MAROC
09/03/2018 17h:37 CET | Actualisé 10/03/2018 12h:32 CET

Entretien exclusif avec Laura Prioul, présumée victime de Saad Lamjarred: "J'ai envie que ce procès finisse"

Affaire Saad Lamjarred: Entretien exclusif avec la présumée victime Laura Prioul
Affaire Saad Lamjarred: Entretien exclusif avec la présumée victime Laura Prioul

ENTRETIEN - Après avoir longtemps refusé de s'exprimer dans les médias, Laura Prioul, la présumée victime de Saad Lamjarred, a choisi aujourd'hui de parler. Un an et demi après avoir porté plainte contre le chanteur marocain pour viol, la jeune femme de 22 ans explique au HuffPost Maroc qu'elle souhaite dire les choses "une bonne fois pour toutes".

De cette soirée du 26 octobre 2016 où tout a basculé, elle ne voudra toutefois pas en dire plus que ce qu'elle a déjà raconté, face caméra, dans une vidéo publiée en novembre dernier sur YouTube. "Je ne peux rien rajouter parce que le reste est sous le secret de l'enquête et je n'ai pas le droit d'en parler", nous explique-t-elle. Laura Prioul, qui dit souffrir de problèmes de reins liés à un état "de peur et de stress" permanent, attend aujourd'hui que le procès avance. Entretien.

HuffPost Maroc: Pourquoi avez-vous choisi aujourd'hui de vous exprimer?

Laura Prioul: Parce qu'aujourd'hui, je n'en peux plus, j'ai l'impression que tout s'effondre autour de moi, que personne ne fait rien et que les choses n'avancent pas. J'ai besoin que les choses avancent au plus vite parce que j'ai envie de reprendre une vie normale et qu'on m'oublie. J'ai envie que ce procès finisse, de dire les choses une bonne fois pour toutes, dans l'espoir que ça fasse peut-être avancer le procès.

Savez-vous quand le procès aura lieu?

Non, je ne sais pas du tout. Je sais juste que mon agresseur a reçu une assignation à comparaître en référé le 9 avril au tribunal de grande instance, et ce en lien avec mon état de santé qui s'est dégradé des suites de l'agression.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces problèmes de santé?

Mon rein gauche s'est arrêté de fonctionner. Les médecins que j'ai consultés m'ont expliqué que le rein gauche est lié au stress et à la peur, et le fait de stresser ou d'avoir peur tout le temps, dès que j'entends un bruit dans la rue ou dès que je lis un message trop violent, bloque mon rein. C'est comme cela qu'on m'a expliqué les choses.

Recevez-vous toujours des menaces?

Oui, j'en reçois toujours, notamment des commentaires sous mes vidéos, des messages sur les réseaux sociaux, etc.

Vous avez été confrontée une fois à Saad Lamjarred depuis le début de l'affaire. Comment cela s'est-il passé?

On a fait une confrontation par vidéoconférence, parce que c'était trop dangereux pour moi de me trouver dans le même tribunal que lui. Comme le nom du tribunal avait fuité, il y aurait eu trop de personnes qui m'auraient attendue à la sortie. J'ai dû le faire dans un tribunal caché pour qu'on ne sache pas où j'étais. C'était une décision du juge pour ma sécurité.

Saad Lamjarred est très actif sur les réseaux sociaux depuis sa sortie de prison. Qu'en pensez-vous?

Contrairement à lui, je n'ai qu'une peur, c'est de m'afficher sur les réseaux sociaux. Pourtant, avant, j'adorais publier des vidéos sur YouTube et des photos, mais depuis un an et demi, je me bloque moi-même, je n'ai rien pu partager et ça me fait vraiment du mal de m'empêcher de faire ce que j'aime. J'ai l'impression qu'il montre aux gens que tout se passe bien, et ça me "tue". J'entends qu'il va sortir un album, alors que moi, pendant plus d'un an, je n'ai pas pu travailler, j'étais enfermée tout le temps parce que j'avais peur de sortir. Les seules sorties que je faisais, c'était pour aller à l'hôpital, voir la psy, le médecin, la police ou mon avocat. Je trouve ça injuste et triste.

Avez-vous aujourd'hui repris une activité professionnelle?

J'ai commencé à travailler dans un endroit pendant environ deux mois mais quelqu'un du personnel m'a reconnue. Les filles avec qui je bossais ont eu peur de ma situation et ont tout fait pour que je parte de ce travail parce qu'elles ne voulaient pas avoir de problèmes dans l'établissement où je travaillais. Du coup, j'ai dû quitter mon travail. Avant je travaillais dans la restauration, mais comme le service finit tard, j'étais obligée de rentrer en bus. Aujourd'hui, j'ai peur de prendre des transports en commun, et même de servir quelqu'un au restaurant. J'ai peur qu'on me reconnaisse. J'ai peur du contact humain.

Dans une vidéo que vous aviez partagée en novembre dernier sur YouTube, vous expliquiez avoir reçu de nombreux témoignages de femmes ayant vécu le même genre d'agression que vous. Pouvez-vous nous en dire plus?

Des témoignages de femmes qui ont subi la même chose que moi, j'en ai eu énormément. Des filles de 11 ans, 15 ans, 20 ans, des mamans... Concernant mon agresseur, j'ai reçu quelques témoignages mais ces femmes, qui habitent en France ou au Maroc, ne peuvent malheureusement pas porter plainte. L'une d'elles a peur de se mettre sa famille à dos, et une autre n'a pas fait l'expertise médicale à temps et ne peut donc pas apporter de preuve au commissariat pour porter plainte. Elles m'envoient des messages en me disant qu'elles espèrent une chose, c'est que j'arriverais à le faire emprisonner, pour moi mais aussi pour elles parce qu'elles ne peuvent rien faire.

Contacté à plusieurs reprises par le HuffPost Maroc, l'avocat de Saad Lamjarred, Maître Eric Dupond-Moretti, n'a pas donné suite à nos appels.

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