MAROC
12/03/2018 15h:13 CET | Actualisé 12/03/2018 16h:12 CET

Jerada: Les habitants en colère après l'arrestation de trois militants

People shout slogans during a protest after the death of a miner who died while working in a clandestine coal mine in Jerada, Morocco February 3, 2018. REUTERS/Youssef Boudlal
Youssef Boudlal / Reuters
People shout slogans during a protest after the death of a miner who died while working in a clandestine coal mine in Jerada, Morocco February 3, 2018. REUTERS/Youssef Boudlal

JERADA - Une grève générale de 48 heures est décrétée à Jerada à partir de ce lundi. Avec les rideaux baissés, la tension dans la ville prend une nouvelle dimension. "Ici, la tension ne s’apaise pas d’autant que trois militants de Jerada sont aujourd’hui déférés devant le tribunal de première instance d’Oujda", déclare au HuffPost Maroc Karim Saidi, membre du bureau national de l’Association nationale des diplômés chômeurs. Natif de Jerada, ce dernier affirme que l’arrestation de Mustapha Idânine, Amine Lamkallach et Aziz Boutchich a attisé la colère des manifestants.

Le procureur général du roi près la Cour d'appel d'Oujda avait précisé, samedi, par la voie d’un communiqué, qu’il n’existe aucun lien entre l'arrestation du dénommé Mustapha Idânine à Jerada et les événements que connait la ville. Ce que le ministère public a d’ailleurs réitéré au tribunal. Mustapha Idânine a été arrêté suite à un accident de circulation daté du jeudi 8 mars à 01h00 faisant objet d’une enquête toujours en cours.

Les deux autres, d’après des sources sur place, sont, eux, poursuivis pour insulte de fonctionnaires dans l’exercice de leur fonction. Devant le tribunal, un groupe d’étudiants de l’Université d’Oujda a observé un sit-in en soutien aux trois détenus qui avaient été étudiants du même établissement, d’après Ahmed Bousmaha, président de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Oujda.

Au tribunal, les familles des détenus ont également été présentes. "Les avocats de la défense ont demandé la liberté provisoire aux trois détenus, mais le juge n’a pas encore statué là-dessus. Une nouvelle audience a été prévue pour le 19 du mois courant", indique Karim Saidi qui a suivi le procès.

À Jerada, l’ébullition sociale risque de s’intensifier. Le gouvernement, qui avait pourtant annoncé des mesures sociales et économiques, semble n’avoir pas réussi à convaincre les habitants. "Nous n’avons rien vu concrètement. Et ce qui nous semble urgent, c’est que les responsables de la crise de Jerada soient assujettis à la reddition des comptes", insiste ce natif de Jerada. Et de rappeler qu'hier, une marche populaire a dépassé le périmètre de Jerada de près de 60 kilomètres. "Plus de 20.000 hommes et femmes de tout âge y ont participé. Les forces de l’ordre ne sont pas intervenues", précise-t-il.

Pour Seddik Kebbouri, membre du conseil d'administration de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), le gouvernement doit passer à l’action en "traduisant concrètement ses promesses. Que l’on annonce que des médecins spécialistes feront le déplacement à Jerada, je peux vous assurer que ce ne sera pas facile. En 2009, à Bouarfa, des spécialistes ont été affectés mais aucun n’est venu malgré toutes les procédures légales entreprises par l’administration. Les avantages qui leur sont offerts dans ces régions ne les a jamais convaincus de venir", regrette ce militant de l’AMDH.

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