MAROC
09/03/2018 05h:53 CET | Actualisé 09/03/2018 07h:16 CET

Dans les coulisses du procès de Taoufik Bouachrine

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JUSTICE - Le procès de Taoufik Bouachrine, ouvert ce jeudi 8 mars, n'est pas près de toucher à sa fin. Deux semaines après son arrestation à Casablanca, le journaliste et directeur de publication du quotidien arabophone Akhbar Al Yaoum a été déféré jeudi devant la chambre criminelle de la Cour d'appel de Casablanca. Le procès, très suivi par la scène médiatique marocaine, a connu des rebondissements dès son ouverture.

Poursuivi notamment pour "traite d'êtres humains", "abus de pouvoir à des fins sexuelles" et "viol", Taoufik Bouachine, 49 ans, est arrivé aux alentours de 10h00 à la salle d'audience n°7 du tribunal, alors déjà bien remplie. Sur place, la tension était à son comble.

"Pour la défense, le compte à rebours vient de commencer. Les preuves de l'innocence de Taoufik Bouachrine, volontairement cachées jusqu'ici, vont toutes être présentées à la justice. Il s'agit de preuves que mon client n'a pas pu présenter lors sa garde à vue à la police, encore moins lors de la confrontation devant le juge d'instruction", dénonce d'emblée Me Saâd Sahli, l'un des 14 avocats qui constituent la défense du journaliste.

"Vices de forme"

Moins d'une heure après l'ouverture du procès, la séance a été levée une première fois par le juge. En cause, des échanges agités entre les avocats des plaignantes, de l'accusé et le procureur général concernant des " vices de formes". En tout, l'audience a été suspendue au moins cinq fois avant d'être reportée au 15 mars prochain. Le juge chargé de l'affaire ayant estimé que le dossier n'était pas "prêt".

C'est la défense du journaliste qui a sollicité en premier lieu la suspension du procès. Les avocats de Bouachrine contestent notamment le "flagrant délit" cité dans le procès verbal dressé contre lui.

"La procédure judiciaire notamment en lien avec son arrestation n'a pas été respectée comme il se doit", nous explique Me Mohamed Ziane. "Le procureur général a estimé au début que le dossier était prêt à être instruit en justice, alors que ce n'est pas le cas. Ce dernier faisait toujours l'objet d'une enquête préliminaire. Il y a aussi le flagrant délit cité dans le procès verbal qui n'a pas eu lieu", détaille Me Sahli.

Ce n'est pas tout. Des "discordances" auraient également été relevées par la défense "entre ce qui a été dit lors des auditions avec la police et ce qui a été retranscrit dans le procès verbal".

Isolation contestée

Aussi, l’isolation des plaignantes, qui sont désormais au nombre huit, a animé les débats. Défendues par Me Khadija Rouggani, entre autres, celles-ci ont été placées dans une salle couverte, à l'abri des regards, pour être entendues par la justice. Une isolation qui n’avait selon la défense de Bouachrine "pas lieu d’être".

"Les plaignantes ont été enfermées dans une chambre à part pour les empêcher de communiquer avec le reste de la salle, alors les débats n'ont pas encore commencé et que le dossier n'a même pas été ouvert", accuse Me Ziane. Selon lui, les concernées sont encore considérées comme "partie civile dans le procès" et non comme "victimes". "Aucun ordre d'isolement" n'a été prononcé dans ce sens par le tribunal, ce qui rend cette mesure "illégale aux yeux de la loi".

La défense de la plaignante elle n'est pas du même avis. "Ma cliente n'a pas pu être présente aujourd'hui en raison du terrorisme qu'elle subit au quotidien depuis le début de cette affaire et ce jusqu'à aujourd'hui. Beaucoup de courriers l'insultant pour avoir déposé plainte contre l'accusé lui ont été envoyés", a fait savoir l'avocate de N.L. "Elle est toujours sous le choc".

Même ton donné donné par Me Talbi Mina, qui représente également les plaignantes. "Les crimes liés aux viols et aux agressions sexuelles sont encore considérées comme tabous par beaucoup de familles marocaines. Le procureur général n'a fait qu'appliquer la loi concernant la protection des victimes, comme il se fait dans les tribunaux du monde entier", relève de son côté l'avocate.

La première audience du procès a été levée peu avant 15h00. Taoufik Bouachrine, poursuivi en détention, a été reconduit à sa cellule, à la prison locale Ain Borja à Casablanca. Le directeur de publication, arrêté le 23 février lors d'une descente policière dans le local du journal à Casablanca, est accusé "traite d’êtres humains", "exploitation et abus de pouvoir à des fins sexuelles". Il est également poursuivi pour "chantage, menace, viol et tentative de viol, de harcèlement sexuel, de débauche" et soupçonné "d’avoir utilisé des moyens pour filmer et enregistrer".

Jeudi, la défense du journaliste a annoncé avoir déposé deux plaintes auprès de la Cour de cassation, l'une visant Brigade nationale de police judiciaire (BNPJ) et l'autre le parquet de Casablanca pour "falsification de PV". Affaire à suivre.

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