui pensaient qu'il était encore jeune pour être à la tête de l'État".

Personnellement, le député d'Ennahdha affirme ne pas être "pour le changement de ce gouvernement. Je pense que changer de gouvernement n'est pas opportun avant les élections municipales. Après les élections municipales, la donne sera différente".

"Les Tunisiens ne croient plus qu'un changement de gouvernement changera les choses. C'est pour ça que ce gouvernement pourra continuer de travailler jusqu'aux élections du mois de mai. Et d'ici là, Youssef Chahed et son équipe nous dirons ce qu'ils en pensent et comment ils comptent réagir. On va le recevoir à l'ARP le 23 mars prochain, ce sera l'occasion pour lui de dire la vérité aux Tunisiens".

Pour Jaziri, "le problème n'est pas Youssef Chahed mais les réformes! Comment va-t-on payer les salariés alors qu'il y aura une augmentation des salaires en avril prochain?" répète-t-il.

Un problème dans la mise en place de réformes, pas avec Youssef Chahed

Mis face aux différents discours dissonants des signataires de l'accord de Carthage après cette réunion, Houcine Jaziri affirme que "la situation reste la même, elle n'a pas changé". "Il a été décidé de créé une commission et c'est elle qui tranchera".

La commission, qui devrait théoriquement commencer son travail jeudi n'a pas encore vu sa composition fixée. "La question qui se pose est de savoir si cette commission sera composée de politiciens ou d'experts. À mon avis, la décision doit être politique et non venir d'experts" indique Houcine Jaziri.

Revenant sur les principales dissensions entre les signataires de l'accord de Carthage, il affirme: "Aujourd'hui, il y a un grand problème au niveau de la mise en place de réformes. Gérer le pays? Ce gouvernement peut le faire et les prochains aussi".

L'objet principal de ce changement de cap des signataires de l'accord de Carthage est selon lui de dégager un consensus sur les principales réformes à engager d'urgence: "Quelle est le degré de volonté des signataires à accepter les réformes? Par exemple, certains veulent la réforme des entreprises publiques, d'autres disent que c'est une ligne rouge. Il faudra donc trouver des solutions et nous mettre d'accord".

Pour lui, les négociations risquent d'être compliquées pour parvenir à un compromis et appelle chacun à prendre ses responsabilités: "Il faudrait un sorcier pour démêler tout ça. On a des visions opposées qui s'affrontent. D'un côté l'UTICA qui réclame la réforme des entreprises publiques et l'UGTT qui dit que c'est une ligne rouge. Pourquoi faudrait-il que tout retombe sur Youssef Chahed?" s'est-il interrogé.

Malgré ces positions opposées, Houcine Jaziri reste optimiste: "L'opposition s'est retrouvée totalement écartée, complètement out. Voilà, maintenant les grands (en référence à Nidaa, Ennahdha, l'UGTT et l'UTICA) vont discuter entre eux et se mettre d'accord et on va voir où est ce qu'on va aller"

"Aujourd'hui, ceux qui ont présenté au président de la République des propositions fortes font partis des grands" a-t-il affirmé.

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