TUNISIE
13/03/2018 13h:10 CET

Béji Caïd Essebsi pourrait proposer lors de son discours du 20 mars le changement du régime politique de la Tunisie, selon "Acharaâ El Magharibi"

Tunisian President Beji Caid Essebsi attends a meeting with political parties, unions and employers on January 13, 2018 in Tunis, following unrest triggered by austerity measures.The North African country has been shaken by a wave of protests over poverty and unemployment during which hundreds have been arrested before the unrest tapered off. / AFP PHOTO / FETHI BELAID        (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images)
FETHI BELAID via Getty Images
Tunisian President Beji Caid Essebsi attends a meeting with political parties, unions and employers on January 13, 2018 in Tunis, following unrest triggered by austerity measures.The North African country has been shaken by a wave of protests over poverty and unemployment during which hundreds have been arrested before the unrest tapered off. / AFP PHOTO / FETHI BELAID (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images)

Même s’il a fait l’objet d’un fort consensus lors de l’élaboration de la Constitution, le régime politique actuel répartissant le pouvoir entre le législatif et l’exécutif pourrait bientôt être revu.

En effet, le président de la République Béji Caïd Essebsi envisagerait de relancer le débat sur un éventuel changement du régime politique en cours. C’est ce qu’a annoncé “Acharaâ El Magharibi” dans son édition de ce mardi 13 mars 2018.

Selon le journal, Caïd Essebsi aborderait lors de son discours du 20 mars, à l’occasion de la fête de l’indépendance, la nécessité de changer le régime politique en élargissant les prérogatives du président de la République. Une révision constitutionnelle qui permettrait, ainsi, d’affaiblir le poids du pouvoir législatif en faveur du pouvoir exécutif et renforcer le rôle du président de la République.

Il s’agit d’un sujet plutôt sensible surtout que le pays a longtemps souffert des répercussions du régime présidentiel sous l’ère de Bourguiba et Ben Ali. Pourtant, ce n’est pas la première fois que le président de la République évoque l’idée. En septembre dernier, lors d’une interview accordée au journal “La Presse”, Béji Caïd Essebsi s’est attardé sur les défaillances du régime politique actuel.

"C’est un régime qui a paralysé l’action gouvernementale ou presque. Sa nature hybride n’aide pas le gouvernement et le pouvoir exécutif en général à accomplir leurs devoirs, s’agissant de diriger l’État, et de réaliser le développement dans le cadre d’une société démocratique où sont respectées les valeurs de liberté et de dignité,” a-t-il fustigé en ajoutant que le régime actuel "n’est pas parfait mais pourrait être amélioré". Pour lui, ce régime ne fait qu’étouffer le pays et bloquer certains processus.

D’après l’article 143 de la Constitution, “l'initiative de la révision de la Constitution revient au Président de la République ainsi qu'au tiers des députés de l'Assemblée des représentants du peuple. L'initiative émanant du Président de la République bénéficie de la priorité d'examen.”

Or d’après Saïda Garrache, la porte-parole de la présidence de la République, “le chef de l’État ne veut pas être à l’origine de cette initiative.” Elle a, d’ailleurs, clairement défendu Caïd Essebsi en indiquant que même si la constitution donne le privilège au président de la République de lancer une initiative pour changer le régime politique du pays, ce dernier préfère que cet amendement émane du parlement. A-t-il changé d’avis? Une question qui demeure sans réponse puisque le HuffPost Tunisie a essayé de joindre la porte-parole de la présidence, sans succès.

Contactée par le HuffPost Tunisie, Salwa Hamrouni, spécialiste en droit constitutionnel, voit la possibilité d’une révision de la Constitution comme une "grande aberration". Certes le texte prévoit pareil cas et permet au président lui-même ou au tiers des députés de présenter une initiative dans ce sens. Mais un problème de procédure risque d’être posé: la non-existence encore de la Cour constitutionnelle susceptible d’en évaluer la constitutionnalité.

D’après elle, en l’absence de l’assise constitutionnellement mise en place, pareille initiative constituerait "une violation grave", un choix "prématuré" et un débat "risqué".

Ainsi face à ces entraves, le journal spécule que cette proposition n’est autre qu'une “manoeuvre” pour que Béji Caïd Essebsi brigue un nouveau mandat à la tête de la présidence ou de faire illusion de son intention de renouveler son mandat. Pour le journal, à l’instar de sa proposition relative de l’égalité dans l’héritage, le président de la République, préfère gérer les différends d’"importance cruciale” en lançant “la balle aux autres” et se dégager de toute responsabilité. Ainsi, en jetant ce pavé dans la mare, Béji Caïd Essebsi compte-t-il captiver de nouveau les regards et regagner en popularité?

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