TUNISIE
13/03/2018 12h:01 CET

Comment le soufisme a survécu au salafisme en Tunisie, selon The Christian Science Monitor

A Sufi man sits during his visit to the shrine of Sidi Belhassen Chedly following his weekly rituals on January 26, 2013, in Tunis. Tunisia's government has promised to implement 'emergency' measures to protect Sufi Muslim mausoleums, which have been targeted in a number of suspected hardline Islamist attacks, the culture minister said. AFP PHOTO / FETHI BELAID Sufi leaders soretent the mausoleum of Sidi Bellahsen Chadly after having completed their weekly ritual on January 26, 2013 in Tunis. Th
FETHI BELAID via Getty Images
A Sufi man sits during his visit to the shrine of Sidi Belhassen Chedly following his weekly rituals on January 26, 2013, in Tunis. Tunisia's government has promised to implement 'emergency' measures to protect Sufi Muslim mausoleums, which have been targeted in a number of suspected hardline Islamist attacks, the culture minister said. AFP PHOTO / FETHI BELAID Sufi leaders soretent the mausoleum of Sidi Bellahsen Chadly after having completed their weekly ritual on January 26, 2013 in Tunis. Th

L'ancrage du soufisme en Tunisie, ses manifestations, les dangers qui le guettent...font l'objet d'un reportage du journal américain The Christian Science Monitor.

Alors que les salafistes ont gagné du terrain face aux soufis dans plusieurs pays arabes, le soufisme en Tunisie a pu survivre à cet envahissement, explique le journal, en se basant sur les témoignages de certains Tunisiens mais aussi sur les droits constitutionnels qui garantissent la liberté de conscience, de croyance et d'exercice de culte:

"En Tunisie, les salafistes ont échoué (...) Ils ont largement sous-estimé le lien historique et générationnel des Tunisiens avec le soufisme. Partout dans le pays, les quartiers et les villes sont nommés d'après les saints soufis, et la plupart des familles tunisiennes peuvent retracer leur lignée à un saint soufi ou une personne sainte".

The Christian Science Monitor est allé à la recherche d'adeptes du soufisme, comme Mohammed, un habitué du mausolée de Sidi Ibrahim Riahi à la médina de Tunis: "Nous aimons Dieu et nous aimons notre héritage", dit-il. Et d'ajouter: "Pour certains d'entre nous, c'est tout ce que nous avons. Aucun extrémiste ne peut nous enlever cela".

Cheikh Mohammed Riahi, iman soufi et descendant du saint soufi Ibrahim Riahi abonde dans ce sens en déclarant que "les salafistes ont sous-estimé l'importance du soufisme et des saints soufis dans l'identité et dans l'histoire personnelle des Tunisiens."

Le journal avance le chiffre de 300 000 membres dévoués à diverses obédiences soufies et qu'une grande majorité des Tunisiens s'identifient à un ordre soufi ou à un saint soufi. Il évoque toutefois les multiples menaces qui guettent ce culte:

"Profitant de l'état d'affaiblissement juste après la révolution, entre 2011 et 2013, les salafistes ont pris le contrôle de la plupart des mosquées en Tunisie. Des groupes et partisans salafistes ont brûlé ou profané 40 sanctuaires et tombeaux soufis".

L'ancrage du soufisme en Tunisie

Le reportage retrace l'influence du mysticisme soufi depuis des siècles en Tunisie: "Le soufisme a fleuri en Tunisie à partir du 11ème siècle, un millénaire avant l'État moderne, alors que les clercs mystiques ouvraient des zawiya, centres de recherche de la vérité de Dieu, et récitaient régulièrement des versets coraniques, des prières et les noms de Dieu et des prophètes .

Ces zawiyas soufies, qui enseignaient la mémorisation coranique et la jurisprudence islamique, sont devenues des épicentres de l'éducation en Afrique du Nord et ont aidé l'Islam à s'étendre à travers le continent", explique le journal.

Les femmes y jouent également un rôle important: "Les femmes dirigent de nombreux sanctuaires soufis à travers la Tunisie, préparent et servent de la nourriture pour les fidèles et les nécessiteux, tandis que les femmes sont autorisées à prier dans les sanctuaires aux côtés des hommes - une rareté sur les sites islamiques".

Autre caractéristique du soufisme, son caractère apolitique: "Pour les Tunisiens, nous ne pensons pas à notre façon d'adorer et de nous souvenir de Dieu comme soufisme ou mysticisme, c'est juste l'islam", a affirmé le cheikh Mazen Chérif, président de l'Union islamique mondiale du soufisme et penseur soufi tunisien au The Christian Science Monitor. Et de poursuivre: "Le soufisme ici s'unit, il ne divise pas."

Le soufisme puise sa force aussi dans son élan altruiste. Les zawiyas sont en effet des refuges pour les nécessiteux et les sans-abri. On y distribue encore aujourd'hui des repas, rapporte The Christian Science Monitor.

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