MAROC
11/03/2018 08h:39 CET | Actualisé 11/03/2018 08h:43 CET

Fruits rouges: Les vents violents laissent les agriculteurs sur la paille

BESTBERRY

AGRICULTURE - Si les pluies abondantes qu'a connues le Maroc ces derniers jours ont été bien accueillies par les agriculteurs, les vents violents qui les ont accompagnés l'ont été beaucoup moins. Et pour cause, dans les régions du Loukous et du Gharb, les producteurs de fruits rouges ont fait les frais des intempéries en essuyant de très grosses pertes.

Les exportations de fraises amputées d'une bonne moitié

Dans la nuit du 28 février au 1er mars 2018, une tempête de force exceptionnelle a balayé, en effet, tout le nord du royaume qui concentre, dans les deux régions citées, plus de 90% de la production nationale de fruits rouges. "Nous avons rarement vu une telle violence. Les plastiques des serres ont été arrachés, les structures métalliques ont même été tordues et la pluie, qui a accompagné cette tempête, a trempé les fraises. Ce qui fait que le fruit ne pourra pas être exporté", déplore Nabil Belmkaddem, directeur de la coopérative Bestberry contacté par le HuffPost Maroc.

serre tempete fraise

En plus des dégâts matériels qui ont touché les serres et les fraises, les plants des framboises et myrtilles, également cultivés dans la région, ont été impactés, certains même déracinés par la force des bourrasques. Conséquence: des exportations en deçà de ce qui était prévu. "Aucune estimation officielle n'a, pour l'instant, été communiquée par les autorités, mais je peux vous dire que les exportations marocaines de fraises seront amputées d'une bonne moitié d'ici la fin de la saison", estime Nabil Belmkaddem.

Aucune assurance pour couvrir les agriculteurs

Même son de cloche chez la Fédération interprofessionnelle marocaine des fruits rouges, Interproberries Maroc (IPBM). "Les dégâts varient d'une exploitation à une autre, mais plus la culture est proche du littoral, plus les pertes sont considérables", déclare au HuffPost Maroc Abdeslam Acharki, directeur de l'IPBM. En effet, attirés par une terre sableuse, un climat favorable, une abondance de l'eau, ainsi que la disponibilité des terres et de la main-d'œuvre, les agriculteurs se sont concentrés tout au long de la côte, ce qui s'est avéré fatidique lorsque les éléments se sont déchaînés.

serre tempete fraise 2

"Pour un grand propriétaire terrien, la perte de trois hectares sur les vingt qu'il a initialement n'est pas bien grave. Mais, pour le petit agriculteur qui ne possède que ces trois hectares, la situation est très critique", se désole le directeur de la fédération. Une situation d'autant plus critique que ces derniers ne disposent d'aucune assurance. "La filière étant relativement récente, aucun produit n'a été pensé spécifiquement pour elle, contrairement à ce qui se fait pour le blé ou pour les cultures maraîchères", ajoute Abdeslam Achakri.

Il faut dire aussi que le besoin ne s'est jamais fait sentir pour les producteurs. Mais, face à l'ampleur des dégâts, cette année, la fédération des interprofessionnels, fraîchement constituée, a approché la MAMDA pour la mise en place d'une assurance contre le vent et le gel, ennemis publics numéro 1 de ces cultures.

Avec cinq fois moins de production, les fruits rouges font presque aussi bien que les agrumes

Culture assez récente dans le paysage agricole marocain, la production des fruits rouges a été initiée par la délocalisation d’entreprises européennes qui se sont installées dans la région et ont entraîné dans leur sillage la création d’entreprises agricoles nationales. Cela a poussé ces dernières a adopté le même niveau de techniques de production en s'appropriant les dernières innovations en matière de fertigation (contraction de fertilisation et irrigation) et de lutte intégrée pour la protection des cultures.

Une modernité qui a permis à la filière d'accaparer la deuxième place sur le podium des exportations agricoles qui contribuent le plus à l'économie. Ainsi, pour la campagne 2016-2017, le secteur a généré 3,4 milliards de dirhams de chiffres d'affaires à l'export, soit 400 millions de dirhams de plus que les exportations de tomates et à peine 600 millions de moins que la filière des agrumes. Un exploit quand on sait que les quantités des fruits rouges sont près de 5 fois moins importantes pour le même revenu (650.000 tonnes d'agrumes contre 103.000 tonnes de fruits rouges).

510.000 dirhams de bénéfices nets par hectare de myrtilles

Et les producteurs et exportateurs ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Le chiffre d'affaires est ainsi appelé à augmenter encore plus, suite notamment aux mutations que connaît la filière. "Nous sommes en train d'assister ces dernières années à une migration vers les cultures de framboises et de myrtilles au détriment des fraises", constate Abdeslam Acharki. Comptabilisant à peine 150 hectares en 2008, les plantations de myrtilles ont connu, à titre d'exemple, une ascension fulgurante pour s'établir à 1.900 hectares en 2018 avec une progression extraordinaire de 137% sur les deux dernières années uniquement. Même chose pour les framboises qui sont passées d'une superficie de 30 hectares en 2007 à 1.890 hectares en 2018.

"Ces changements sont mus par une logique de gain", explique le directeur de la fédération puisque les framboises et myrtilles sont beaucoup plus rentables que les fraises. Le calcul est tout simple: selon les chiffres de l'IPBM, une exploitation de fraise demande jusqu'à 300.000 dirhams d'investissement par hectare pour un bénéfice net de 95.000 dirhams. Pour les myrtilles, les gains par hectare sont quintuplés (510.000 dirhams) pour des dépenses qui doublent à peine (700.000 dirhams). Les producteurs qui ont en les moyens n'hésitent donc pas à changer de fusil d'épaules.

Reste que c'est encore une fois le petit agriculteur qui fait les frais de cette mutation. Ne disposant pas des moyens pour investir massivement pour transformer sa culture, il se retrouve face à l'augmentation des charges (nouvelles techniques, matériel agricole, contrôles phytosanitaires, charges sociales) dans la filière de fraises. D'ailleurs, sur les 593 exploitations agricoles destinées à ce fruit, près de 80% ont des superficies de 5 hectares ou moins.

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