MAROC
12/03/2018 12h:58 CET | Actualisé 12/03/2018 13h:15 CET

À Casablanca, le PJD et le PAM s'accusent mutuellement de faire obstacle au développement de la métropole

Getty Images/iStockphoto

CASABLANCA - "Avant chaque session, nous devons, en principe, débattre des points à traiter en commissions. Malheureusement, le PAM, qui assure pourtant la présidence, brille le plus souvent par son absence. Le groupe du PJD, lui, ne l’est jamais". Au HuffPost Maroc, Mouhcine Moufidi, président du groupe PJD au conseil de la région Casablanca Settat, décrit une crise dont le début ne date pas d’aujourd’hui. "Imaginez qu’à la session d’octobre dernier, censée être la plus importante puisqu’elle est consacrée au budget, aucun membre du PAM ne s’est présenté à la commission des finances pour en discuter avant", rappelle-t-il.

Face à cette "paralysie", le groupe du PJD au conseil de la région exprime désormais "ses vives inquiétudes". Il a publié, ce week-end, un communiqué pour s’exprimer ouvertement, soulignant qu’à mi-mandat, la gestion du conseil de la région se fait dans "la plus grande confusion surtout au niveau des sessions ordinaires". "L’absentéisme reflète un manque d’engagement et d’adhésion pour bien gérer les travaux de la région. Nous ne cessons de faire des remarques sur cette situations mais en vain", alerte Mouhcine Moufidi.

Le groupe du PJD estime que "l’avenir de la région" est clairement mis en jeu dans cette situation. "L’étape des préparatifs à la session de 2018 apporte la preuve éloquente de la confusion qui règne, puisque plusieurs points n’ont pas été étudiés", fait-il remarquer dans son communiqué. Et de souligner que la présidence a tenté, toutefois, de se rattraper "en adressant des invitations tardives et sans respect des délais légaux, à une réunion commune dans le cadre de la commission des affaires financières, de programmation et du développement économique et de la commission culturelle le jeudi 8 mars (…)". La réunion en question a finalement été reportée, précise le groupe du PJD, pour "absence de données et de représentant du bureau".

Reportée, cette réunion a finalement été programmée aujourd’hui. "Nous avons été surpris par des convocations téléphoniques à cette réunion à 10h, alors que ce lundi à 15h se tient la deuxième réunion de la session ordinaire", fustige le groupe du PJD estimant légitime de boycotter cette réunion. "Nous l’avons boycottée parce que cette réunion représente l’état de confusion à l’encontre de notre ambition d’asseoir la régionalisation avancée", explique le président du groupe PJD. Et de mettre en garde les membres de la majorité au sein du conseil de la région contre les conséquences de "l’état de paralysie".

Accusations de part et d'autre

Au conseil de la ville de Casablanca, c’est le PAM qui tire à boulets rouges sur le PJD. Le président du groupe PAM, Omar Farkhani, déclare au HuffPost Maroc que le PJD brille par "sa démission au conseil de la ville" dont il assure pourtant la présidence. "Le PJD n’a pas de boussole pour assurer la gestion de la ville. Il n’a aucune vision et cela s’exprime clairement à travers des éléments objectifs, à commencer par les sessions du conseil qui se tiennent sans aucun fil conducteur", affirme le président du groupe PAM au conseil de la ville.

Pour ce dernier, la gestion de la ville est déléguée presque toujours aux Sociétés de développement local (SDL), estimant que les prestataires de services privés ne peuvent en aucun cas se substituer au conseil en lui-même. Omar Farkhani cite, en exemple, le dernier marathon international de Casablanca dont l’organisation a été "un échec".

Le PAM accuse le PJD d’avoir provoqué une inertie au sein du conseil de la ville. "Notre groupe n’a ménagé aucun effort pour faire des propositions. Mais presque toutes les réunions de sessions sont reportées faute de quorum parce que les membres du groupe PJD s’absentent", regrette le président du groupe PAM.

Le PAM estime aussi, de son côté, que le développement de la ville souffre de paralysie. Il pointe du doigt "le retard d’exécution" du Plan d’action communal (PAC). Au mois de janvier dernier, le groupe PAM a ainsi adressé au président du conseil de la ville ses remarques à ce propos soulignant, en premier, "le retard de presque 2,5 ans dans l’élaboration du projet PAC pour des raisons qui ne sont pas recevables", souligne le groupe PAM. Et de critiquer l’art et la manière avec lesquels est conduite la mise en œuvre. "L’argument selon lequel il fallait attendre l’adoption des Plans d’action régional et préfectoral ne peut être accepté", souligne-t-il. Et de dénoncer le fait que les commissions permanentes légales soient écartées du projet PAC et remplacées par une commission unique. Le groupe PAM soulève ainsi bon nombre d’infractions au règlement intérieur du conseil de la ville et fustige "le non-respect de l’approche participative".

Le groupe PAM met également en lumière quelques failles du PAC, notamment un manque de cohésion, de précisions et d’innovation. "Aucune explication n’est fournie par le projet de PAC concernant son articulation (convergences et harmonisation) avec les programmes d’action régional et préfectoral, pas plus qu’avec le Programme de développement du Grand Casablanca, ni avec le Schéma directeur d’urbanisme", fait remarquer le PAM. "Nous ne faisons pas de l’opposition, nous cherchons la cohésion", tient à préciser Omar Farkhani. À Casablanca, la bataille entre les deux partis ne semble pas avoir dit son dernier mot.

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